‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 25 sur 33 · OM · texte numérisé non relu

OM

une large écharpe de phosphore. On y voyait de gros animaux, nageant en troupes innombrables, ceux du fond comme des boulets rouges, ceux de la surface comme des cylindres de fer incandescents. La locomotion lui a semblé rétrograde et se faire par les reculs dus aux contractions et dilatations de la gaine commune, En même temps la matière phosphorée paraît jaillir de chaque tubercule, c’est-à-dire, de chaque petit animal. Ces tubes sont d’un rouge de fer fondu , lorsqu'ils se contractent sous une excitation extérieure et font sortir la lumière ; puis , à l'instar de l'acier refroidi , ils passent par les teintes de l'aurore, du jaune, du vert et du bleu du plus pur azur [cette couleur est celle du dessin de Lesueur , atl. pl. 31), puis d’un jaune opalin mêlé de vert, après la mort. En même temps, et sans pouvoir se reproduire, disparaît la phosphorescence, fonction toute normale chez eux. Péron a trouvé ces pyrosomes localisés entre 19° et 20° long. occid. (mérid. de Paris), et 3° à {4° lat. bor., dans une eau à 22° R, circonstance sur laquelle il insiste.

Selon M. Milne Edwards, la dégradation dans les mollusques s'étend beaucoup plus loin et nous amène à des êtres microscopiques , les bryozoaires, formant de véritables polypiers. Leur canal intestinal libre , à deux ouvertures anale et orale, les range dans un type très différent des polypes à une seule ouverture digestive. D’autres auteurs les conservent dans les polypes hydraires. Les bryozoaires du voyage de Péron appartiennent à la section des tentaculés. Ce sont, d’après Lamarck, dans les eschariens , les adeona foliifera et cribriformis, les eschara decussata, chartacea , lichenoides, lobulata et incrustans, (alveolites incrustans , de Péron , recouvrant une gorgone et ressemblant à une incrustation de calcaire), les discopora fornicina, cribrum et scobinata , les cellepora oliva , oculata , endivia et cristata , toutes espèces de la Nouvelle-

Hollande, les retepora versipalma, radians, ambigua et cellulosa ( dentelle de mer), cette dernière, de l’océan Indien, représentée par des variétés pourpres ou d’un blanc fauve ; enfin dans les tubuliporiens la tubulipora patellaia, de V Ausiralie (4).

Nous ne pouvons omettre les brachiopodes dont on fait sénéralement un type de mollusques acéphales très distinct des lamellibranches et que des auteurs cherchent à rattacher aux crustacés, comme un chaînon encore plus éloigné et plus anormal que les cirripèdes. C'est à peine si quelques espèces | vivantes subsistent aujourd’hui , après le développement immense de cette classe dans les formations anciennes. Péron rapporta des terres australes de très nombreux échantillons de la éerebratula dentaia où punctata, dont Lamarck fit à tort plusieurs espèces.

Le dernier embranchement de Cuvier, les zoophytes, est encore à présent dans l’état de caput mortuum où ce grand naturaliste trouva les vermes de Linné. Il existe dans ces êtres plusieurs groupes de même valeur typique que les autres embranchements. Leur étude était pour Péron l’objet d’une prédilection véritable ; il se plaisait à faire retracer leurs couleurs si éclatantes, mais si fugaces, par les habiles pinceaux de son ami.

Il est très difficile de circonscrire les animaux auxquels convient le nom de radiaires. À proprement parler les stellérides, les échinides, les polypes sont seuls vraiment rayonnés. Les holothurides et les acalèphes , avec leurs genres de passage, n’ont plus qu’une radiation parfois à peine sensible ; elle s’annulle dans les spongiaires.

Un nombre considérable d’espèces inconnues d’échino-

(4) Voir Lamarck, 2° édit., t. Il, p. 213 à 295.

dermes provient du voyage de Péron ; elles forment une grande partie des échantillons desséchés de la coliection du Muséum. L'examen de ces individus nous offre dans les stellérides astéridiens, à bras creusés d’un sillon donnant passage aux tentacules pédiformes, le asteracanthion graniferus, des mers australes, les ophidiaster cylindricus, scytaster subulatius, à longs bras couverts de grandes épines cylindroïdes, tous deux de l'Ile-de-France, les archaster typicus , splendens et hesperus. Dans les genres où les bras, loin de s’ailonger se confondent plus ou moins avec le disque pentagonal , se rangent les asteriscus calcaratus , à Six rayons, et rosaceus, présentant une splendide rosace de quinze rayons débordant par une dentelure arrondie, les oreaster turritus (Ile-de-France, déjà connu), obtusangulus et Linchii, magnifique individu de trois décimètres de diamètre, les gontiodiscus cuspidatus , pleyadellus et ocelliferus , genre à tubercules petits et réguliers comme des ocelles. À ces anciennes astéries de Lamarck succèdent les stellérides ophiuridiens où les tentacules sont épars sur des bras sans sillon. Nous citerons dans les subdivisions du genre ophiure les ophiocnemis marmorata, à longs rayons effilés et enroulables, garnis de délicats ambulacres, les ophiocoma annulosa et scolopendrina à rayons tortueux, pédicellés, simulant des scolopendres, la ophiorachna incrassata , ces trois espèces de l’Ile-de-France ; dans le genre euryale de Lamarck, les astrophyton exiquum et asperum, dont les bras surdécomposés par bourgeonnement fissipare indiquent un passage aux comatules ; dans celles-ci un nombre énorme d'échantillons secs de la comatula solaris, des mers australes , où figurent quatre sujets de premier choix, à dix rayons garnis de tentacules distiques, comme une plume, les comatula brevicirra et multiradiata, individus bien conservés dans l’alcool , souvent rapportés depuis des mers de la Sonde

et des Moluques, les comatula rotularia, Savignyt, fimbriata ou Peronti, espèces ayant de quinze à vingt rayons, et la comatula adeonæ, petite espèce accrochée à l’adéone foliifère.

Les échinides ne présentent pas une moindre variété que les Stellérides. Du voyage de Péron proviennent les plus remarquables espèces vivantes du groupe des cidaridés , d’un haut intérêt pour les géologues actuels. On retrouve dans leurs épines les formes variées et singulières de leurs analogues fossiles. Tels sont de nombreux tests de cidaris imperialis et un individu complet avec d'énormes baguettes en massues arrondies, les cidaris metularia, verticillata, annulifera, à piquants annelés gris et blancs, tubaria, à pointes hérissées de verticilles latéraux simulant des branches d’épines, et geranioïdes dont les piquants se terminent par des sortes de cupules élargies. Les trop nombreux genres en lesquels on a décomposé les oursins proprement dits comprennent les echinus saxatilis (île King), vartegatus (Ile-de-France), Delalandiü (Cap) , Les heliocidaris variolaris et margartitacea, tripneustes ventricosus (echinus Perontit, de Blainville), boltetia pileolus, amblypneustes pallidus et ovum (sujet unique). Aux échinomètres se rattache la acrocladia trigonaria , au grand groupe des clypéastres le c/ypeaster placunarius, aux spatangues les bryssus sternalis, breynia Crux Andræ, spatangus planulatus, espèces des mers australes. É

Les holothurides terminent la classe des échinodermes. Les collections actuelles ont conservé du voyage de Péron les holothuria echinopus , cuvieria Peronû (Val.) ou holothuria Cuvieria , de Péron, genre curieux par son corps couvert d'écailles , et mulleria Perontii |[Val.), de la baie des Chiens- Marins. Les mulléries fournissent surtout les espèces que recherchent les Chinois comme condiment aphrodisiaque.

Péron rappelle, dans le Voyage, la rencontre de flottilles

malaises occupées à la pêche du wépang. Les grandes espèces de ce genre offrent aussi ce fait des plus bizarres qu’un poisson du genre fierasfer (anguilliens) , vit en parasite dans leur cavité respiratoire. Dans les synaptiés, représentants dégradés du groupe, nommons les pentacta costata |Ile-de-France, retrouvée aux Seychelles, par L. Rousseau) et calcarea (Val.). individu unique.

Les acalèphes ontété l’objet plus particulier des travaux de Péron et de Lesueur. Le orand ouvrage sur l'Histoire générale et particulière des méduses fut interrompu par la mort du premier. Il devait comprendre l’ancien genre medusa de Linné, formant la classe des acalèphes de Cuvier, mais il n’y eut de publié que ce qui a trait aux médusaires actuels. Leurs observations firent connaître un plus grand nombre de méduses que tous les naturalistes, français et étrangers, qui les précèdent. Les espèces nouvelles furent toutes peintes et décrites d’après des individus vivants, les recueils des diverses langues furent mis à contribution par Péron, les dessins et peintures de leurs planches calqués par Lesueur, les espèces européennes déjà connues furent revues dans les dernières excursions des auteurs sur les côtes de la Manche et de la Méditerranée. Les magnifiques dessins de Lesueur n’ont jamais été publiés. Le premier mémoire (Ann. du Mus.,t. XIV p. 218, 1809, débute par l'exposé des problèmes généraux que présentaient les fonctions de ces êtres si mai connus. Lis n’en résolvent qu’un petit nombre et avouent leur ignorance au sujet de la reproduction des méduses et des organes de la phosphorescence et de l’urtication brûlante de la plupart | on sait avec quel soin nos pêcheurs côtiers rejettent à la mer les méduses ramenées par leurs filets). Le système musculaire, la respiration de ces animaux leur échappent également. Ils se demandent quelle est la nature du gaz qui remplit les vessies des physaliens. On.

croit maintenant que ce gaz est presqu’entièrement de l'azote, comme dans la vessie natatoire des poissons d’eau douce, mais on n’a aucune certitude à ce sujet. Péron et Lesueur ont reconnu que les faits de localisation signalés par eux pour les animaux marins supérieurs existent aussi pour les méduses. La température , la Spécialité des aliments, les cantonnent dans tels ou tels parages. Dans les mers équatoriales elles se montrent en toute saison, mais sur nos côtes et dans les contrées boréales, elles abondent surtout en été et manquent complétement en hiver, probablementengourdies alors au fond des eaux comme tant d’autres animaux pélagiens. La partie historique du mémoire est traitée avec beaucoup de soin et de talent. Péron et Lesueur rappellent les connaissances des anciens à ce sujet et comment les noms vulgaires des méduses, dans les diverses langues, correspondent aux mots £nidé et acaléphé des Grecs et urtica des Latins. On leur attribuait des vertus thérapeuti-ques. L'art culinaire recherchait les vélelles comme un mets délicieux, et de nos jours les Siciliens, les habitants des îles loniennes et surtout les Grecs de la Morée recueillent avidement les mêmes animaux. Enfin, disent Péron et Lesueur, en quelques lieux on emploie les méduses pour féconder les terres, et on a tenté d’en extraire de l’ammoniaque. Dans la liste nombreuse des auteurs qui , depuis l'antiquité jusqu’au commencement de ce siècle, avaient écrit sur les méduses, se trouvent principalement cités : Réaumur pour ses belles recherches sur les méduses des côtes du Poitou ; Spallanzani étudiant leur phosphorescence ; Vancouver, Johnston, Marchand, trouvant dans le grand océan Boréal les vélelles qu’on croyait jusqu'alors propres à la Méditerranée et à l'Atlantique, etc.

La classification de Péron et Lesueur, en partie artificielle, est établie en réseaux dichotomiques, d’après la méthode de

Ro —

Lacépède. Elle a l'avantage d’enfermer, comme en des cases distinctes , les espèces connues et de comprendre par avance des combinaisons d'organes que les découvertes nouvelles peuvent réaliser. Les méduses en général y sont divisées en totalement gélatineuseset membraneuses en partie, Gette seconde coupe comprend des ordres très distincts, les vélelliens, les physaliens, les dyphiens. La première est subdivisée d’une manière naturelle en méduses gélatineuses à côtes ciliées |béroaires) et méduses gélatineuses sans côtes ciliées [médusaires). Ces dernières, dont le mémoire préliminaire s'occupe seul, se distinguent en agastriques et gastriques; celles-ci en polystomes et monosiomes. Gette division répond aux astomides , rhizostomides et médusides de M. Valenciennes, à quelques genres près. Les diverses sections sont partagées en pédonculées et non pédonculées, suivant qu’il existe ou non un pédoncule central. Suivant que le pédoncule se termine ou non par des lanières ou bras destinés à saisir la proie, Péron et Lesueur partagent les méduses en prachidées et non brachidées. Enfin, suivant que l’ombelle présente en son pourtour des filets plus ou moins longs, ou qu’elle manque de ces appendices, les méduses sont dites entaculées ou non tentaculées. Les méduses agastriques comprennent six genres s’élevant de la plus grande simplicité aux organes les plus complexes de cet ordre. Ce sont les genres : eudore, bérénice, orythie , favonie, lymnorée et géryonie. Dans les méduses gastriques polystomes sont les dix genres : euryale, éphyre, obélie, ocyroé, cassiopée, aurélie, céphée, rhizosiome |1), cyanée et chrysaore. Les gastriques monostomes offraient treize genres : carybdée, phorcynie , eulimène, équorée, fovéolie, pégasie , callirrhoë,

(1) Genre fondé par Cuvier pour la grande méduse des côtes du Poitou, étudiée par Réaumur,

— Oise mélitée, évagore, océanie, pélagie, aglaure, mélicerte. \ y a . Jà trois séries parallèles, à genres toutefois beaucoup trop nombreux. La collection du Muséum présente encore des échantillons de la cyanée cyclonote et de la cyanée spiligone , recueillis au Hâvre par Péron et Lesueur. On sait combien la conservation de ces animaux est précaire.

Nous avons dû présenter un résumé rapide des travaux de notre naturaliste, bien qu’ils aient perdu de leur importance. En effet, non seulement les méduses, mais toute la classe des acalèphes de Cuvier, doit subir une révision complète et sans doute disparaître ; il est admis aujourd’hui que les méduses dérivent de polypes sertulaires et campanulaires par une génération alternante.

Un second mémoire de Péron et Lesueur, ayant pour titre: Sur les Méduses du genre équorée (Ann. du Mus. t. XV, p. hA, 1810), contient une série d’aperçus physiologiques, applicables, pour la plupart, comme le remarquent les auteurs, à toutes les méduses. Ils appellent d’abord l’attention sur ce fait curieux d'animaux pesant parfois plusieurs kilogrammes et se réduisant, après la mort, en un liquide pareil à l’eau de mer, avec un résidu solide membraniforme à peine sensible. La locomotion des méduses est décrite avec détail. Elle s’opère par recul, au moyen des mouvements systoliques de l’ombelle, placée soit verticalement , soit obliquement. Pour descendre, dit Péron, il suffit à l'animal de se contracter afin d'augmenter sa pesanteur spécifique. Il ne renverse l’ombelle que pour accélérer la descente. Les auteurs du mémoire signalent la digestion très énergique et très prompte des méduses, comment la carapace des crustacés, les écailles dures des poissons sont réduites en poussière par l’action du suc gasrique, âcre et brülant, de leurs estomacs gélatineux. La croissance de ces êtres est très rapide et l’eau est fort vite

corrompue autour d'eux par d’abondantes excrétions glaireuses. La systole et la diastole natatoire des méduses expliquent le nom de poumon marin qui leur est fréquemment donné. Cette grossière analogie a entraîné Péron et Lesueur à l'erreur grave de voir dans ces mouvements un phénomène respiratoire. Ils reconnaissent, au reste, avec beaucoup plus de justesse , que dans certaines équorées, des canaux aquifères distribués sous l’ombelle, doivent servir à une sorte de respiration branchiale, et notent aussi, mais en passant, l'existence d’un système respiratoire particulier dans beaucoup de méduses polystomes.

Péron créa, dans les béroaires, le genre callianire, avec des ailes étendues sur les côtés du corps; l'espèce type (c. diploptère , Pér.) habite en troupes nombreuses les côtes de la Nouvelle-Hollande. Il plaçait à tort ce genre dans les ptéropodes. Il signale, dans le Voyage, le beroe dactyloïdes, de la terre Napoléon, et un autre, de l’océan Atlantique, le beroe macrosiomus, figuré dans l’atlas. C’est le beroe cylindricus, de Lamarck. On rapporte aux béroaïires le genre ocyroé précédemment cité dans la classification des méduses. La nature , dit Péron , semble avoir épuisé chez les béroés tout ce que l'élégance des formes, la richesse des teintes, la variété des mouvements peut offrir de plus gracieux et de plus brillant. La lumière, décomposée à travers les lamelles mobiles de leurs côtes , environne l’animal de nombreux arcs-en-ciel onduleux, d’une inexprimable magnificence.

Les dessins de Lesueur ont reproduit un grand nombre de physaliens , avec leurs vessies natatoires si variées, et leurs couleurs éclatantes où se mêlent le jaune, le pourpre et l’azur. Péron le premier a subdivisé les physsophores de Forskall en trois genres : l’un à vessie aérienne très petite et divisée en vésicules est le genre rhAïzophyse , les deux autres, à vessie

grande et multiple, forment les genres physsophore et stéphanomie , ce dernier tout à fait nouveau et encore très mal étudié. Les espèces des autres genres, ainsi que la physalia megalista de l’atlas, sont, d’après Cuvier, les mêmes que les anciennes espèces de Muller, Forskall, Lamartinière. Nous remarquerons toutefois que Péron indique, dans la traversée de Timor à la Tasmanie, une pAysalia australis, différente , dit-il, de celle de PAtlantique (Voy. t. 1, p. 210). Il a mal compris la signification des filaments des physaliens. Les plus courts sécrètent la matière phosphorescente , les autres, allongés et flexueux , sont des ovaires, et en outre, du moins chez les physalies, produisent une urtication des plus douloureuses. Péron s'était également trompé au sujet des ovaires de ses méduses polystomes qu’il prenait pour des bouches. Dans les vélelliens ses velella scaphidia et porpita gigantea paraissent avoir été signalés précédemment. {l est probable que tous ces singuliers animaux ne sont encore Connus que dans des phases spéciales d’une existence alternante.

Les renseignements certains que nous avons pu réunir sur les polypes nouveaux du voyage austral sont assez incomplets. Ils se rapportent presque tous à des polypes coralliaires. Nous trouvons dans les zoanthaires actiniens la myntas cyanea, très belle espèce d’un bleu foncé, de l’océan Atlantique. Cuvier rangeait ce genre près des siponcles, dans les échinodermes apodes { Règne anim., t. IV, p. 2h, 1* éd.). Les collections du Muséum nous ont présenté, dans les alcyonaires, les #sis hippuris et encrinula à tige pennée, une base de l’isis gracilis sur laquelle Lamarck avait fondé le faux genre cymosaire , la gorgonia arida, rapportée depuis de la Nouvelle-Hollande par Verreaux, un très curieux échantillon de la gorgonia myura (Lam.\, simulant une queue de souris, le sarcophyton mesenterinum, deux individus de la virqularia

Juncea (Pér. et Les.) ou australis [Lam.), en forme de tige grèle de jonc, et peut-être la pennatula argentea. M. Valenciennes fait la remarque intéressante que ces derniers polypiers présentent une notable proportion de phosphate de chaux ; ce sel, sans cette exception, établirait une séparation profonde entre les tissus solides des vertébrés et des invertébrés.

À la terre de Leuwin fut rencontrée une espèce vivante d’orbitolite. Cette importante découverte demeura ignorée ; l'ouvrage de Lamarck n’en fait aucune mention. Elle eût permis d'interpréter les nummulites fossiles. Ce n’est que bien plus tard qu’on devait connaître la nature de ces foraminifères, à polypes sarcodaires.

Les spongiaires doivent former un embranchement distinct ( homogènes , hétéromorphes ). Citons dans les spongidées les colia flabelliformis et costifera, de la baïe des Chiens-Marins, la Aadichondria asparagus, ressemblant à un végétal rameux et du genre des éponges perforantes. Aux alcyonidées se rapporte un échantillon des plus précieux et encore unique, que mentionne le Voyage austral où il est pris à tort pour un polypier. C’est la hardwickia purpurea , spongiaire d’un riche violet un peu rosé. Il fut pêché près du canal d’Entrecasteaux, à une très grande profondeur , en 1802. Le tissu, délayé et broyé , a été étalé sur un papier collé aux vitres des serres du Muséum. La matière colorante demeura sans altération au plus ardent soleil. Elle bleuit légérement sous l’action des acides ; les alcalis n’ont pas d’effet.

Ici s'arrêtera , dans l'exposé des découvertes de Péron, la partie zoologique descriptive. Nécessairement nous avons dû adopter certaines méthodes de classification. Ce n’est là qu'un accessoire secondaire et forcé de notre travail. Nous avons choisi celles qui sont encore les plus répandues en France ,

mn 2 vom

bien que le règne animal soit en ce moment l’objet d’une révision profonde. C’est uniquement cette nécessité qui nous a interdit, à propos des travaux anthropologiques, d'indiquer les subdivisions récentes de l'espèce humaine proposées par M: G. Saint-Hilaire. Nous avons dû conserver les embranchements de Cuvier par la même raison ; et en particulier sa classification des oiseaux , bien que nous eussions préféré pouvoir y introduire les modifications fondamentales dues aux travaux de deux zoologistes éminents, le prince Ch. Bonaparte et le naturaliste célèbre que nous venons de citer.

Page 1