Lettre du 3 juin
1. Annales de la Société libre des beaux-arts, 1. VI, 1841-1N42.
LES ARTISTES CELEBRES
médiocre gravure, publiée en 1734 par Jeaurat, d’après un tableau de Boucher, sous le titre de : Paysanne des environs de Ferrare, et faisant partie d’une suite de Costumes de femmes italiennes, dirigée par Wleughels, ne saurait avoir la prétention de passer pour une étude d’après nature et nous permet à peine de supposer qu’il s’arrêta à Ferrare, sur la route de Venise. Il faut noter aussi, sur le catalogue de la vente Sireuil (1781), une Vue du temple de la Concorde et du chemin qui conduit au Vatican, tableau peint par Boucher à Rome. Quant à Y Hermaphrodite, « figure antique dessinée par Boucher » et gravée par Desplaces, on n’en peut rien conclure, sinon que le jeune maître prenait avec l’antique les plus aimables libertés. Il ajoute des fossettes au marbre et au bronze qui semble fondre sous son crayon L
Il est deux peintres de l’école italienne, placés alors par des juges comme le président de Brosses au rang des plus grands maîtres, que les critiques contemporains perdent rarement l’occasion de lui comparer : l’Albane et Pietre de Cortone. Il a : du premier « la facilité et les grâces » ; du second, « la beauté de l’ordonnance, l’arrangement pittoresque des groupes, les grands effets de clair-obscur ». On trouve qu’ « en général les premiers tableaux qu’il a peints en revenant d’Italie... sont pleins de beautés mâles et vigoureuses. » C’était l’avis d’Antoine Bret, de l’abbé Leblanc et même de Diderot. Quels sont ces tableaux ? Sans doute la Rencontre de Rachel et Jacob , Elie\er et Rébecca, les Jésuites martyrs au Japon, dont Laurent Cars publia de très belles estampes. Il est évident que l’auteur de ces grandes compositions, le metteur en scène de cette crucifixion des trois jésuites, le maître des cérémonies de ces entrevues bibliques, s’est arrêté devant les grandes machines d’un Pietre de Cortone, d’un Benedetto Castiglione ou d’un Giovanni Lanfranco. La même influence est sensible dans un Mariage des enfants de Dieu avec les enfants des hommes , dont nous ne connaissons aussi, malheureusement, que la gravure par Brion1 2. On
1. Hutin publia aussi un Recueil des différents caractères des tetes tirées de la colonne Trajane, dessinées par Boucher (douze planches).
2. Élisabeth Cousinet, femme Lcmpereur, a aussi grave', d’après Boucher, un Départ de Jacob, qui faisait partie du cabinet du comte de Vence, et Daullé une Séparation de Laban et de Jacob. On relève encore, dans les catalogues des ventes Julienne, Blondel de Gagny, Rohan, Chabot, de la Tour d’Aigues : Noé entrant dans l’Arche; Noé offrant un sacrifice à la sortie de l’Arclic; Rébecca recevant les présents du serviteur d' Abraham ; Samson endormi sur les genoux de Dalila ; Y Ange et la
FRANÇOIS BOUCHER
a là un Boucher abondant mais appliqué et même sérieux, déjà « bravo nal maneggio del pennello », expert dans l’art de poser le décor, de grouper les comparses hommes et animaux dans un désordre pittoresque, où s’annonce l’aimable fouillis des pastorales, rhétoricien convaincu, ami des contours ronflants et des spectacles mouvementés; en un mot, de tout ce que la critique de la Galerie française appelait les
beautés mâles et vigoureuses des grands maîtres. Le même écrivain nous dit que sa -couleur était alors « vraie et harmonieuse, quoique toujours brillante » ; on voudrait avoir quelques exemples pour illustrer cette définition peu précise.
Il avait, en -tout cas, honnêtement acquis le droit de s’appeler