‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 16 sur 33 · PL · texte numérisé non relu

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OUR Comme celui des Diéménois, ce n’est qu'un roulement guttural d’une extrême volubilité, une sorte de gloussement. Le nombre des mots est, au reste, borné comme celui des idées.

Péron n’a observé que les peuplades de la presqu'île Péron et des environs de Sidney. Ces derniers se donnaient le nom de Gwea-Gal. I] cite, mais par oui-dire, d’autres tribus plus enfoncées dans les terres, appelées Bé-dia-Gal, et rencontrées par les premiers explorateurs anglais, qui tentèrent de pénétrer dans les montagnes Bleues. Ces peuplades, sur lesquelles notre auteur se proposait de donner des détails dans sa description générale de la Nouvelle-Hollande, offrent des mœurs et un langage différents de ceux des naturels de Port- Jackson. Le fait très remarquable qui les concerne est leur constitution physique : tous les individus de cette race ont les bras et les cuisses d’une longueur démesurée, par rapport au reste du corps. Peut-être faut-il rapporter à des êtres de cette variété le récit évidemment exagéré d'un auteur anglais (1) sur des hordes sauvages des environs de la baie des Verreries, dont la tête énorme se rapproche, par son angle facial et ses protubérances, de celle des orangs-outans; d’une intelligence presque nulle, très velus et très habiles à grimper sur les arbres.

Suivant Prichard, dans l’intérieur de la Nouvelle-Hollande, et vers le Nord , sont des peuplades bien moins abruties que les peuplades étudiées par Péron , et plus industrieuses.

Les deux variétés bien distinctes de nègres pélagiens et de nègres australiens, que Péron nous a fait connaître, sont du plus haut intérêt pour la science, en ce qu’elles disparaissent rapidement. |

Au contact des Anglais, les farouches tribus australiennes.

(1) Collins, Relation, etc., tome 1, page 554.

ne + ont fui vers l’intérieur ou sur les côtes les plus désolées. Les enfants, qu'on avait voulu élever dans les écoles de la colonie, sont retournés, dès qu’ils ont pu, à leur vie misérable, préférant leur indépendance au bien-être de la civilisation. Les individus qui n’ont pas quitté leurs anciennes plages , ont péri, pour la plupart, par les maladies contagieuses ou une ivresse continuelle. On a pu voir à Sidney, pendant quelques années, errants dans les rues, quelques couples des anciennes tribus qui habitaient Botany-Bay, avant l’envoi des convicts ; leur chef, entre autres, ne sortait pas des cabarets où il a trouvé la mort. Je ne sais si le fait suivant est complétement exact, tel qu'il est rapporté dans de récentes publications anglaises, mais ce serait un moyen de plus au service de ces lois providentielles, qui condamnent certaines races à disparaître fatalement au contact de la civilisation. On aurait remarqué que les femmes australiennes qui auraient eu des rapports avec les matelots baleiniers , et d’où sont issus des métis européens, deviennent, par cette cohabitation même, infécondes avec les hommes de leur race, parmi lesquels elles retournent après ces passagères unions. on L'intérêt des observations de Péron est encore plus grand en ce qui concerne les Tasmaniens. Actuellement , l’île de Diémen est devenue une riche colonie anglaise ; et ces tribus, si dégradées et placées au dernier rang de l’espèce humaine,

n’y ont plus aucun représentant. Réduïites à une quarantaine

d'individus, elles ont été transportées, par ordre du gouvernement colonial, dans une petite île du détroit de Bass (4). Dans peu d'années, cette variété humaine aura complétement disparu , comme les Caraïbes des Antilles, les Guanches des

Canaries, les Botocudos du Brésil , et tant d’autres. Toutefois.

4) Jacquinot, thèse, 18/6.

Labillardière a constaté une très grande ressemblance entre les Diéménois et la variété du rameau nègre pélagien, qui peuple la Nouvelle-Calédonie. Cette terre , si récemment française, permettra donc de compléter les observations de Péron.

Ce naturaliste ne cite pas ces peuples comme anthropophages ; cependant c’est là un caractère distinctif de leur race; il est parfaitement constaté à la Nouvelle-Calédonie. Un autre caractère, qui n’a pas échappé à Péron, et qui appartient aux Nègres de l'Océanie des deux variétés, c’est que toujours, si les femmes et les enfants se familiarisent assez vite, les hommes restent farouches, perfides, prêts à la violence, et conservent un regard sombre et inquiet. Citons aussi leur jalousie au sujet des femmes, que l’on cherche toujours à cacher aux yeux des étrangers. Péron rapporte cette particularité assez curieuse d'une troupe de femmes familières avec les voyageurs, mais à condition de rester de côté et à distance. El peint leur crainte et leur effroi en rencontrant leurs maris près des canots.

Le rameau polynésien de la race mongole sembie, au contraire, aller parfois jusqu’à la promiscuité des femmes (4),

et partout elles sont offertes avec empressement aux naviga- teurs, à leur propre profit et à celui de leurs parents, Ces faits sont d'autant plus remarquables, que les deux races se retrouvent souvent à de petites distances, et peuvent communiquer d'îles en îles, sans que les caractères moraux typiques disparaissent.

Le point capital, c’est la diversité des populations de la Nouvelle-Hollande et de la Tasmanie. Péron s’en sert pour appuyer l’idée que la séparation de ces deux terres, si elle a eu lieu, est antérieure à l'apparition de l’homme. H a grand soin de faire observer qu'il existe des différences spécifiques

(4) Le de Pâques , Lapérouse,

dans tous les animaux que lui ont fournis ces deux régions. y a donc ià des faits absolument de même ordre que ceux qui motivent l’ancienneté de séparation de Madagascar et du continent africain, si toutefois il y a jamais eu réunion. Il est probable qu’on y trouve le reste d’un ancien et considé] continent. |

Péron range au troisième échelon ascendant les Papor la Nouvelle-Guinée, qu’il n’a pu étudier directement. Il: une variété du rameau nègre pélagien, comme les Diémens:s, mais si ces derniers ont paru un peu inférieurs aux Australiens de la Nouvelle-Hollande, les Papous, au contraire, leur sont notablement supérieurs. Ce sont eux qui chassent les brillants Paradisiers, propres à leur île ; ils travaillent grossièrement les métaux, et font un certain commerce.

Au quatrième échelon, sont placés les peuples anthropo-. phages de la Nouvelle-Zélande , qui appartiennent aux polynésiens, rameau d’une autre race.

Le cinquième échelon comprend les peuples du grand Océan-Pacifique , ces insulaires aux belles proportions des îles de la Société, des Marquises, des Navigateurs, si vantés par Bougainville et Cook.

Enfin , le sixième échelon ascendant dans la civilisation des peuples océaniques du sud, est formé par les Malais de Timor. Dans cette île, comme dans toutes les Moluques, Péron distingue trois types.

À l’intérieur, et refoulés dans les montagnes, au milieu des forêts profondes , sont ces peuples de race nègre, à cheveux laineux et courts, à peau noire, et anthropophages. Péron n’a eu occasion , dans aucune de ses deux relâches, de voir des individus de cette race. Ces peuples paraissent les premiers aborigènes de toutes les îles australes du grand Océan-Pacifique. On en retrouve quelques tribus, sur le continent, dans

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les forêts des montagnes de la presqu'île de Malacca. Ils tendent sans cesse à décroître. Telle est l'opinion de Lapérouse : cette race n’a pu subsister qu’au centre des grandes îles et n’a pu rester libre à l’intérieur des îles peu étendues dans lesles a pénétré la race conquérante. | est, en effet, des îles habitées par les polynésiens , où trouve des traces indiquant le séjour plus ancien de la race *e. Suivant Lapérouse, les croisements d'individus de race -.L,re avec les conquérants malais, auraient donné des individus à peau plus noire que ne l’ont habituellement les Polynésiens , et certaines familles sont restées moins mélangées et bien plus noires. Ces peuples ont conservé toute la férocité des peuplades nègres, témoin le massacre des compagnons de Lapérouse, aux îles des Navigateurs.

Péron remarque, à Timor, un groupe bien séparé de popuation, les colons chinois , négociants rusés, paisibles, introduits par le commerce dans les villes des Moluques.

Enfin le troisième peuple de Timor, le mieux étudié par Péron, est formé par les Malais, établis depuis bien plus longtemps que les Chinois, et à une époque qui échappe à l’histoire , conquérants farouches et sanguinaires, un peu adoucis par la longue domination des Hollandais et des Portugais.

Les Malais de Timor et des Moluques ont les membres peu développés et peu musculeux, sans les avoir aussi faibles que les sauvages de la terre de Diémen et de la Nouvelle-Hollande. Les contours sont adoucis et arrondis ; aussi leur nudité présente un caractère d'élégance que celle des Européens ne saurait offrir. Leur peau est d’un rouge de cuivre, leurs cheveux longs, lisses et noirs. Ils habitent des villes ou des villages , sont soumis à des rois, et se livrent à la culture des terres, au soin des troupeaux , à la pêche, au commerce , à la navigaion. Dans l’atlas se trouvent représentés (pl. 25 et 26) un

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chef malais, assez âgé, aux yeux bridés et obliques, et une jeune fille, de formes bien proportionnées et gracieuses.

Les observations anthropologiques de Péron portent, en dernier lieu, sur les indigènes de l'Afrique australe. Un mémoire fut lu par Péron à l’Institut, en 1805, sur le tablier des femmes Boschismanes, et ce mémoire, dû à la collaboration de Péron et Lesueur, fut destiné à l'insertion dans le Recueil des Savants étrangers, sur le rapport de Cuvier et Labillardière. Cette insertion n’eut pas lieu, et il ne resta de ce travail que l'extrait publié par M. Freycinet, dans le second volume du Voyage, et quelques indications dans les revues du temps (1).

Péron chercha à mettre fin aux divergences d'opinion touchant les populations des environs du Cap. Il reconnut qu’il existe au Cap deux variétés distinctes de la race nègre : 4° les Hottentots, sans difformité de l'appareil uro-génital ; 2° les Boschismans des colons hollandais et du voyageur anglais Barrow, dont la description se rapporte identiquement aux Houzouanas ou Houzevaanas de Levaillant. |

Ce fait anthropologique important, énoncé par Péron, explique les contradictions des précédents voyageurs qui méconnurent ces deux variétés différentes, quoique voisines , et dès lors, ne pouvaient s'entendre sur les caractères qui les distinguent. Tant qu’on s’obstina à les rapporter à un rameau humain identique, ce ne fut qu’une suite d’affirmations ou de uégations , suivant que les sujets d'étude avaient été des Boschismans ou des Hottentots.

L'existence des Boschismans, comme peuple, est parfaitement constatée. et ils forment une variété distincte des Hot-

(4) Revue philos. , n° 29, du 40 Floréal an XIE, ou 30 avril 1805 , page 197 du volume. — Magasin encycl., 1805, tome IET, page 195,

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temtots, bien que leur tenant d'assez près, et ne faisant qu'exagérer leurs caractères. On trouve réunis chez eux des détails de structure propres aux nègres du centre de l’Afrique, et aux variétés de la race Mongole du nord de l'Asie.

Lesecond volume du Voyageaux Terres australes, rédigésur les notes de Péron, nous présente , sur ce sujet, de curieuses observations dues au voyageur anglais Barrow, et à M. Janssens, gouverneur hollandais du Cap, qui les avait recueillies lors d’une tournée d'exploration dans la colonie. Ces dernieres sont consignées en détail dans le voyage de M. Lichtenstein.

Le nom de Boschismans ou Bojesmans signifie Aommes de buissons, à cause des sortes de nids qu’ils se font dans les touffes de broussailles. Ils habitent au nord des grands Karoos ou plateaux qui entourent la colonie du Cap, bien distincts des tribus de fottentots et de Cafres, dans le pays de Camdebo et les montagnes de neïge, que les colons hollandais ont dû leur abandonner.

Cette variété humaine occupe presque toute la largeur de l'Afrique australe, à l’est comme à l’ouest du pays des Cafres, et remonte probablement fort avant dans le nord. Ils font sans doute partie de ces variétés anthropophages, habitant les creux des rochers, que signale Prichard dans l’intérieur de l'Afrique. Ils ont laissé de curieuses traces d’une sorte d'écriture très grossière sur les parois de l’intérieur des cavernes où ils se retiraient avant les invasions européennes.

Les individus de ces peuplades; qui ont été attirés au sud , près des limites de la colonie, par le désir du butin, mènent la vie la plus misérable , périssent souvent de faim, et offrent fréquemment dans leur corps, chétif et rabougri, cette horrible maigreur des nègres pélagiens et australiens. Agiles, féroces, farouches, très courageux et sans doute aussi anthropophages, comme presque toutes les variétés de la race nègre.

PR UE ils sont redoutés des colons. Ils vivent en petites troupes et non en corps de nation, pillant les colons hollandais et les

Cafres et traités à leur tour par leurs voisins, non comme des.

créatures humaines, mais comme des animaux féroces. Ils ne cultivent pas la terre, et n’ont que le chien pour animal domestique. Pour tout vêtement, ils portent de petites peaux crasseuses. [ls n’ont ni huttes ni ustensiles , fabriquent seulement quelques filets pour la pêche. Leurs armes sont de petits arcs et de légères flèches empoisonnées. Leur tir est très Juste et leur vue excellente. Leur nourriture ordinaire est misérable, peu assurée, avec cette alternative de disettes et d'orgies que présentent toutes ces variétés dégradées, étudiées par Péron. Leur vocabulaire est très restreint, vu le petit nombre de leurs idées; les sons ne peuvent s’écrire. C’est un claquement continuel de la langue, comme celui que font entendre certains gourmets en dégusiant le vin. Ils sont très avides de tabac et fument une sorte de chanvre étourdissant, dans des pipes faites d’os d’antilope.

Les colons et les Cafres organisent souvent des battues sur ces malheureux et tuent, sans pitié ni remords, tous ceux qui leur tombent sous la main. É |

Ne rencontrons-nous pas encore ici, une fois de plus, la confirmation de ces idées de Péron, que l'absence de civilisation, les mauvais traitements , bien plutôt qu’une organisation particulière, amènent la misère et la férocité de l’homme ? Les Boschismans forment une variété assez voisine de celle de

la Nouvelle-Hollande, mais un peu plus élevée dans l'échelle

sociale, en ce qu'ils résistent mieux à l'approche des races civilisées , ont des armes meilleures, et paraissent plus susceptibles d’être apprivoisés. En effet, les fermiers hollandaïs ont capturé de jeunes enfants, quisont devenusde très bons gardiens de troupeaux. M. Janssenseneutun très intelligent ettrès attaché.

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D’après Prichard, les mêmes causes ont produit les mêmes effets sur les Hottentots, variété voisine des Boschismans. Avant l'établissement des colons, les Hottentots étaient un peuple doux et possesseur de troupeaux. Ceux qui ont été traqués sont devenus analogues aux Boschismans, dès qu’ils ont été réduits à mener une vie errante et à se nourrir de reptiles et de fourmis. On a vu, par contre, quelques peuplades boschismanes , moins inquiétées, avoir des troupeaux.

Nous trouvons une excellente description physique des Boschismans, outre les sources déjà indiquées, dans les extraits faits par Freycinet des notes de Péron, et surtout dans le beau travail de Cuvier (1).

Les Boschismans sont souvent appelés, au Cap, Hottentots chinois, vu la couleur bien plus claire et jaunâtre de la peau, et le peu d’ouverture de leurs paupières, à coins externes arrondis par la tension que cause à la peau la saillie des pommettes.

Leur taille est très petite , cinq pieds chez les plus grands ; en général, quatre pieds six pouces chez les hommes ; quatre pieds chez les femmes. | En 1804, un de ces Boschismans fut envoyé par son père à M. Janssens, sous la seule promesse de le nourrir ; et en 1807, il fut amené à Paris. Au rapport de M. Cuvier, l'enfant, âgé de douze à treize ans, était d’une très petite taille pour son âge, et tout-à-fait semblable, pour les traits, à la femme venue en France en 1814, âgée de vingt-six ans, et qui mourut après dix-huit mois de séjour à Paris, d’une affection inflammatoire et éruptive, aggravée par des excès de boisson.

On remarquait d’abord l'énorme protubérance des fesses,

(1) Extrait d'observations faites sur le cadavre d’une femme connue à Paris et à Londres sous le nom de Vénus hottentote, par G. Cuvier. — Mémoires du Muséum, tome 3, page 259.

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