Revue universelle des Arts, t. VII, p
FRANÇOIS BOUCHER
encore la Sagesse et la Justice, la Jeune Mère dormant près de son enfant (collection du duc d’Aumale), la Présentation au temple (n° 66 1 du Louvre), grisaille à l’huile sur papier, procédé qui lui fut toujours cher.
Le i3 février 1770, Wille 1 2 note sur son journal qu’il a déjeuné chez M. Basan, avec « M. Boucher, premier peintre du Roy, son ancien ami, et M. Monet, directeur de l’Opéra-Comique »; un an après, presque jour pour jour, il écrit ( 19 février 1771) ces simples lignes : « Je sortis depuis mon incommodité pour la première fois, accompagné de M. Daudet. Nous allâmes voir le cabinet de feu M. Boucher, premier peintre du roi, qui demeurait au Louvre. J’ai vu former ce magnifique cabinet successivement, étant ami depuis environ trente ans avec M. Boucher, dont je regrette toujours la mort. » Le 22, il mène sa femme et son fils Frédéric voir le cabinet dont on a commencé la vente, « ma femme et Frédéric en furent surpris en voyant des porcelaines, minéraux, coquilles, pierres précieuses, laques, armes, instruments et autres productions de la nature et de l’art rassemblés depuis nombre d’années par ce fameux et gracieux peintre, avec autant de goût que de dépense -. »
Boucher était mort, le 3o mai 1770, dans son atelier, à cinq heures du matin, au milieu de ces collections, dont la richesse étonnait la bonne Mme Wille et son fils Frédéric, « après avoir recommandé à sa femme de donner à M. Poissonnier l’aîné, son ami et son médecin, le dernier des tableaux auxquels il avait travaillé et qui était encore imparfait ».
On trouva dans son atelier : Deux enfants ailés et Trois amours : « presto », écrit l’expert, — qui furent vendus 160 livres; — un Buste de femme et amour, 121 livres; — Adoration des bergers (grisaille à
1. Mémoires et Journal de Jean-Jacques Wille , publiés par Georges Duplessis. Paris, 1 7, 2 vol. in-8“.
2. « ... Les coquillages surtout attiraient les regards soit par la rareté de l’espèce, soit par leur grandeur, soit enfin par l’éclat et la variété de leurs couleurs joints à la plus belle conservation. Les minéraux y étaient d’un choix précieux ainsi que les madrépores et les coraux... » Dargenvillc, la Conchyologie, 1780, t. I, p. 236.
« Ce peintre ingénieux a placé ses coquilles sur des tables couvertes de glaces; elles présentent aux yeux du spectateur un parterre émaillé qui semble le disputer à la nature. A gauche en entrant, on trouve une armoire de glace remplie de madrépores, minéraux, cailloux, qui sont de toute beauté. « La Conchyologie nouvelle et portative, 1767, p. 3i2-3i3 (cite par L. Courajod, I .ivre- Journal de Lazare Duvaux, t. 1, c(:lx-.:( i.xi).
LES ARTISTES CELEBRES
l’huile sur papier), 2j5 livres; — Adoration des rois (id .) , 35 i livres; ■ — • Présentation au temple, 228 livres; — S dmson endormi sur les genoux de Dalila , 127 livres; — Enlèvement d'Orithye par Borée (grisaille à l’huile sur papier), 180 livres; • — Repos en Egypte (id.), 90 livres; — Pygmalion amoureux , 170 livres; — Assomption de la Vierge, 36 livres; — environ 25 o dessins, dont une Incrédulité de saint Thomas , douze figures pierre noire et crayon blanc, — qu’il regardait, au dire de l’expert, « comme un de ceux qui le flattaient le plus; quelques instances réitérées qui lui aient été faites, il n’a jamais voulu s’en priver ». — Ce précieux morceau ne se vendait que 199 livres 19 s. G
« Il avait depuis longtemps l’air d’un spectre et toutes les infirmités inévitables d’une vie consumée dans le travail et dans le dérèglement des plaisirs », écrivait Grimm, en annonçant sa mort et en rééditant les jugements courants sur « le Fontenelle de la peinture ». Puis il ajoutait : « Malgré tous ces griefs que les hommes d’un goût noble et sévère allégueront avec raison contre Boucher, dans l’état où est notre école, sa mort est une perte très grande. »
« Sa réputation avait diminué, disait Bachaumont; son genre n’était pas proportionné à son rang; comme si l’on donnait le sceptre de la littérature à un faiseur d’idylles et d’églogues... » (5 juin 1770.)
Le Mercure, fidèle jusqu’à la tombe à l’artiste et à l’homme, publiait ces jolis vers :
Cet heureux et brillant ge'nie Eut pour maître l’amour et le dieu des beaux-arts ;
Noble ou voluptueux, toujours plein d’énergie Par une aimable et savante magie,
Il sut parler aux cœurs et charmer les regards.
1. Voici, d’après les indications manuscrites d’un exemplaire du catalogue, appartenant à la Bibliothèque nationale, la récapitulation par articles du produit de la vente :
Tableaux
Dessins
Estampes
Bronzes, laques, etc .
Porcelaines, etc. . . .
Meubles curieux . . .
Minéraux, etc
Pierres, etc
Polipiers
Coquilles
A; pcadiccs
22,678 livres