‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 11 sur 33 · AN 67 C0 DE · texte numérisé non relu

AN 67 C0 DE

Nouvelle-Hollande et de la terre de Diémen avec les productions naturelles empruntées aux trois règnes. Dans ces deux volumes, on rencontre aussi des chapitres détachés formant des mémoires Spéciaux , lus par noire naturaliste à l’Institut ou aux sociétés savantes dont il était membre.

Péron s'était fixé, avec Lesueur, dans un petit appartement voisin du Muséum, dans la rue Copeau (1). Le travail occupait tous ses moments, et sachant toute l'importance des secours qu'il pouvait apporter à sa famille , il ne se permettait que les dépenses nécessaires à ses recherches. Il avait obtenu du Ministre la permission de se présenter quand il le voudrait, et dans le costume le plus simple. Au lieu de la petite pension qui suffisait à peine à ses besoins, on lui avait offert une place honorable et lucrative, mais qui lui eût ôté le libre emploi de ses journées. Il la refusa en disant que sa vie était consacrée aux sciences , et qu'aucune fortune ne saurait le déterminer à donner son temps à d’autres objets.

Cette réponse, que nous trouvons relatée dans des pièces qui nous inspirent confiance, et qui, du reste, est bien dans le caractère de Péron, peut, à la rigueur, se concilier avec le passage de la lettre de M. de Rochefort, que nous rapportons ici : « Je crois bien me rappeler que Péron a été lecteur » de l’Impératrice, de 1806 à 1807. Les voitures de la cour » venaient le prendre, à Jour fixe , ce qui a frappé mon en- » fance. »

Evidemment cette place de lecteur n’eût été qu’une sorte de sinécure, un aimable artifice pour attirer Péron à la Malmaison , et aussi une manière délicate de lui faire accepter quelques bienfaits, dont ses sœurseussent seules profité. Et cela ne prend-il pas un nouveau degré de vraisemblance, quand

(2) Actuellement rue Lacépède,

on rapproche les paroles d’un autre ami de Péron, M. Brugière, que nous ne craindrons pas de citer textuellement ? « Je » ne me séparais de lui que quand il allait à la Malmaison, où » Joséphine le traitait comme une bonne mère aurait traité » son fils chéri ; elle ne l’appelait pas autrement que son petit » ami»

Cette gracieuse familiarité, qui, dans l’Impératrice Joséphine, n’ôtait rien à la grandeur, s'explique aussi par cet air, cette simplicité d'enfant qu’avaient laissés à Péron des formes minces et frêles, et une grande timidité. Il était bien accueilli à la Malmaison, cela est hors de doute. Mais c'était surtout le savant que l’Impératrice devait désirer entendre au milieu de ces admirables jardins qu’elle embellissait de tout ce que chaque partie du monde offrait de plus rare; où déjà, à cette époque, elle faisait des efforts si intelligents pour cette acclimatation, cette domestication (1) qu'avait devinées Péron, et qui ont aujourd’hui séduit la science, et promettent les plus merveilleux résultats.

Du reste, notre naturaliste n'avait pas oublié la Malmaison dans la distribution de ses précieux trésors. Un grand nombre de plantes, provenant du voyage aux terres australes , y prirent une place importante. Nous savons, de plus, de son ami, qu'on voyait, sur un des bassins , deux magnifiques cygnes noirs que, le premier, Péron avait apportés en France , et he il avait donnés à Joséphine (2).

Le souvenir de la province natale était puissant et vivace

(1) Joséphine voulait faire venir en France un troupeau de lamas. Il périt au port d'embarquement , la guerre avec l'Angleterre empêchant tout moyen de communication.

(2) Mais noussavons aussi, par le témoignage des amis de Péron, que les dettes contractées pour achat de collections furent généreusement acquittées par l’Impéralrice.

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