L E S TROIS GRACES
par F. Boucher; dessin à la pierre d'Italie, rehaussé do bla n «
LES ARTISTES CELEBRES
une statuette de Pajou — un « très petit tableau représentant le Sommeil de l'Enfant Jésus , — un autre plus petit encore contenant une partie de paysage, — et une pastorale : Berger endormi sur les genoux de sa bergère ». Diderot, cette fois, éclate; Boucher n’est plus qu’un homme « corrompu par la louange et entêté de son talent » , « la ruine de tous les jeunes élèves en peinture » ; c’est sa faute, s’ils se « tourmentent tous à enchaîner des guirlandes d’enfants, à peindre des culs joufflus et vermeils 2. »
Boucher ne connaissait pas ces attaques, mais il ne pouvait ignorer complètement les changements qui s’opéraient dans le goût public. Les idées des philosophes pénétraient l’opinion, Y homme sensible faisait son apparition; encore quelques années et l’un de ses meilleurs amis et admirateurs écrira de ses paysages : « Les gens riches... ne verraient pas avec plaisir la nature grossière et souffrante de nos paysans : cela rappellerait à plusieurs d'entre eux l'image des malheurs dont ils peuvent être la cause 3. »
On avait de vagues velléités de devenir sérieux; le grand art était remis en honneur. Quand il s’agit de décorer la galerie du château de Choisy, Cochin, invité par Marigny à tracer aux peintres leur programme, lui répondait (16 octobre 1764) 1 : « Conformément à vos ordres, j’ai été voir la galerie. Le nombre de quatre tableaux qui y sont nécessaires m’entraînerait à vous proposer ou les « Quatre Saisons » ou les « Quatre Eléments », mais je considère que ce sont des sujets rebattus et qui ne fournissent que des choses très ordinaires aux génies les plus abondants. » Et après avoir indiqué, contradictoirement avec le grave Dandré-Bardon, une série de sujets possibles, il ajoutait : « On a tant célébré les actions guerrières qui ne vont qu’à la destruction du genre humain ; n’est-il pas raisonnable de représenter quelquefois les actions généreuses et pleines d’humanité qui, chez les bons rois, ont fait le bonheur de leurs peuples? » Triomphez, Diderot! C’est chez vous et vos amis les philosophes que le bon Cochin a pris ces idées et, son rapport rédigé, il s’est mis à travailler au frontispice de Y Encyclopédie (Salon de 1765).
t. Mercure, novembre 1763.