‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 18 sur 33 · RS ER · texte numérisé non relu

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laire. Cependant, sauf un ou deux qui relèvent la moyenne générale, la plupartont paru d’une faiblesse extrême. Le nombre moyen qui exprime la force des mains, 51 kil. 8, diffère à peine du résultat précédent ; celui de la force rénale est 10 myriag. 2 (1).

Pour les Malais, Péron a expérimenté sur les naturels de Timor et de quelques iles voisines, Rotti, Sabou, Soumbava, Simao, Macassar, Endé, Solor et Java, placées dans les mêmes circonstances, sous le rapport de l'alimentation et du climat. De plus, ses tableaux comprennent quelques Chinois appartenant à la même race, quoique d’un rameau différent, et qui, üixés dans l’île depuis des siècles, ont adopté exactement le régime des Malais. Dans les tableaux, figurent cinquante-six individus de cette race. Par rapport à la différence des âges, on observe que la force devient presque double de dix-huit à trente ans ; qu'elle augmente très peu de trente à quarante ; qu’elle diminue presque graduellement de quarante à cinquante, et de cinquante à soixante ans. La moyenne n’a été prise que sur les sujets de dix-huit à quarante ans, comme pour les autres races. |

Ilest constaté, pour les Malais de Timor, qu'aucun individu n’a fait preuve de cette vigueur remarquable qu’on observe assez souvent parmi les Européens ; que presque tous se sont montrés très faibles ; que la moyenne de la force des mains est de 58 kil. 7, et celle de la force rénale, 44 myr. 6; qu'ils sont beaucoup plus faibles, sous l’un et l’autre rapport, que les Français et les Anglais. |

Notre auteur remarque , avec une grande justesse, que,

(1) Ce résultat, ainsi que les autres sur la force rénale, n’est pas de Péron. Il a été corrigé par M. Freycinet, le continuateur de ia relation du voyage. Il y avait eu, de la part de Péron, une erreur de lecture dans toutes les expériences relatives à la force des reins.

chez les peuples sauvages où peu civilisés dont on vient de parler, les observations dynamométriques offrent un caractère de rigueur et de généralité qu'on ne saurait jamais leur donner au milieu de nos sociétés européennes, vu la diversité des professions actives ou sédentaires, la différence des aliments, l'habitude, si variable suivant la condition, de faire agir les muscles. Au contraire , les peuplades de la terre de Diémen et de la Nouvelle-Hollande comptent chacune à peine une centaine d'individus, et la plupart en ont moins de cinquante. Ici, toute différence de conditions, d'exercice, d’aliments est inconnue ; tous les individus, ayant les mêmes besoins et les mêmes ressources, ont les mêmes travaux à supporter, les mêmes privations à subir, les mêmes jouissances à partager. Aussi un petit nombre d'observations permet d’arriver à un résultat qu'on peut donner comme général, et formant un bon caractère du rameau humain dont il est question. Au contraire , il faudrait plusieurs milliers d'observations pour donner un résultat moyen, caractéristique de la force musculaire des nations française et anglaise. Le peu d’expériences faites sur les individus de ces deux nations ne permet de tirer aucune conclusion générale ; il sert seulement d'échelle de comparaison pour les résultats précédents. Il n’y avait, du reste, dans l'espèce, aucune comparabilité possible entre les Français des équipages, affaiblis par les maladies et une alimentation détestable, et les Anglais de Port- Jackson, acclimatés et bien nourris. La moyenne des expériences sur dix-sept Français a donné 69 kil. 2 pour la force manuelle, et 15 myr. 2 pour la force de la région rénale ; celle des expériences sur quatorze Anglais donne 71 kil. 4 pour les mains, et 16 myr. â pour la force de traction de la région lombaire.

Les expériences n'ont pu être reprises sur les naturels du Cap de Bonne-Espérance, car Péron avait laissé son dynamo-

ONE mètre à l'ile de France, dans l’espoir qu'il servirait à exécuter des séries comparatives d'épreuves sur les esclaves de variétés si diverses qui présentaient, rassemblés dans un seul

lieu, des sujets d'étude empruntés à toutes les nations du con-

tinent africain.

Une partie hon moins importante du mémoire est l'examen des causes présumées de la faiblesse des populations de Océanie, soumises au dynamomètre.

À Timor, se trouvent réunies les productions végétales les plus variées, le riz, la patate, l’igname, le manioc. Autour des cases des Malais indolents, pullulent les poules, les canards, les porcs, les chèvres, les moutons, les bufiles, les chevaux, etc. ; les forêts sont remplies des mêmes espèces redevenues sauvages. Les roussettes, grandes chauves-souris frugivores, leur offrent leur chair exquise et délicate. Les rivières sont peuplées de poissons savoureux. La mer, surtout , fournit à ces peuples une nourriture inépuisable. Sur ses rivages, entre les creux des rochers madréporiques, elle abandonne une foule de poissons, de crustacés, de mollusques, d’oursins, d’holothuries. On n’a que la peine de les ramasser dans ces petits lacs trompeurs où le flot les a déposés.

Cette abondance de biens amène l’apathie du Malais, son aversion pour le travail et la fatigue. L’ homme libre demeure accroupi sur ses talons, à l’ombre d’un arbre, mâche du bétel, boit du calou, fait trois ou quatre repas, touche d’une sorte de guitare faconnée avec une feuille de latanier et un cylindre

de bambou, dort à diverses reprises, le jour comme la nuit ;

son travail se borne à tresser quelques nattes ; il se baigne, il se frictionne d'huile de coco. Quant aux esclaves, ils sont si nombreux dans chaque maison , et exécutent si lentement le peu d'ouvrage auquel chacun est assujetti, qu’ils sont presque aussi oisifs que leurs maîtres.

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