‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 17 sur 33 · PUS · texte numérisé non relu

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et la figure d'apparence brutale, avec l'habitude de faire saillir les lèvres, comme l’orang-outan , et des mouvements qui avaient quelque chose de brusque et de capricieux, à la manière du singe. Cette femme était d'une hauteur très grande pour sa race, quatre pieds six pouces sept lignes ; cela était dû probablement à ce que, amenée jeune au Cap, elle avait été bien nourrie.

La variété boschismane présente les cheveux laineux très crépus et très courts, le nez plus écrasé que chez les Hottentots, et les narines n'ayant que cinq à six lignes de saillie , ce qui rend le profil analogue à celui des singes. Le visage de la femme observée par Cuvier tenait en partie du nègre, par la saillie des mâchoires , la grosseur des lèvres, l’obliquité des incisives: en partie da Mongol, par l'énorme grosseur des pommettes , l’aplatissement de la base du nez, de la partie du front et des arcades sourcilièrés qui l’avoisinent. Les cheveux étaient noirs et laineux, la fente des yeux horizontale et non oblique, comme chez les Mongols, les arcades sourcilières rectilignes, très aplaties vers le nez et fort écartées l’une de l’autre, très saillantes vers la tempe et au-dessus de la pommette. Ses yeux étaient noirs et vifs, ses lèvres un peu noirâtres , monstrueusement renflées, son teint fort basané. Son oreille avait du rapport avec celle de l’orang-outan par sa petitesse, la faiblesse du tragus, et le bord externe presque effacé à la partie postérieure. La largeur des hanches dépassait dix-huit pouces ; le ventre n’avait pas une forte saillie , bien qu’elle eût eu deux enfants ; les épaules, le dos, le haut de la poitrine avaient de la grâce; les bras, un peu grêles, étaient bien faits ; les mains et les pieds petits et très gracieux; les genoux étaient gros, ce qui fut reconnu, après la dissection, être dû à des masses de graisse du côté interne.

La courbure inférieure de l’épine dorsale et la saillie des

A) eut

parties postérieures sont les caractères des Hottentots, exagérés chez les Boschismans, surtout pour les femmes. De la gorge au genou , leur corps, de profil, se dessine comme la lettre S. Chez une femme mesurée par Barrow, les parties postérieures se projetaient à cinq pouces et demi en dehors de l’épine du dos, et cette exubérance produisait, lorsque marchait cette femme, l'effet de deux masses de gelée tremblante placées en cet endroit. Les femmes vues par M. Janssens, dans son expédition, avaient toutes des fesses monstrueuses, et des enfants montés à califourchon sur cette croupe s’y tenaient droits, pendant que les mères marchaient. M. Janssens a reconnu , et ce fait est important, que, contrairement à l'opinion commune, les hommes de cette variété offrent aussi la croupe proéminente quoique d’une manière beaucoup moins prononcée que les femmes.

Sur ce squelette, de même que sur celui d’une femme Guanche, existait un trou dans la fosse olécranienne du cubitus (1). Quant à la tête osseuse, Cuvier ne vit aucune tête humaine plus rapprochée du singe, avec une combinaison frappante des caractères exagérés du nègre et du Kalmouk. Le trou occipital est plus ample que dans les autres crânes humains ; ce qui doit correspondre à un ventricule du cervelet très étendu dans la moëlle allongée et même communiquant à un très étroit canalicule au centre de la moëlle épinière : autre rapprochement avec les animaux.

Rien de plus curieux donc que cette variété humaine spécifiée par Péron, quioffreles caractères d’animalité les plus marqués, tout en restant dans le règne humain, c’est-à-dire profondément séparée du règne animal.

Les recherches anthropologiques de Péron, outre un certain

(1) Caractère peu important pouvant appartenir à diverses races.

ee nombre de faits disséminés dans la relation du voyage, sont principalement contenues dans un mémoire célèbre rappelé par tous les historiographes des expéditions aux mers du Sud (1). Dans ce beau travail, Péron débute par réfuter les opinions récentes encore de quelques hommes illustres qui , entraînés par. une imagination ardente, aigris par des malheurs inséparables de notre organisation sociale, vantèrent les avantages séduisants de l’état de nature, où ils voyaient la source du bonheur et l'application des principes de la vertu. Ils avaient insisté surtout et constamment sur la force physique, produit et compagne d’une santé vigoureuse. Il est curieux de voir Péron anéantir ainsi, résolument et du premier coup, ses illusions de jeune homme , et accepter franchement le démenti de l'expérience.

Les premières tentatives faites pour apprécier la force humaine, ne peuvent fournir que des données incomplètes. On répartissait des poids sur toutes les parties d’un homme debout , sans en surcharger aucune, et on put aller jusqu’à des fardeaux de deux milliers. L'idée des recherches de Péron paraît puisée, comme il le dit, dans le beau mémoire présenté par Coulomb en l’an VI, à l’Institut, et dont l’objet était de déterminer la quantité d’action journalière que les hommes (Français) peuvent fournir par leur travail particulier, suivant les différentes manières dont ils emploient leurs forces. Coulomb avait indiqué la nécessité d'expériences analogues à faire sur les autres peuples, afin d'étudier comment les climats et la nature des aliments modifient les forces musculaires. Péron , le premier, répond à cette importante question , et le

(1) Expériences sur la force physique de peuples sauvages de la terre de Diémen, de la Nouvelle-Hollande et des habitants de Timor. — Voyage, 4% vol., 446.— Notice de M. Kéraudren sur ce mémoire, Bulletin des Sciences médicales, tome 2, page 385, — 1808.

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ES El premier aussi, porte au-delà des mers, dans Fhémisphère austral, le dynamomètre de Régnier, instrument précieux, en ce que, s’il ne peut donnér un terme précis de la force absolue, il fournit des approximations comparables entre elles.

Les tableaux d'expériences relevés par Péron indiquent la force des mains en kilogrammes et celle de la région rénale en myriagrammes (1). En outre, l’âge de chaque expérimentateur est noté, et dans les tableaux relatifs aux Anglais et aux Français, mention est faite de la profession, élément de variation des forces physiques chez les peuples civilisés.

Les expériences sur les habitants de la terre de Diémen ne sont pas très nombreuses. Leurs agressions perfides, leur farouche inquiétude rendent très difficiles les essais dynamométriques. Les données sont incomplètes ; aucun n’a voulu essayer sa force rénale. Les douze sujets choisis étaient de dix-huit à quarante ans, c’est-à-dire dans la plénitude de la force, et toutefois, pour les mains, jamais l'aiguille ne dépassa 60, et 50 kil. 6 est le terme moyen de la force. Le plus robuste de la tribu est terrassé plusieurs fois de suite, avec la plus grande facilité, par un des jeunes officiers (2). Péron lui-même, quoique faible de complexion, l'emporte aisément, dans une épreuve sur la force du poignet avec les naturels trouvés à l’île Maria.

Pour les peuples de la Nouvelle-Hollande , dix-sept hommes se sont soumis aux épreuvres du dynamomètre , parmi lesquels quatorze de dix-huit à quarante ans, c’est-à-dire , dans l’âge du plus grand développement de la force muscu-

(1) On sait qu’une force est dite de 1, 2, 3... kilogr. lorsqu'elle produit, appliquée au ressort du dynamomètre, une déviation de l'aiguille égale à celle produite par la suspension d’un poids de 4, 2, 3... kilogr., sans vitesse acquise.

(2) A la fin de l’entrevue, par une lâche vengeance, cet officier fut atteint à l'épaule d’un coup de sagaie.

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