‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 13 sur 33 · DD · texte numérisé non relu

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nature gaie, sa physionomie s’animait dans la conversation , qu’il savait toujours rendre aimable, se mettant à la portée de ceux avec lesquels il causait. C’est le propre des mérites exceptionnels de se faire ainsi tout à tous. Celui qui vivait dans la société de ses plus illustres contemporains , les Cuvier, les Geoffroy-Saint-Hilaire, les Fourcroy, les Dupuytren, les Corvisart, redevenait enfant pour s’amuser avec les enfants.

Mais nous avons sur le caractère de Péron un document

précieux , trouvé dans ses papiers ; c’est son portrait moral , iracé par lui-même et sans complaisance (1).

« Inconséquent , étourdi, disputeur, indiscret, trop entier dans mes opinions, incapable de céder jamais à aucune raison de convenance, je puis me faire des ennemis et aliéner mes meilleurs amis. Ces défauts sont la suite de mon éducation et de l’état d'indépendance dans lequel J'ai vécu. Je sais qu'ils ternissent les qualités que je puis avoir; mais tel est l’empire de l’habitude, que mes efforts pour m’en corriger ont été inutiles jusqu’à ce jour. Cependant, en me les reprochant , Je n’en rougis point. Je sens que mon cœur est étranger au mal que j'ai pu faire; et le regret que j'en ai m'excuse au tribunal de ma conscience. ;

» Cestravers d'esprit sont rachetés par les qualités du cœur; bon, sensible, généreux, je ne fis Jamais sciemment de la peine à personne. Mes amis ont eu souvent à souffrir de mes vivacités ; souvent ils ont eu à se plaindre de mes indiscrétions, souvent ils m'ont reproché mon étourderie, mon entêtement ; ils se sont toujours loués de ma délicatesse, de mon attachement, de ma bonté. Cette dernière qualité me distingua toujours. Au collége, à l’armée, elle me concilia l'estime et l'amitié de tous ceux avec qui j’eus des rapports;

(1) Cité par Deleuze,

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elle me fit chérir de ces hommes infortunés qui devinrent la proie des armées françaises. Oh! de combien d’excès et de brigandages n’ont pas été souillés les glorieux trophées de nos soldats ! Combien de fois mon cœur en a gémi ! Ne pouvant les empêcher, du moins je ne les partageai jamais. Quoique jeune et enthousiaste, le malheur eut toujours des droits sacrés sur moi, et malgré les préventions qu'on eut contre mes compatriotes, on m’aima, on m'estima touJours. » Respectable Kiner! que je me rappelle avec plaisir les soins que vous me prodiguâtes lorsque je fus malade dans votre habitation (1)! Et toi surtout, Ô mon malheureux hôte d'Oschspeire (2) ! avec quelle sollicitude tu me présageas , plusieurs Jours d'avance, les malheurs qui nous étaient réservés! Avec quelle émotion tu vins m'éveiller aux premiers coups de canon!.... Fuyez, bon Français, me disaistu ; déjà votre armée est surprise sur tous les points par les troupes prussiennes ! Entendez le bruit du canon se rapprocher à chaque instant : fuyez avec moi, hâtez-vous, ne craignez rien ! |

» Commandé par le devoir et l'honneur, j'avais pris mes armes, je courais au combat. Hôtes sensibles! des larmes de compassion et d’attendrissement s’échappaient de vos veux. |

» Surpris de ces marques d'intérêt , je me demandais ce que j'avais fait pour les mériter. Ce que tu as fait, me répondisje, tu as vu cette famille malheureuse, et tu t'es attendri sur son sort ; tu as quelquefois partagé avec elle ta faible ration de pain; tu as inspiré tes sentiments à ceux qui t'étaient

(4) À Dutten-Hoflen, village près de Spire.

(2) Village entre Frakerstein et Kaiserlautern, où le bataillon dans lequel

servait Péron fut enveloppé par les armes prussiennes, le 4 prairial an IE (28 mai 179/.

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» subordonnés, et la maison que tu habitais a été paisible : » aujourd’hui des êtres reconnaissants te comblent de béné- » dictions.

» Cette réflexion sur moi-même me fit éprouver une douce » jouissance ; je me dis: si ma bonté a pu faire une telle » impression à des hommes irrités, je dois cultiver toujours » cette qualité ; il faudra qu’elle fasse oublier les défauts de » mon caractère. Je serai toujours bon, honnête, généreux, » Imême envers mes ennemis.

» J'ai suivi cette résolution. Etranger au ton et aux usages » de la société, ayant une imagination impétueuse que lau- » torité ne commanda jamais, d’une franchise imprudente et » quelquefois malhonnèête, trop entier dans mes opinions que » je soutiens sans réserve, plein d’étourderie et d’inconsé- » quence, J'ai souvent aliéné mes amis : mais sitôt que la pas- » sion cède à la raison, je rougis de mon emportement ; je » viens trouver ceux que j'ai offensés ; mes regrets, mes ex- » cuses, sont trop sincères, pour qu’ils ne me pardonnent pas » mes torts. Aussi, tous les amis que j'ai eus, soit au collége, » Soit aux armées, soit à Paris, me restent encore. Il en est » peu qui n’aient eu à se plaindre de moi ; tous, cependant, » me restent aussi attachés que je leur suis moi-même. »

Nous devons maintenant examiner quels sont les titres de Péron à la reconnaissance du monde scientifique.

De ses divers travaux, une partie est rassemblée dans les mémoires que nous indiquerons à inesure qu'ils se présenteront à notre analyse ; le reste ne nous est conservé que par des citations disséminées dans la relation du voyage, eu dans les écrits des savants, auxquels ses découvertes ont fourni des ma-

iériaux, ou bien encore par l'existence des objets nouveaux qu’il a rapportés, et que nous avons pu retrouver dans les galeries du Muséum. C’est à peine si l’on en rencontre quelques traces dans les catalogues fort incomplets de cette époque déjà reculée ; eton comprend que, dans la nombreuse collection rassemblée, bien des pièces manquent aujourd’hui, soit par suite de dons ou d'échanges, soit que des échantillons anciens aient été remplacés par des individus plus nouveaux et mieux préparés.

Nous diviserons naturellement en quatre parties l'examen des travaux de Péron. |

La première partie comprendra les recherches anthropologiques, et, comme annexe, quelques études d'hygiène. Nous aurons à examiner, dans la seconde partie, ce qu’il a ajouté aux connaissances de son époque, sur les animaux supérieurs et principalement sur ce grand groupe parallèle des marsupiaux ou mammifères, quadrupèdes à génération anormale , dont il a rapporté en France les premiers individus. La troisième partie comprendra l’analyse de ses belles recherches sur les animaux inférieurs, et surtout les zoophytes. Enfin nous réunirons, dans une dernière étude, ce qu’on peut appeler ses travaux généraux, sur la distribution géographique des animaux , sur la phosphorescence des mers, sur leur température, sur l’état calorifique et hygrométrique de l’atmosphère des régions équinoxiales , sur la géologie australe , et enfin sur la description physique et météorologique de la Nouvelle- Galles du Sud.

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