BIJOUTERIE
EXÉCUTION D'UNE CHATELAINE.
Armoiries , couronne de baron allemand ; supports , aigles noires.
Sur un plâtre sculpté d’après dessin, les masses ont été arrêtées; mais les détails ont dû subir de notables modifications, attendu que le plâtre est loin de rendre les effets que donnent les différentes teintes d’émaux et de pierres; ainsi notre exécution est devenue plus relief, la couronne plus grande, sans parler d’autres petits détails. — Cette plaque de châtelaine fera pendant de cou, plaque de bracelet et broche, par des armatures fixées à boulons. — Les cuirs de l’écusson (en or à 22 karats, afin d’obtenir la nuance d’émail demandée) ont dû être faits d’abord en plomb, en cuivre ensuite, à titre de maquette, afin d’en arrêter les proportions et de prendre, pour l’exécution en or, les moyens les plus sûrs afin de ne pas fatiguer le métal en le ployant inutilement en différents sens, ce qui est une condition de réussite pour l’émail. — Une fois ce travail obtenu, il a fallu enlever la moitié de l’épaisseur de l’or et le remplacer par de l’argent qui devra être serti en diamants; la légende, sertie aussi en diamants, se trouve rapportée à charnières et à rivets afin que le serti puisse se faire facilement, et pour cela il faut que la pièce à sertir soit bien assujettie sur du ciment sec, de la gomme laque, ou de la poix de Bourgogne; il y a donc grand avantage pour la perfection du travail à diviser les pièces, afin que si un accident arrive à l’une d’elles les autres soient préservées.
La couronne est faite d’une plaque cintrée dans la forme voulue; on trace ensuite sur cette plaque les détails de la couronne ; ce qui est en trop comme métal, est ensuite repercé et les contours réparés avec des limes d’aiguilles de toutes formes. Le véritable mouvement est ensuite donné à la couronne : cette première partie est faite en or à 18; tous les filets sertis de pierres sont de petits fils d’or à 20, laminés, plats et soudés sur le corps de la couronne. Cette qualité d’or est nécessaire : l’or à 20 étant plus mou que l’or à 18, il convient à un travail de serti soigné. — La couronne est montée à vis sur l’écusson. Les aigles ont été fondues creuses sur un plâtre, ciselées ensuite; puis les parties émaillées ont nécessité un champlevé, c’est-à-dire qu’il a fallu à l’échoppe enlever une épaisseur d’or équivalente à l'épaisseur de l’émail, afin de ne pas changer les détails du modèle.
Les rubans rouges qui servent de maillons de chaîne sont faits par les mêmes moyens que le cuir de l’écusson, les petites roues qui sont des pièces contenues dans les armes de la personne, ont été prises dans une plaque d’argent sur laquelle on a tracé, au burin, les contours exacts, puis repercées, ramolayées, polies et serties.
Le cachet, à embase de péridot gravé, est entièrement pris sur pièce : un cuivre a été fait au préalable pour en arrêter le modèle ; les pièces du cachet sont montées à vis.
Cette châtelaine est, dans son ensemble et comme difficulté, une pièce de bijouterie de premier ordre.