‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 24 sur 33 · AO · texte numérisé non relu

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mer, découverts par Forskall, nageant renversées ou rampant sur les fucus de l’océan Atlantique, sont retrouvées par Péron, près de la terre d’Edels, sur la côte S. O. de la Nouvelle- Hollande. Le genre glaucus, des éolidiens, lui a offert le magnifique glaucus de Forster, (nommé gl. eucharis dans l’atlas du Voyage, pl. 29), d’un beau bleu d’outremer avec une double bande d'argent, à branchies ramifiées en panaches latéraux. C’est dans le grand Océan, entre le Cap et l’île Tristan d’Acunha, à plus de deux cents lieues de toute terre, et aussi dans le canal de Mozambique , que ce remarquable inollusque a été recueilli.

. Un nombre considérable de genres de gastéropodes, les pectinibranches , ont les branchies contenues dans une cavité plas où moins close. Chez les bulléens elles sont encore externes, mais protégées par des expansions membraneuses du manteau. Parmi les genres à tentacules développés, le genre pleurobranche, à branchies en séries unilatérale sous le bord du manteau, fut créé par Cuvier sur l’espèce type p{eurobranchus Perontiti , de la mer des Indes, ayant une très mince coquille cachée sous la peau (1).

Rumphius avait représenté séparément, sous le nom de limazx marina, un mollusque ressemblant aux lièvres de mer de nos côtes , et une coquille singulière et recourbée sur laquelle Lamarck avait fondé le genre dolabelle. Péron, le preinier, dans son exploration de l'Ile-de-France, reconnut que l'animal et la coquille interne et calcaire ne font qu’un même individu. C’est la dolabella Rumphit ou Peronii, de près de deux décimètres de longueur. Selon Rang, Péron aurait aussi trouvé ce mollusque à Timor. Les dolabelles, qui manquent en Europe, se tiennent dans les baies tranquilles et se recou-

(4) G. Cuvier, Ann. du Mus., t. V, p. 266.

ne vrent d'une légère couche de vase 1}. Elles forment, pour Rang, une section du grand genre aplysie, et tous ces animaux offrent, derrière les glandes de la mucosité, une glande sécrétant une liqueur purpurine, tachant la peau d’une facon très tenace et ne disparaissant qu'avec l’épiderme. Cette couleur n’est pas aussi vive que celle de la pourpre des murex (pourpre antique). Lamarck donne comme de Péron une variété de la aplysia depilans, espèce de nos côtes, à coquille cachée, cornée et non calcaire. À

Dans les genres à tentacules rudimentaires [acères de Muller), tantôt se montre une coquille externe, légèrement spiralée (bulle), tantôt elle reste cachée sous le manteau {(bullée). Péron cite des bullées plus grandes que celles d'Europe, mais analogues ; entre autres, une espèce de la Nouvelle-Hollande ressemblant à la bullea aperta. Les bullées et bulles, dit-il, se tiennent sur les fonds vaseux et répandent, quand on les touche, comme Paplysie, une liqueur rouge.

Aux pectinibranches trochoïdes , à branchies internes, se rapporte une nombreuse série d'espèces dont Quoy et Gaimard décrivirent les premiers la majeure partie, mais qui existaient depuis longtemps inédites dans les collections du Muséum. Telles sont les trochus obeliscus, cærulescens | peut-être un individu décapé du précédent), tmperialis, virgatus , fenestratus, maculatus, incrassatus, elatus [très rare et beile espèce, à taches carminées), granätum, trisodonta, monodonta rosea (déjà rapporté par Labillardière), monodonta lineata, marginatus , fimbriatus , Cook, pulligo (île King, petite espèce nommée par Péron et encore étiquetée de sa main}, e/egans (phasianella elegans, de Lamarck), un autre wochus inédit, de

(4) G. Cuvier, Ann. du Mus., t. V. p. 435.—Voir aussi Sander Rang, Hist. nat. des aplysiens, p. 46. — Paris, Firmin Didot, 1828.

l'île Decrès, appelé élégant par Quovy, le trochus snaragdinus, de la couleur verte la plus vive et la plus intense, couleur rare pour les coquilles , rapporté de l’île Bernier, le trochus iris (nommé turbo eustomiris par Péron), réfléchissant les teintes éclatantes du prisme , des côtes méridionales de la Tasmanie.

Près de ces mollusques, nous rangerons le genre anormal des janthines, dont le foie, la glande de la mucosité et la coquille sont bleus ou violets. Ces animaux de haute mer ont une coquille ressemblant à celle des colimaçons, mais que sa délicatesse oblige à flotter sur les eaux, comme les hyales, les carinaires, les argonautes. Péron les cite à plusieurs reprises dans le Voyage, et, comme les auteurs de son temps, prend pour un organe de flottaison la grappe de vésicules qui sort par la bouche de la coquille, de dessous le pied. C’est un réservoir d'œufs dont l'animal se débarrasse quand il trouve à les appuyer sur quelque corps. Péron a rapporté les Janthina communis et bicolor |cette dernière figurée par erreur dans l’atlas comme nouvelle, sous le nom de penicephala), connues avant lui, abondantes dans l'Atlantique et la Méditerranée, et qui, parfois, couvrent la plage de Nice de leurs coquilles. Les janthines australes sont encore inédites, et parmi elles l'espèce où Péron trouva un pinnothèére, dans sa traversée de Timor à la Tasmanie.

Parmi les mélaniens , la phasianella bulimoides ou australis, connue de Gmelin, vulgairement le faisan, la plus grande du genre, était des plus rares dans les collections avant le voyage austral. Elle fut rapportée en abondance, surtout de l'île Maria, et, en outre, les phasianella rubens et variegata. Dans les néritacés, nous ne trouvons, comme mention cerfaine, que la neritina auriculata, des eaux douces de la Nouvelle-Hollande et des îles voisines, et dans les calyptraciens,

la calyptrée de Lamarck, de la Nouvelle-Hollande. Aux tubulibranches, si singuliers par leurs déformations, se rattache un vermet, confondu par Lamarck avec les serpules (serpula sipho, de Timor), et qui paraît être le vermet décrit par Adanson sous le nom de master, et le magilus Peront, de l’Te-de- France, logé dans un madrépore et montrant, dans l’échantillon du voyage, sa partie jeune encore régulièrement spiralée. C’est à tort qu’on le croirait perforant. 11 s’allonge en tube pour se défendre contre l’envahissement du polypier.

L’immense famille des pectinibranches buccinoïdes, dont l'animal présente une trompe exsertile qui manque aux trochoïdes , comprend les plus belles coquilles des collections. Les voyageurs les rapportent constamment, les individus se renouvellent, et c’est à cette cause que nous devons d’avoir perdu la trace de bien des espèces de Péron , principalement pour les coquilles anciennement connues. Nous citerons le strombus Campbellii, dans les buccinoïdes ailées de la Nouvelle-Hollande, et dans les buccinoïdes canalifères, les fusus polygonoîdes et varius, de la Nouvelle-Hollande, et nicobaricus et incrassatus, déjà connus, les fasciolaria coronata [îles King et aux Kanguroos), et ferruginea, ainsi que la turbinella gibbulus (Australie). Le Voyage mentionne une pyrule qualifiée de eospila, de la terre de Witt, élégamment ornée de petites taches aurores, que nous n’avons pu retrouver. Aux buccinoïdes purpurifères appartiennent la Larpa minor, de Timor, commune dans l’océan Indien, espèce de Rumphius, de Séba ; dans les cônes à coquille couronnée, le conus pontificalis, découvert par Péron à la terre de Diémen, d’un blanc de lait, à spire élevée, conique et tuberculeuse, ressemblant à une thiare pontificale ; dans les cônes à coquille non couronnée, deux variétés du conus anemone, de la Nouvelle-Hollande, le conus timorensis et les conus quercinus et australis, répandus

dans la mer des Indes, et déjà figurés. Les collections du Muséum ne nous ont présenté aucun cône auquel pût se rapporter la description de Péron au sujet d’une espèce nouvelle, de la terre d'Endracht, qu’il nomme conus dorreensis. (V'oy. aux terres austr., t. 1°, p. 129,). D’une couleur orange très légère, il se distinguait par une bande développée sur chaque tour de spire, et d’une éclatante couleur de lapis. On sait combien la couleur bleue est rare dans les coquilles. Blainville cite, dans les genres de Lamarck dont il constitue le genre unique des pourpres |[Vouv. Ann. du Mus., t. 1‘, p. 188.— 1832), trois espèces de la Nouvelle-Hollande, les purpura elata, rugosa très variable et souvent rapportée depuis, et glirina (sujet unique. Le genre buccin nous offre le buccinum vinosum, de l'Australie. Les renseignements sont plus complets pour les buccinoïdes columellaires. Ainsi l’île Maria présentait en si grande abondance la marginella muscaria qu'on pouvait la ramasser à poignée. À Timor, fut découverte la mitra adusia, et sans doute aussi la #nitra Peronii (deux variétés), et ces rares petites espèces de l’océan Indien dont Lamarck a fait les mitra larva, pisolina, dermestina.. granulifera, oniscina, tabanula et pediculus.

Dans les volutes, qui, avec les cônes , font l’orgueil des amateurs, deux espèces nouvelles sont décrites dans un mémoire spécial de Lamarck [Ann. du Mus., ti. V, p. 154), les voluta undulata, découverte par Péron dans l’île Maria et le détroit de Bass, et voluia nivosa dont il rapporta deux variétés de la baie des Chiens-Marins. En outre, nous ne pouvons omettre la voluta mitræformis (Australie), et la voluta magni fica, que Chemnitz avait déjà fait connaître, maïs qui était, avant le voyage de Péron, une des raretés les plus grandes des collections. Rien de certain au sujet des olives.

Dans les buccinoïdes cyprées se placent la ferebra cerithina.

de Timor, une variété de la cypræa cicercula, du même pays, et pour l'Australie , les cypræa australis , espèce nouvelle, cCypræœa annulus, connue de Linné, de Gmelin, cypræa acha- {ina, nommée et découverte par Solander, naturaliste de Cook , enfin l'espèce ovula lactea , de Timor, coquille très rare. | | ,

Parmi les buccinoïdes haliotides (scutibranches de Cuvier), Péron fit le premier connaître ces magnifiques ormiers |vulgairement oreilles de mer) des mers australes, dont la nacre intérieure étincelle de feux irisés. Aïnsi la haliotis gigantea, de la terre de Diémen, recherchée des collectionneurs, dont la taille va en décroissant à mesure qu’on s’approche des latitudes plus chaudes, les Aaliotis tubifera |conicopora , Péron), à pores de la coquille saillants et formant comme autant de petits troncs de cône ouverts, et haliotis concava |cyclobates, Pér.}, à bouche orbiculaire très profonde , toutes deux de l'île Decrès ; enfin haliotis unilateralis (Australie, Timor), de petite taille et peut-être connue de Rumphius.

M. Valenciennes, d’après leur trompe exsertile, réunit aux buccinoïdes le singulier ordre des hétéropodes de Cuvier. Dans l’océan Atlantique austral fut trouvée l’atlante de Péron, à coquille carénée et roulée en spirale, pouvant contenir l'animal. Péron figure la carinaire de la Méditerranée | Ann. du Mus., t. XV, pl. à, fig. 15), genre dans lequel une mince coquille papyracée et carénée recouvre seulement les branchies sans protéger le mollusque. Il s’est toutefois trompé en prenant le dos pour le ventre et réciproquement, dans la carinaria Peronii ou Lamarckii, car l'animal se tient renversé, la coqullle en bas, le pied aminci et natatoire en haut. Dans un mémoire sur le genre firole (Ann. du Mus., t. XV, p. 70), que la mort de Péron a laissé inachevé, Péron et Lesueur s’attachent à distinguer, des carinaires , les firoles sans co-

= 499: — quille, à branchies libres et flottantes sur le dos. Les auteurs remarquent qu'on confondait avec les firoles des carinaires privées de la coquille, des branchies et du cœur, par des mutilations fréquentes, dues à la voracité des animaux marins qui en font leur proie. Ainsi Cuvier avait fondé le genre ptérotrachée sur un animal incomplet. Près des firoles snivant les uns, à côté des biphores, dans les molluscoïdes suivani d’autres, se place le genre rare, et à peine revu depuis, des phylliroëés. Ces animaux, de petite taille, mous et apathiques, sans coquille et si transparents que, s'ils n'avaient à l'intérieur des branchies et quelques organes colorés, ils échapperaient à l'observation, furent découverts à Nice, lors des derniers jours de Péron. Leurs singuliers tentacules natatoires , au-devant des yeux, annelés et recourbés cemme des cornes de bélier, firent donner à l'espèce le nom de phylliroé bucéphale par Péron et Lesueur. Ann. du Mus., t. XV, p. 57. Les recherches de notre infatigable naturaliste procurèrent à Cuvier les éléments nécessaires pour créer une classe nouvelle dans les Mollusques, les ptéropodes ll. Les vicissitudes des classifications tendent à la faire disparaître. Le clio, dont l'anatomie avait porté Cuvier à établir la coupe nouvelle, n’est plus aujourd’hui dans cette classe. M. Valenciennes n’y conserve que quelques genres munis de deux branchies internes. M. Van Bénéden, comme Blainville, supprime toute la classe, qu'il regarde comme un groupe satellite et anormal de gastéropodes, à locomotion puissante. L'ancienne classe de Cuvier, à l'exception des genres clio et limacine des mers boréales, est due presque entière aux travaux de Péron. Il a découvert la plupart des autres genres vivants, ou précisé leurs caractêres.

(1) G. Guvier, Mémoire, elc., Ann, du Mus., L IV, p. 298.

le

Le genre hyale, ouvé dans la Méditerranée et mal classé, indiqué de plus d'une manière confuse par les naturalistes de l’expédition de Lapérouse, n’a été bien connu que depuis les envois nombreux faits par Péron d'individus dans lalcool, entiers et disséqués, de l’océan Atlantique. D’une coquille légère, diaphane, quoique calcaire, naviculée, sortent au-devant deux larges nageoires pourprées, de sorte que ces jolis mollusques ressemblent à de petites tortues en miniature, et c'esten effet sous ce dernier nom que les désignent les marins. Malgré sa délicatesse, l'animal se complaît dans les flots orageux de l'Océan. Selon M. Reynaud, les deux filaments postérieurs des hyales sont deux oviductes disséminant les œufs sur les fucus où ils se développent. L'espèce la plus grosse et la plus commune du genre, très répandue dans l’Atlantique, est la hyalæa tridentata. Ses filaments la font appeler teniobranchia dans le Mémoire de Péron et Lesueur sur les ptéropodes. Selon Souleyet (Catalogue des ptéropodes, Journal de conchyl. de Petit de la Saussaye, Paris, t. IE, p. 29, 1851), c’est encore la même que la . Peronti, de Blainville, et 4. affinis, de d’Orbigny. Un dernier synonyme, non relevé par cet auteur, est celui de Aylæa australis donné , dans l’atlas du Voyage, à un individa de l’espèce précédente, rencontré près du cap de Bonne-Espérance , et différant seulement de la figure du Mémoire par l’absence des filaments, disparus peutêtre après la ponte de ce mollusque monoïque. Une espèce beaucoup plus petite, la hyalæa longirostra, à long rostre postérieur, fut découverte à Timor et sans doute rencontrée depuis dans l Atlantique par Lesueur, comme il l'indique dans son article sur les hyales. [Dictionn. des Sc. nat., t. XXIT).

La hyalæa lanceolata, de la Méditerranée et de l'océan Equatorial, est devenue une espèce du genre c/éodore. Les espèces étaient vaguement connues avant Péron. IL a fondé le

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senre sur le clio de Brown, n° À, qui est la cleodora pyramidata de l'océan Atlantique. Lamartinière, en 1787, décrit un animal mollusque qui paraît être une cléodore , et la Ayalæa lanceolata de Lesueur est peut-être le clio candata de Linné, ou le clio de Brown, n° 2. Les cléodores se rapprochent des hyales par d’insensibles passages. Le nom de clio, qui leur fut d’abord donné, est réservé maintenant à des mollusques sans coquille, des mers boréales.

Munies d’une coquille mince et transparente comme du verre, en forme de pyramide trièdre, avec une bouche sans tentacules, une petite trompe et deux larges ailes transparentes, échancrées en cœur, les cléodores , le soir, après le soleil couché, couvrent de leurs légions la surface des océans intertropicaux et s’enfoncent à l’aube du jour dans les profondeurs de la mer. Ces mollusques ,-et surtout la c/eodora balantium , ont permis d'interpréter les conulaires fossiles , genre voisin de beaucoup plus grande taille , à coquille pyramidale tétraëdre , et dont le mode de vie était sans doute le même dans les mers des anciennes époques.

Lors de cette lutte de tous les jours contre la mort que soutenait Péron dans son séjour à Nice, il établit le genre cymbulie sur an mollusque nouveau de la Méditerranée , qui porte le nom de cymbulie de Péron. Seules parmi les ptéropodes actuellement conservés par M. Valenciennes, les cymbulies ont une coquille oblongue , cartilagineuse et non calcaire, en forme de sabot. Il y a une cymbulie australe différant assez notablement de celle de la Méditerranée. À l’inverse des cléodores elles sont extra-tropicales, boréales et australes, et, comme elles, volent dans l’eau avec une extrême rapidité, ainsi que les insectes dans l’air. Souvent on les figare renversées ; à l’état de vie la pointe de la coquille est en haut.

Péron et Lesueur ont étudié les ptéropodes dans deux

mémoires 1}, où, à côté de genres naturellement rapprochés, se trouvent des réunions que n’adinet plus la science moderne. Ils les divisaient en dix genres, à savoir : 1° les ptéropodes nus el non tentaculés comprenant les genres jirole (actuellement gastéropode hétéropode) et callianire [confusion grave, acalèphe voisine des béroés); nus et tentaculés, genres phylliroë (gast. hétéropode), pneumoderme, clio, glaucus (gastérop. inférobranches) ; 2° les préropodes testacés , contenant deux sections : non tentaculés , genre cléodore ; tentaculés , genres cymbulie, hyale, carinaire (gast. hétéropode).

La classe des acéphales s’est enrichie de nombreuses espèces, beaucoup encore inédites, par les recherches de lexpédition australe. En commençant la série des acéphales testacés par les pectinidés, nous citerons le spondylus candidus, échantillon unique de la Nouvelle-Hollande, sans épines, le spondylus radians, de Timor, le pecten bifrons dans les peignes à oreillettes égales , les pecten asperrimus , australis et hexactes dans ceux à oreillettes inégales. Péron mentionne, dans le Voyage, des houlettes. Il s’agit du pedum spondyloideum , rare coquille de la mer des Indes, connüe de Linné. I recueillit à Timor le marteau blanc (malleus albus ), si recherché , et il en cite an autre de même couleur, mais un peu différent, sans doute une variété, aux îles Joséphine. Ces coquilles , dit-il, vivent comme enchassées par leurs longues oreilles au milieu des alcyons, dont les polypiers encombrent les anfractuosités du rivage. Il en était de même d’autres bivalves très fragiles, comme plusieurs vulselles encore inconnues, et des avicules, qui, entr’ouvertes, ressemblent grossièrement , vu la portion relevée en aile, à un oiseau qui vole : ainsi les avicula falcata, virens et papillonaceu.

{1) Ann. du Mus.,t. XV, p. 57 el 70.

Ho

La caractérisation des ostracés est très difficile, par suite de leurs déformations continuelles. Lamarck a multiplié outre mesure les espèces sur des variétés. Il a créé l’ostrea tuberculäta pour une huître de Timor dont la valve inférieure était couverte de tubercules convexes (Lam. Ann. du Mus. t. IV, p. 351). C’est la même espèce que l’ostrea australis, trouvée également par Péron au port du roi George. Les tubercules sont dus à ce que la coquille s’est moulée sur des astrées. Le Voyage austral s'étend avec détail sur l’ostrea margarttacea (scytophylla de Péron) découverte à l’île Bernier {Voyage austral, 1. I, p. 119).

La valve inférieure fixée au rocher est en forme de long cornet d'environ deux décimètres de longueur et la valve supérieure la recouvre comme une sorte d’opercule. L'animal, dit Péron, n’occupe pas toute la profondeur de cette coquille singulière ; il est relégué à la base du cône dont toute la portion inférieure est occupée par des petites cloisons transversales, à concavité vers le haut , et entr’elles sont des vides remplis de gaz. La chair du mollusque fut trouvée extrêmement délicate. Üne structure analogue se rencontre chez les éthéries, ostracés fluviatils. Nous indiquerons enfin les ostrea exCavaia et trapezina, les perna nucleus, modiolaris, nigrina, bi-costalis , toutes espèces australiennes , les trois dernières du genre crénatule que M. Valenciennes réunit aux pernes.

La collection du Muséum conserve presque seule le souvenir des nombreuses espèces de mytilacés découvertes par Péron. Beaucoup ont été décrites par QGuoy et Gaimard qui n’ont fait que les retrouver. Tels sont les pinna pectinata , nigrina , saccata (cette dernière très répandue et connue de Linné) , les mytilus corneus et erosus (types de Lamarck), mytilus polyodontus (Quoy et Gaimard), et une petite espèce inédite et innommée, voisine du mytilus ustulatus, les mytilus

bilocularis et hirsutus, à drap marin très villeux , deux espèces très rapportées depuis, les modiola securis et albicosta, de Timor, cette dernière avec la variété en spatule recueillie plus tard par Verreaux , la unio australis, à nacre enfumée, retrouvée par Eydoux, les cardita aviculina (île King), semiorbiculata , nodulosa , depressa, intermedia, bicolor (très répandue) , crassicosta très voisine de la cardüa crassa des faluns de la Touraine, une autre inédite de couleur jaunâtre, toutes de la Nouvelle-Hollande , les petunculus radians |variété de l’île King), sériatularis (Q. et G.) et vitreus (échantillon unique, une valve), les arca maculosa ei fusca |Australie), semi-torta Tasmanie), decussaia Timor), avellana îles Saint- Pierre et Saint-François), les petites espèces de l’île King, arca pisolina, rudis et squamosa, la modiolarca discors (port du roi George), et enfin la nucula obliqua, des mers australes.

Dans les camacés, Péron signale à Timor des w'idacnes gigantesques, de même espèce, vivantes et fossiles. On lui doit dâns le genre came les chama œruginosa (Timor, individu unique), limbula et asperella (très répandues dans tout l'océan Indien), ruderalis \variété), et, dans le genre perforant cypricarde, la cypricardia rostrata (Australie).

Les mactracés (section des cardiacés) nous présentent les mactra abbreviata, australis, rufescens, trigonella (Australie), les crassatella striata , cycladea , atbella et cornea (ces deux dernières de l’ancien genre mésodesme), les crassatella sulcaiu et kingicola, espèces très voisines de nos crassatelles fossiles de Cuise et d'Anvers, la erycina physoïdes, de la taille d’un pois, du port du roi George. Les découvertes de Péron sont d'une haute importance dans les conques (autre section des cardiacés). Ainsi les cardium tenuicostatum | Timor et Australie, type de Lamarck), bullatum, charmante espèce à stries: roses et blanches, comme chinées, échantillon unique, unedo,

connu de Linné, {umoriferum, très anguleux, unique, r'etusum, vulgseirement bucarde cœur de Diane , les deux valves simulant un cœur. Certains genres de mollusques sont regardés comme complétement perdus aujourd’hui, et tous les jours des découvertes d'espèces actuelles viennent démentir des conclusions hasardées. Aïnsi l’on vient de découvrir un pleurotomaire vivant dans un genre qu’on croyait éteint depuis la période secondaire. De même Péron le premier trouva à l’île King une coquille complète du genre trigonie si fréquent dans notre sol jurassique. En outre à l’île Maria et sur plusieurs petites îles de la côte de la Tasmanie furent rencontrées des valves séparées et un peu usées. C’est la {rigontia antarctica , de Péron, ou pectinata, de Lamarck. Quoy et Gaymard complétèrent la découverte en retrouvant l’animal de la trigonie à l’île King, et récemment fut ajoutée une seconde espèce vivante, la {rigonia margarttacea À.

Deshayes fonda le genre cardilie sur une espèce que Lamarck rangeait à tort dans les isocardes. C’est la cardilia semi-sulcata, échantillon encore unique, en France du moins, et dont on ne possède qu'une valve rapportée par Péron des îles Saint-Pierre et Saint-François. Le grand genre des vénus nous offre les venus grisea, de localité incertaine, gallinula très jolie coquille pourprée découverte à l’île King par Péron, crassisulca [une valve), turgida (variété australienne, Lamarck a fait plusieurs doubles emplois au sujet de cette espèce), undulosa et Peronti. Cette dernière espèce offre de nombreuses variétés répandues à la Nouvelle-Hollande, aux îles Maria, aux Kanguroos, etc. Lamarck en avait fait sept espèces. On a justement conservé le nom seul de l’illustre voyageur qui la rapporta le premier. On lui doit également certaines espèces

(4) Lamarck., Ann. du Mus., t. IV, p. 851.

de vénus perforantes fexotica, distans, crenaia, cardüoides). Lamarck les plaçait dans le genre vénérupe qui n’a pas été admis. Dans les cythérées se présentent les cytherea rufa et impar, coquille recherchée et voisine de la cedo-nulli et de nombreuses petites espèces non retrouvées depuis et qui attestent les soins minutieux de Péron ; telles sont les cytherea numimulina, muscaria, pulicaris, placunella, cuneata, mixta et plicaiina [très rare). Lamarck cite une cytherea macrodon, espèce fort incertaine, qui paraît faire double emploi avec la flexuosa, et une variété de la concentrica devenue la artemis subrosea , de l’île King et de l'Australie. Les genres propres aux eaux douces comprennent la cyrena trigonella et la cyclas australis, ressemblant beaucoup par sa petite taille et ses caractères à notre cyclas fontinalis, sur laquelle nous avons pu constater un fait singulier d'association avec les écrevisses (1); une variété est de Timor, l’autre du port du roi George. Enfin dans le genre donace sont les donax deltoides, australis, epidermia et elongata (variété à test fauve). Dans les tellinacés ( dernière section des cardiacés) se rangent les tellina staurella, albinella, margaritina et peut-être scalaris, les solen constrictus [mer des Indes) et vaginoïdes |très commun, canal d’Entrecasteaux), les sanguinolaria rugosa |(connue de Linné), psammobia flavicans, alba et pulchella, genres que M. Valenciennes ne sépare pas des solens, la so/emya australis du port du roi George. Ces espèces et les suivantes sont presque toutes perforantes, ce qu'on reconnaît tout de suite à leur coquille arrondie et amincie en coin à une extrémité : selon M. Hupé c’est par usure due aux seuls mouvements des valves qu’a lieu la perforation. D’après M. Valenciennes le pied agit également.

(1) Bull, de la Soc. d’'Emul. de l'Allier, août 1855, p. 350.

DOI UTNEES Aux myacés appartiennent la saxicava australis, avec diverses variétés dont Lamarck fit une corbule et une saxicave, les anatina Peronii et Blainvillit, espèces des îles Saint-Pierre et Saint-François, déterminées par M. Valenciennes, confondues avec d’autres par Lamarck, la gastrochæna cuneiformis, coquille perforante de la baie du Géographe, rapportée depuis d’un grand nombre de localités par Quoy et Gaimard, Jacquinot, Rousseau; etun individu unique, à tube incrusté de grains de sable de l’aspergillum agglutinans (Australie). M. Valenciennes établit une distinction profonde, dans les acéphales testacés, pour les lucinidés qui n’ont que deux branchies, tandis que tous les autres en ont quatre. Lamarck et Bruguière ne les connaissaient que par la coquille, les plaçaient près des tellines et les confondaient avec des animaux très différents. Ainsi, la cytherea punctata, connue de Linnée et du voyage de Péron, est maintenant la lucina punctata (1). Au nombre des meilleurs arguments contre l’idée d’une chaîne unique du règne animal et en faveur des séries zoologiques parallèles, figure ce fait général, que chaque embranchement , après les groupes à caractères nets et explicites, - offre une suite d'espèces ne conservant que l'essence du type, où les organes tendent de plus en plus à disparaître et les fonctions à se centraliser et à se confondre. Peu nombreuses pour les vertébrés, ces dégradations se multiplient chez les invertébrés et rendent très difficile la distinction précise des embranchements. On s'accorde complétement aujourd’hui à rattacher aux acéphales testacés , sous le nom d’acéphales nus (M. Valenciennes) , ou de tuniciers (M. Milne Edwards), des

animaux soit libres, soit agrégés, dont la ressemblance avec

(1) Sincères remerciments à M. Hupé, aide-naturaliste, dont l’érudition et la complaisance nous ont aidé dans le dépouillement de l'immense collection des mollusques.

ies mollusques , sous le rapport de l’organisation et de la taille, est incontestable.

Cuvier sut reconnaître, dans les biphores ou salpas, la symétrie des mollusques acéphales, et c’est surtout par les ob- servations de Péron et les animaux qu’il rapporta qu’on put établir la véritable place de ce groupe, jusqu'alors Jeté au hasard dans les méthodes. Cuvier avait recommandé leur étude de la manière la plus pressante. À l’arrivée du Géographe, Péron lui remit six espèces de biphores dont l’anatomie fit reconnaître la justesse de l’idée de Bosc qui avait proposé de réunir les éhalia de Brown aux salpas de Forskall. Linné avait totalement méconnu ces animaux en les joignant aux holothuries. La première espèce décrite par Cuvier { Ann. du Mus. t. IV, p. 860 ) est le sa/pa cristata qui lui sembla le même qu’une des thalia de Brown ou holothuria denudata de Linné, et le salpa de Forskall. La seconde était aussi déjà découverte par l’allemand Tilésius, le long des côtes du Portugal, mais il l'avait confondue, sous le nom de tethys vagina, avec des gastéropodes nudibranches. Cuvier en fit le sa/pa Tilestü : il est phosphorescent, comme la plupart des biphores. Les quatre autres espèces sont nouvelles. La sa/pa vivipara de Péron (atlas du Voyage, pl. 31), ou scutigera de Cuvier, montre un curieux ovaire, formé de capsules enfilées en série (ce sont plutôt, sans doute, des bourgeons). Suivant Péron, l’animal le rend en entier, et les petits biphores, après l’éclosion, restent unis pendant longtemps, comme ils étaient dans l'ovaire. De là ces remarquables chaînes de biphores, flottant sur les eaux en bancs de trente à quarante lieues d’étendue , de couleur rose ou azurée pendant le jour et resplendissant de lumière pendant la nuit. On serait tenté de les prendre pour un seul animal, tant leurs mouvements sont réguliers. À un certain âge ils se séparent, dit Péron, car tous les grands

roi

individus sont solitaires. Ces détails, donnés par Péron, paraissent inexacts quant au lien commun des individus associés et libres ; ils doivent se rattacher entre eux par une génération alternante dont il ne reste plus à démontrer que la généralité très probable pour toutes les espèces. La sa/pa octofora présente huit proéminences que Cuvier regarde comme des suçoirs par lesquels l’animal se cramponne côte à côte et dos à dos. C’est la salpa octaedra de Péron , trouvée à la terre Napoléon { Voyage, t. [* p. 322). Enfin viennent les sa/pa cylindrica et fusiformis, les plus petites de toutes. D’autres espèces, découvertes par Péron et dessinées par Lesueur, s’ajoutaient aux quatre que Cuvier fit connaître. Les deux amis s’en réservaient la publication : ainsi les sal/pa cyanogaster et anteliophora lalas , pl. 30).

Péron avait également rapporté des ascidies simples, qu'il confondait avec des zoophytes. Dans ces molluscoïdes, fixés aux rochers par leur manteau coriace , les cavités buccale et anale se rapprochent beaucoup. Il nomme ascidia antiropocephala une espèce, d’une belle couleur rouge, présentant,

dit-il, une ressemblance bizarre avec une tête d’homme vue de profil. Il la dit commune aux îles Decrès et Joséphine , au port du roi George, à la terre de Nuyts. Peut-être s'agit-il de la bipapillaria australis , de Lamarck, du voyage de Péron et de la baie du Géographe, dont le corps offre deux papilles coniques, chacune avec une oscule Lam. 2° édit., t. LIL. p. 540). Nous rencontrons dans les ascidies sociales , où les petits mollusques à deux oscules, sont fixés par des pédicules commans aux Corps sous-marins, la sigillina australis, formée d’un groupement de cônes allongés, gélatineux , transparents.

Le type de ce genre, établi par Savigny dans un de ses mémoires, fut pêché par Péron, par vingt brasses de fond, sur la côte S. O. de la nouvelle-Hollande.

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Une découverte capitale de Péron constitue un groupe dans les acéphales nus, les pyrosomes.

La première espèce connue, le pyrosoma atlanticum , fut décrite par Bory-de-Saint-Vincent et par Péron. (Ann. du Mus.,t. IV, p. 137). Un cylindre creux, ouvert par un bout seulement, de dix à quinze centimètres de longueur, nageant dans la mer par les contractions d’un sarcode gélatineux , chargé de tubercules extérieurs, parut, à première vue, aux deux auteurs, constituer un animal unique, peu éloigné des béroés, selon Péron. Plus tard, Lesueur reconnut l'erreur en voyant que chaque tubercule était un animal particulier. Savigny et Cuvier établirent leur analogie avec les botrylles qui vivent adhérents aux fucus , et où les petits mollusques se disposent en étoiles. La différence, chez les pyrosomes, consiste principalement , comme le remarque Cuvier, en ce que le sarcode commun est libre et mobile. Dans les uns comme dans les autres, dit M. Valenciennes , les anus s'ouvrent en tubes extérieurs, les têtes restent cachées dans le sarcode commun. De même la tête des acéphales est enfoncée dans le sable , l’anus et les tubes aqueux branchiféres vers la haute mer. |

Dans la suite, Péron et Lesueur étudièrent à Nice le pyrosoma elegans, espèce beaucoup plus petite, à corps très transparent. Lesueur en découvrit encore une autre. |Lesueur, Nouv. Bull. des sci. 1818 et 1815; Savigny, Mém. sur les anim. sans vert., p. 205, 1816). Le rapport de Cuvier sur le mémoire de Savigny paraît indiquer que Péron lui-même aurait, après son premier travail, reconnu la vraie nature des pyrosomes. |

Mais l'observation importante de Péron est celle de leur phosphorescence. Il raconte l’admirable spectacle de la mer, lors de la traversée d'Europe à l'Ile-de-France, offrant comme

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