‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 12 sur 33 · AS SR · texte numérisé non relu

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chez Péron. Aussi Moulins eut sa part dans ces richesses, conquises sur les plages lointaines, au prix de tant de fatigues, de tant de dangers, et devenues ainsi comme des dépouilles opimes qu'au retour d’une périlleuse expédition, le fils reconnaissant du Bourbonnais offrait avec bonheur à ses concitoyens.

Le Lycée de Moulins reçut une curieuse et intéressante collection (1).

Au milieu de ces joies d’un modeste triomphe, au milieu des preuves d'intérêt et d'affection qu’il recevait de toutes parts, Péron voyait décliner rapidement sa santé , atteinte surtout dans sa relâche au cap de Bonne-Espérance. Des médecins célèbres, Corvisart, M. Kéraudren, lui donnèrent leurs soins affectueux. Sur leurs instances , un voyage à Nice fut décidé. Ici se place un trait qui caractérise bien Péron. Il avait voulu avoir, à Paris, sous sa surveillance, les petits-fils de son bienfaiteur. « Il eût désiré, dit M. de Rochefort, l’un » de ses protégés, payer au centuple sa dette de reconnais- » sance, en nous inculquant la science ; maïs, malheureuse- » ment pour nous et pour la France, ses soins et sa sollicitude » ont été d’une trop courte durée ; car, quatre ans après l’a- » voir connu, nous perdions le conseil et le guide éclairé de » nos études.» Nous avons cité tout ce passage, parce que nous y avons vu le langage du cœur. Péron avait mérité un tel souvenir ; car, et c’est le fait que nous voulions rappeler à son honneur, il ne quitta Paris qu'après qu’il fut sûr d’avoir trouvé, pour ceux qu’il appelait ses enfants, un autre lui-même dans M. Kéraudren.

(2) Voir la note 1 de l’Appendice. A ce sujet nous remarquons, par anticipation, qu’on ne saurait trop louer MM. Pernet et Pécout , professeurs de physique au Lycée de Moulins, de leurs soins pour les précieux échantillons dus à la sollicitude du voyageur aux terres australes.

Le voyage de Nice, ce devait être le repos , une amélioration pour la santé, la vie peut-être ; mais l’activité infatigable de Péron ne fit que donner à la mort une proie plus assurée, À la vue de la mer, Péron sentit se réveiller le désir de continuer ses recherches sur les températures de ses profondeurs, et surtout de reprendre létude des animaux marins, mollusquest zoophytes, qui forme le dernier fleuron de sa couronne scientifique. 1 passe la journée sur une barque, exposé aux brouillards et à la pluie; c’est à grand’peine que Lesueur, son compagnon inséparable, son ami constant et dévoué, peut le soustraire aux funestes influences de l'humidité. Peu lui importe la mort qui s'approche ; à mesure que le corps se débilite, l’âme acquiert une énergie nouvelle. Comme Péron l'écrit

à M. Freycinet, 7amais il n’a plus travaillé, jamais il n’au-

rait été plus heureux, sans les douleurs atroces qui le consument. Le moribond près de la tombe encourage le continuateur de la relation du Voyage aux Terres australes, et ne trouve pas de plus doux plaisir que celui de s'occuper de choses utiles et honorables.

Rien de plus utile, en effet, rien de plus honorable, et aussi

rien de plus précieux que cette collection disputée, pour ainsi dire, à la mort.

De retour à Paris, Péron publie, avec Lesueur, quelques travaux , sorte de précis de son grand ouvrage sur les méduses, où il établit la classification de ces êtres si mal connus. Ce travail est malheureusement privé des admirables dessins et peintures de M. Lesueur qui, au dire des artistes, atteionaient la perfection en ce genre. Péron avait une sorte de prédilection pour ces animaux si singuliers à tous égards, et dont chacun des actes était, jusqu’à lui, un problème, un mystère. [ls étaient relégués par Cuvier dans ce dernier embranchement qu'il n'eut pas le temps d'élaborer, et placés à côté

PL ES ARE des vers intestinaux ; disposition contraire à toutes les ana logies naturelles, et une des plus graves erreurs que Cuvier ait laissées à rectifier à ses successeurs.

Malgré les redoublements d’une fièvre destructive, malgré de cruelles insomnies , les dernières pensées de Péron sont pour l’histoire naturelle. I rédige, d’une main mai assurée ! sa Votice sur l'habitation des animaux marins, et établit, le premier, que pas une seule espèce de ces animaux, véritablement cosmopolites, n’est indistinctement propre à toutes les parties du globe. Cet écrit, comme tous ceux de la derniére partie de la vie de Péron, atteste une très vaste érudition, qui éclate, à chaque instant, dans les nombreuses citations, par lesquelles il corrobore ses idées personnelles.

C'est son dernier effort; sa main ne peut plus seconder la tête toujours active, infatigable : il lit, il médite sans cesse. On le transporte à Cérilly, près de ses deux sœurs , qui se flattent encore de le conserver à la vie par leurs soins, leur amour dévoué. Tristes et dernières illusions! Il lui reste à peine quelques jours d'existence, lorsque son compagnon, qui devait l’être jusqu’au tombeau, M. Lesueur, songe heureusement à reproduire ses traits, que la main de la mort vaanéantir. Quelle finesse, quelle intelligence dans cette tête amaigrie par de longues souffrances , dans cette physionomie calme et sereine sur laquelle l’âme, prête à partir, semble jeter, comme adieu suprême, un de ses plus doux rayonnements !

Le malade avait son lit placé dans une étable, que son ancien camarade d'études, M. Bonnet, avait disposée à cet effet. Il ne prenait d'autre nourriture que le lait des vaches, que ses sœurs ou son ami allaient traire.

Comme on craignait de le laïsser parler, à côté de ses sœurs penchées sur son lit, Lesueur lui faisait constamment la lec-ture , et ne cessait que lorsqu'il Pavait vu s'endormir. Dans

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la nuit du 4/; décembre 1810, ayant reçu de son ami une goutte de lait qu’il lui avait demandée, et, la main dans la sienne, après avoir jeté sur lui son dernier regard, peu à peu il s’éteignit.

Par une ingénieuse et délicate pensée, M. Lesueur dessina le monument que ses amis se proposèrent de lui élever, et qui, retardé par divers obstacles, dut son inauguration au zèle pieux de ses compatriotes. Péron semble enseveli sous le vaisseau le Géographe, démâté et couvert d’une toile, comme d’un linceul funèbre. Il paraît avoir trouvé son tombeau dans l'instrument même de cette expédition navale, que ses travaux et son talent ont relevée de la déconsidération et de l'oubli. On se rappelle involontairement que, pareil au chef du navire, qui succombe sur son banc de quart, Péron, malgré l’exemple de plusieurs de ses émules, malgré la perspective des plus cruelles privations, n’a Jamais abandonné ce bâtiment funeste, dont les flancs recélaient la mort (1).

Péron était de taille moyenne, très mince, et son état de maigreur lui donnait un air chétif. Il avait, comme nous l’avons dit, perdu l’œil droit , par suite des fatigues de la lecture, mais cet œil avait été fort affaibli par des accidents varioliques. Toutefois, ni la petite vérole, ni la perte d’un de ses yeux, n'avaient sensiblement altéré l’air de son visage. D’une

(1 Ce monument funéraire offre les inscriptions suivantes : |

« À la mémoire de F. PÉRON, naturaliste du voyage aux terres australes , correspondant de l’Institut , etc., né le 22 août 1775, décédé le 14 décembre 1810, à Cérilly.

» G A. Lesueur, inspiré par l'amitié et par sa douleur, a dessiné ce pieux » monument.»

Les deux autres, dues à M. Kéraudren , porteni :

«Il avait de grands talents, et cependant il eut beaucoup d'amis.

» Il s’est desséché commeun arbre chargé des plus beaux fruits, qui succombe à l’excès de sa fécondité,»

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