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l'excès même de la misère des peuplades de la terre d'Endracht, forcées de devenir industrieuses dans leurs habitations, pour résister aux variations meurtrières des températures de jouret de nuit. De même, les cabanes des naturels sont mieux construites ; ce sont des dômes’, à entrée oblique et latérale,
# comme la coquille d’un limaçon, faits d’arbrisseaux plantés |
dans le sable, dont les rameaux entrelacés forment la voûte supérieure, etdont les interstices sont bouchés par des feuillages et des herbes, recouverts d’une grande quantité de sable. Ces demeures sont bien plus parfaites , comme l'indique Péron , que ces frêles abat-vents d’écorce qui abritent l’indigène de la Tasmanie contre les aquilons polaires du sud ; mais ce dernier peut vivre bien moins abrité dans un climat plus froid que celui de la terre d'Endracht, parce qu’il n’éprouve pas ces continuelles et considérables différences de température et d'humidité qui rendent si insalubre la presqu'île Péron.
Désireux de se procurer, sur les récifs de la côte orientale de la presqu'île, ces magnifiques coquillages qui firent l’admiration de Dampier, Péron part, accompagné seulement du jardinier Guichenault et du dessinateur Petit.
Après une entrevue des plus périlleuses avec les naturels , entrevue dans laquelle leur bonne contenance sauve Péron et ses collègues du massacre, ils s’'égarent dans les sables; puis, forcés, par la fatigue et l’excessive chaleur, d'abandonner la plus grande partie des collections, privés de toute nourriture, exposés pendant deux nuits au froid humide qui succède, dans ces climats, à l’ardeur de l'insolation diurne , ils sont enfin recueillis par M. de Montbazin , sans voix , la vue et l’ouie considérablement affaiblies. L’officier qui les avait attendus fut sévèrement blâmé par le commandant; et Péron, indigné, rappelle avec amertume que l’ordre de cet abandon, équivalant à une mort affreuse, vient de l’homme à qui ses soins et
D sa générosité ont sauvé la vie à Timor. Péron est retenu plusieurs Jours alité par une fièvre violente et ne se rétablit que lentement. *
La saison était trop avancée pour qu'on pût retrouver cette abondance de tortues marines’ venant pondre dans le sable,
qui avaient été d’un si grand secours, comme provisions frai-
ches, à l'équipage du Vaturaliste dans sa précédente relâche; on quitte, à la fin de mars 1803, la terre d’'Endracht, in aller visiter la terre de Witt. Le
On fait une nouvelle reconnaissance des nombreuses îles de l'archipel Bonaparte; et un petit groupe d'iles reçoit le nom d'archipel de Dampier, en l'honneur de cet ancien et célèbre navigateur, qui l’avait apercu le premier. La présence contiauelle de hauts fonds et de récifs fait courir les plus grands dangers aux deux navires, etempèche d'aborder sur le continent. Un groupe d’îles nouvelles reçoit le nom d’îles de l’Znstitut, et Péron fait cette remarque intéressante, que, sur ces iles calcaires et madréporiques comme Timor, on ne retrouve plus aucune des espèces des mollusques de la terre de Diémen et de la côte sud de la Nouvelle-Hollande. Une rencontre curieuse, faite derrière les îles de l’Institut, est celle d’une flottille de pros malais, occupés à la pêche des holothuries ou tripangs, qui abondent sur les hauts fonds de la terre de Witt, et qui forment un condiment si recherché sur les tables des riches Chinois.
Ces petites et légères embarcations nr seules s’avancer entre les brisants de ces côtes redoutables. Au dire des Malais, les naturels sont d’une extrême férocité, et c’est rare-
ment sans effusion de sang qu’ils pouvaient descendre sur le
continent, pour y chercher de l’eau douce.
L'époque avancée de la saison détermine le commandant à ordonner une nouvelle relâche à l’île de Timor, sur laquelle
— 43 — ; les équipages des deux bâtiments demeurent pendant tout le mois de mai 1803. Des courses fréquentes aux environs de Coupang enrichissent les collections des naturalistes.
De nouvelles atteintes de dyssenterie se montrent, comme à la première relâche et le botaniste Leschenault, dont la santé est trop affaiblie pour continuer la campagne, obtient son débarquement.
Péron et Lesueur, désirant vivement joindre à leurs collections le squelette d’un crocodile, se rendent à la chasse de ces immenses reptiles dans les plaines de Babao, où , au milieu des marais infects, ces animaux pullulent d’une manière étonnante, Les secours des Malais ne purent être obtenus qu'avec la plus grande difficulté, à cause de la terreur religieuse que leur inspire le crocodile , qui est pour eux un animal sacré. M. Lesueur réussit à tuer un crocodile d'environ neuf pieds et demi de longueur, en lui brisant, avec une balle, les vertèbres du dos. Quand l'animal eut été dépouillé, il fallut emporter le squelette et la peau. On mit en œuvre les plus pressants moyens, lès plus séduisantes promesses pour décider les Malais à se charger de ces dépouilles, étendues sur deux bambous, comme une sorte de brancard, afin qu'aucune partie ne pit venir en contact avec les porteurs ; et partout où passa ce fardeau sacrilége, les curieux accourus au-devant des européens se retiraient avec précipitation.
Le rajah de Babao, qui avait accueilli Péron et Lesueur avec la plus grande bienveillance, les obligea de se purifier par des ablutions multipliées, pour détourner la vengeance de leurs divinités en courroux. |
Quand il s’agit de retourner à Coupang, le squelette du crocodile fut placé sur un cheval qu’un Malais conduisait avee crainte au bout d’une très longue corde; et tousles Malais qu’on rencontra sur la route, prévenus par les cris de l’escorte, s’en-
nee
fuyaient avec rapidité dans les bois, afin de passer à la plus grande distance possible de ce convoi redoutable. Le squelette du crocodile, acquis au milieu de ces singuliers incidents, est aujourd’hui au Muséum, dans la galerie d'anatomie comparée.
Le désir du chef de l'expédition était de visiter le golfe de Carpentarie qui venait d’être exploré par Flinders ; mais au lieu de gagner la haute mer et de se rendre à la Nouvelle- Guinée, il continua son système de longer les côtes de la terre de Witt. Peu de jours après le départ de Timor, un nouveau deuil attrista l'expédition ; le G juin 1803, le savant et laborieux astronome Bernier fut enlevé à ses collègues.
La côte présentait toujours le même aspect monotone de collines de sables entremêlées de rares bouquets de bois, sans points de débarquement possible ; deux petites îles que l’on découvrit recurent le nom d’#/es Lesueur, en l'honneur de l’ami dévoué de Péron. Renonçant à visiter la terre d'Arnheim, le Commandant se décide enfin à louvoyer au large, afin d’atteindre la côte sud-ouest de la Nouvelle- Guinée, , puis, de là, le golfe de Carpentarie. ;
Des vents furieux semblent s'opposer à la marche des navires. De plus, les médicaments manquaient; la provision d'eau, épuisée par le grand nombre d'animaux vivants et de
plantes qu’on avait embarqués, tirait à sa fin ; le Commandant
était très fatigué, par suite d’un crachement de sang des plus ‘graves: toutes ces causes rendaient impossible une plus longue campagne. Le 7 juillet 1803, l’ordre fut donné de porter sur
l'Ile-de-France, où les deux vaisseaux se retrouvèrent réunis |
au milieu du mois d'août.
Péron et Lesueur s’occupèrent principalement de l'étude des poissons, si abondants sur les rivages de cette île, et firent surtout des tentatives, infructueuses il est vrai, pour ramener en France et y naturaliser le gowr'amy, originaire de
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RÉSPE
la Chine , remarquable par sa taille et le goût exquis de sa chair. Ici encore, nous surprenons avec admiration Péron devançant son siècle et entrant un des premiers dans cette voie de la pisciculture, qui devait bien plus tard exciter une si vive émulation scientifique.
L'état du commandant Baudin s'était beaucoup aggravé et il expira le 16 septembre 1803. Le commandement du Géographe fut confié au capitaine Milius, par ordre d'ancienneté. Premier lieutenant à bord du Vaturaliste, il avait dû, à Port- Jackson, se séparer de l’expédition pour cause de maladie. Le 16 décembre 1803, on s’éloigna de l'Ile-de-France, avec un profond sentiment de regret, ctaussi de reconnaissance, pour l'hospitalité de ses habitants.
On aborde au cap de Bonne-Espérance le 3 janvier 1804 ; et pendant les vingt-quatre jours que duré cette nouvelle relâche, Péron multiplie ses travaux et fait les plus intéressantes observations anthropologiques sur les Hottentots et les Boschismans. Il ressentait déjà les premières atteintes du mal qui devait le conduire à une fin prématurée ; et son zèle semblait
s’accroître avec le dépérissement de sa santé. Comme il le dit dans une de ses lettres : « Le peu de ménagements que j'ai » pris au cap de Bonne-Espérance sera cause de ma mort. » Enfin, après un voyage de quarante et un mois et demi, et un parcours de vingt et un mille lieues, la corvette le Géographe aborda à Lorient le 25 mars 1804.
Plusieurs jours furent consacrés au débarquement des riches collections scientifiques du voyage. Indépendamment d’une foule de caisses de minéraux, de plantes desséchées, de coquilles, de poissons, de reptiles et de zoophytes conservés dans l'alcool, de mammifères et d'oiseaux empaillés ou disséqués, soixante et dix grandes caisses étaient remplies de végétaux vivants comprenant près de deux cents espèces différentes
de plantes utiles, environ six cents espèces de graines conte-
nues dans plusieurs milliers de sachets : enfin, une centaine
d'animaux vivants , rares ou tout-à-fait inconnus. Péron et
Lesueur avaient rassemblé une collection de plus de cent
mille individus, dont plus de 2,500 espèces nouvelles, et d'innombrables dessins. Nous devons surtout remarquer que,
dans cette collection, figuraient des animaux vivants et des ob-
jets achetés par Péron à Port-Jackson , à l’Tle-de-France, au
Cap, et cela, de ses propres deniers, parce qu’il les jugeait utiles
au Muséum; circonstance d'autant plus remarquable et digne
d’éloges , que Péron était pauvre, qu’il ne devait retrouver au
retour que l'existence la plus modeste, que ses prédécesseurs
ne lui donnaient pas l’exemple d’une telle générosité, et songeaient d’abord à leurs collections personnelles. Un des pre-
miers soins de Péron, à son arrivée, fut de se procurer les fonds
nécessaires, afin de payer les dettes contractées pour ces acqui- Sitions,.
Depuis l’arrivée du Naturaliste, revenu un an plus tôt que le Géographe, les bruits les plus défavorables, et, il faut le dire, les plus fondés, contre le commandant Baudin, avaient jeté dans le public une prévention tout-à-fait imméritée contre cette expédition. On la regardait, à l’arrivée de Péron, comme un essai avorté, sans résultat utile, et qu’il était de l'intérêt du gouvernement de livrer promptement à l'oubli.
À la nouvelle de ces injustes accusations, Péron s’arrache aux embrassements d’une mère qu’il doit perdre bientôt, et, par ses lettres pleines de ce style coloré, brillant, qui lui est habituel, par ses émouvants récits aux dépositaires du pouvoir, iltriomphe de cetaveuglementmomentané, dont ses amis et lui sont les victimes innocentes. Chez le ministre de la marine, Decrès, à qui il fut présenté par M. Kéraudren, en présence de M. de Fleurieu et d’autres savants, il expose avec une noble
= pi du liberté ce que ses compagnons ont fait pour la géographie, la minéralogie, la botanique ; il énumère les objets qu’il rapporte, les dessins exécutés par son ami Lesueur, les observations et les descriptions qu ilarassemblées. Ecoutéavecleplus vifintérêt et adressé tout de suite à M. de Champagny, ministre de l’intérieur, il est chargé de la rédaction de la partie historique et scientifique du voyage, M. L. Freycinet devant rédiger la partie nautique. Quoique malade et souffrant , il se mit à travailler à cettegrande entreprise avec cette assiduitéextraordinaire, dont ilavait déjà donné tant de preuves. Longtemps retardé par les sravures, le premier volume parut en 1807. Tout incomplet qu'il était, ce travail fit une très grande sensation. Péron y mène le lecteur, des côtes de France au port Jackson, le faisant successivement passer par les îles Canaries, l’Ile-de- France, la terre de Leuwin, celle d’Endracht, celle de Witt, l’île de Timor, la terre d’Edels, l’île de Diémen et la terre Napoléon. La description de cette dernière terre, de six cents lieues de développement, et sur laquelle, au départ de l’expédition , les précédents navigateurs n'avaient donné aucun renseignement, forme la partie capitale des découvertes de l’expédition française. | Dans ce premier volume, consacré à la partie descriptive et historique, l’histoire naturelle ne tient qu'une place très restreinte et seulement incidente, puisque Péron devait la traiter 2n extenso dans le quatrième volume. Cependant, dans des pages dont le style ne le cède pas aux récits de Buffon et de Lacépède, Péron décrit le magnifique spectacle de la phosphorescence de la mer et découvre sa véritable cause ; il dépeint, dans une narration brillante, ces mollusques et ces zoophytes gélatineux, qui parent les flots de l'Océan des couleurs les plus délicates et les plus vives, aussi pures qu’on les retrouve sur l'aile des insectes et la corolle des fleurs ; il trouve quelques
— 18 — no pages touchantes pour raconter avec quelle sollicitude, quel amour, la femelle du kanguroo (1) veille sur sa jeune famille ; comment, blessée et mourante, elle cherche encore à la sousiraire à ses ennemis, à :
C’est surtout dans les récits de ses entrevues avec les naturels que Péron laisse percer sa sagacité d'observation. En même temps, son ardente curiosité pour l'étude de ces êtres féroces lui inspire la patience et la bonté la plus exemplaire, pour ne pas réprimer par la force leurs attaques perfides.
Outre une histoire assez exacte des serpents marins, à peine connus jusqu'alors, on trouve disséminées un grand nombre d'indications d'espèces nouvelles, surtout dans les reptiles, les poissons et les invertébrés. Ce remarquable volume finit par la description de la colonie naissante de Sydney. Péron devine Vavenir magnifique de cette sœur lointaine de l’Angleterre;.il énumère déjà ces troupeaux qui doivent donner plus tard à l'Australie le premier rang sur le marché des laines; ils’avance aux pieds des Montagnes Bleues, signale leur caractère primitif et les grès adjacents à leur base,
Dans le plan de Péron, la relation du Voyage aux Terres
Australes devait avoir quatre volumes, les deux premiers consacrés à la partie historique, le troisième réservé à M. Freycinet; le manuscrit de Péron en forme la majeure partie jusqu’au commencement du trente-et-unième chapitre, le reste est üré des notes de Péron et de Freycinet. Il est bien à regretter que le digne continuateur n’ait pu, comme il l'indique, trouver trace, dans les papiers de Péron, de deux chapitres qu’annonçait une table du deuxième volume, publiée par an- Licipation , chapitres relatifs à la description physique de la
(4) EH s’agit du Potoroo élégant où Kangurus fasciatus, Pér. et Les., découvert à l'ile Bernier. ,
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