‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 7 sur 33 · CES · texte numérisé non relu

CES

» À l’homme de bien & qui je dois tout. (Péron).

» À son retour des Terres Australes , il reçut de l’archiduc » Charles d'Autriche une boîte précieuse, en récompense de » curiosités qu’il avait offertes à ce prince. Cette boîte fut en- » voyée sur le champ à mon aïeul maternel, M. Petitjean ; il » le priait de l’accepter comme un faible gage de souvenir. » Nous trouverons encore plus tard des preuves touchantes de cette reconnaissance ; mais entraîné par le plaisir de citer, nous avons déjà devancé les événements, nous rentrons dans notre récit.

Grâce à M. Petitjean, Péron put solliciter une place d'élève à l'Ecole de Médecine de Paris et obtint sa nomination du ministre de l'Intérieur, en juillet 1797.

Péron vient à Paris, aux sources de la science, et pendant trois ans il ne se borne pas à suivre les cours de l’école, il fréquente ceux de zoologie et d’anatomie comparée du Muséum. Outre ces études médicales et d'histoire naturelle, tant de homme que des animaux, Péron se livre avec ardeur à la connaissance de la physique et de la chimie, ces sciences dont les bases sont alors seulement posées et qui sortent du long chaos du moyen âge. Il n’oublie point les lettres qu’il associe courageusement aux mathématiques, et les langues latine, grecque, italienne, anglaise et espagnole, sont de sa part l’objet d’une révision ou d’une étude première. Il semble réellement inconcevable qu’il ait eu le temps de mener de front des travaux si accumulés et si divers.

Le titre de médecin allait couronner les efforts de cet esprit si heureusement doué. Un espoir doux et flatteur avait été l’aiguillon secret de cette étude opiniâtre. Sans doute la pauvreté se posait devant lui comme une barrière infranchissable.

Tout ce que nous savons de l'ami à qui il ne cachait rien, M. Brugière, c’est que jamais il ne s’ouvrit à la famille dans

läquelle il eñt regardé comme un immense honneur de pouvoir entrer. Et ici, on ne saurait assez admirer, en face d’un tel bonheur qu'avait rêvé son imagination ardente, ces sentiments de timide réserve, cette retenue de la passion qui craint de blesser un protecteur aimé et respecté. Peut-être aussi sa délicatesse n'a pas voulu abuser des bienfaits pour faire violence à la générosité. Quoi qu'il en soit, plus il mettait à un haut prix une telle alliance, plus sa modestie trouvait grande la distance qui l'en séparait, plus il demandait au talent, à la célébrité, sinon à la fortune, de l'en rapprocher. C'est pour cela qu'il avait étudié la médecine avec une ardeur incroyable, c’est pour cela qu’il ira chercher dans un monde nouveau ce que l’ancien ne lui eût donné que trop lentement, au gré de ses désirs. Mais son secret, trop bien gardé, tournera contre lui, et ses projets d'union ne s’accompliront pas.

Péron s’était passionné pour les études d'anthropologie, cette science si difficile, à peine ébauchée alors par les travaux de Blumenbach parcourant l’Europe pour comparer les crânes des diverses variétés humaines. Il fallait vérifier, par des observations précises, les caractères exacts des cinq races qu'il établissait dans son célèbre ouvrage sur l'Unité du genre humain. L'occasion se présentait d'étudier certaines de ces races dans leurs variétés les moins connues. Une expédition, ordonnée par le Gouvernement, allait faire voile pour la Nouvelle-Hollande. Deux vaisseaux, le Géographie etle N'aturaliste, le premier sous les ordres du capitaine Baudin, commandant en chef, le second sous ceux du capitaine Hamelin, attendaient au Hâvre les dernières instructions du ministre.

Péron demanda à être employé; mais le nombre des savants était complet , il ne put d’abord se faire accueillir. I pria M. de Jussieu, l'un des commissaires chargé du choix des naturalistes, de solliciter pour lui. Ce savant botaniste, qui ne put

hop

l'écouter sans étonnement et sans émotion, lui conseilla de faire un mémoire dans lequel ses motifs seraient exposés ; et ensuite, de concert avec M. de Lacépède, il détermina les commissaires à ne pas repousser un jeune homme qui joignait une ardeur extraordinaire à une étendue de connaissances bien rares à son âge. Quelques jours après, Péron lut à l’Institut un mémoire sur l'utilité de joindre aux autres savants de l’expédition un médecin naturaliste, spécialement chargé de faire des recherches sur l'anthropologie. Il réunit tous les suffrages et le ministre signe sa nomination à une place de zoologiste.

11 lui reste peu de jours , ils sont employés à recevoir les instructions de Lacépède , de de Gérando, de Cuvier surtout. Péron obtient avec reconnaissance une note détaillée, de la main même de cet illustre savant, indiquant les nombreux points sur lesquels doivent porter les investigations. Il attachait tant d'importance à ce précieux écrit qu'il ne passait pas un seul jour sans le relire. (1)

Après quelques moments donnés à sa famille, Péron s’embarque au Hâvre, le 19 octobre 48090, sur le Géographe. Arrivé le dernier et sans être attendu, il trouve toutes les places occupées et, de là, mille privations, mille ennuis. Toutefois, (tant cette énergique volonté sait se recueillir) dès le premier jour, au milieu des agitations de toutes sortes, il commença des observations météorologiques , continuées pendant toute la durée du voyage. Au bout de peu de temps, la franchise de Péron , l’amabilité de son caractère lui ont fait des amis dans ses collègues ; les officiers de marine même, étrangers à ses travaux , s’attachent à lui, et collaborateurs improvisés, l’aident dans ses recherches; tant la conversation vive.

(4) Cet autographe, si intéressant à double titre, appartient maintenant. à M. 1, Geoffroy-Saint-Hilaire, |

imagée du jeune naturaliste sait gagner à la science les plus indifférents.

Péron se lia surtout avec MM. Henri et Louis Freycinet, Ransonnet et Montbazin, officiers de marine; Boullanger, géographe; Leschenault, botaniste; Bernier, astronome, et Depuch, minéralogiste; ces deux derniers morts depuis victimes des fatigues de l'expédition. Ilest un autre homme vers lequel l’entraîna tout d’abord une vive sympathie qui devint bientôt une étroite et profonde amitié de tous les instants, de toute la vie; J'ai nommé Lesueur, embarqué comme peintre d'histoire naturelle et devenu en peu de temps, grâce à Péron, un habile zoologiste ; ce qui fait que leurs noms sont si fréquemment associés dans une commune gloire. Ils le seront aussi dans un commun éloge , pour ainsi dire, car Péron aura une fois de plus porté bonheur à son ami. L’éloge de Lesueur vient d’être proposé par une Société savante (1). Nous nous en réjouissons doublement, qu’il nous soit permis de le dire en passant, et pour la mémoire de Lésueur que, dans nos plus vives sympathies , nous ne séparons pas de Péron, et pour l'honneur de la Société d’'Emulation de Allier qui avait donné un bon exemple, et qui, par la distinction reconnue de ses membres, qu’attesterait, s’il en était besoin , le bienveillant patronage d’un nom comme celui de Geoffroy-Saint-Hilaire, a mérité que ce bon exemple fût suivi.

Le commencement du voyage est marqué par les premières observations sur les applications de la météorologie à l'hygiène

(1) En effet, au moment où nous écrivions ces lignes, nous apprenions qu’un hommage mérité allait être rendu par la Société Hävraise d’études diverses , au Zélé et habile collaborateur de Péron, à cet esprit aventureux et d’une originalité si profonde , à ce cœur aux affections si solides et si dévouées, à M. Lesueur, qui mourut en 4847, directeur du Musée d'histoire naturelle du ïlâvre, sa ville natale.

navale, sur la température et la phospnorescence des mers.

Après un court séjour aux Canaries, au milieu de novembre 1800, signalé par l’importante découverte de l’animal vivant de la spirule, Péron arrive à l'Ile-de-France le 15 mars

Là , les plus cruelles déceptions marquent le début de cette longue et meurtrière campagne. Les provisions promises manquent, ou sont de la plus mauvaise qualité ; soit avarice du Commandant, soit une de ces fraudes des fournisseurs, si fréquentes à cette époque. Quarante des meilleurs matelots désertent, plusieurs savants et artistes quittent un chef dont l’imprévoyance et la dureté inspirent les plus sinistres prévisions sur l'issue de l’entreprise, puisque l’insalubrité des aliments va se joindre à toutes les causes de fatigue prévues et acceptées. ; = Péron ne suit pas cet exemple, et cependant il connaît la faiblesse de sa complexion (1) ; mais l’ardente passion des découvertes fait taire toute crainte personnelle, et de plus triomphe en lui des trop légitimes ressentiments excités par les indignes procédés du chef de l'expédition. Qu'il nous soit permis, pour ne plus revenir sur ce triste sujet, de citer l’opinion de Maltebrun (2), rapportée par son continuateur Huot : ;

« L'histoire naturelle n’eut pas plus à se louer de lui (Baudin) » que la géographie : il fallait toujours des instances réité- » rées pour obtenir la permission de débarquer ; les infortu-

(1) Dans la colonne des observations au sujet des individus soumis aux épreuves du dynamomètre, il se désigne de la sorte : Péron, zoologiste, petite stature, constitution maigre et peu forte.

(2) Voir Précis de Géographie universelle par Maltebrun, tome 1°, page 659. — Voir aussi Journal des Débats, 24 juillet 4818, et les Mélanges scientifiques et littéraires , Maltebrun, Paris 1828, tome 2.

ou

», nés naturalistes ne pouvaient emporter avec eux les vivres » ni les boissons nécessaires; ils étaient jetés sur une côte » aride et déserte comme des malfaiteurs abandonnés à leur » destinée. Souvent le capitaine , impatienté d’un retard invo- » lontaire, les menacça durement de les laisser en arrière une » autre fois ; il s'exprima dans les termes les plus injurieux » Sur ces empailleurs d'oiseaux et ces ramasseurs de cailloux, » qu'il avait traités de grands hommes à Paris. Toute la rela- » tion historique est remplie de plaintes sur la mauvaise con- » duite du chef et sur les souffrances des voyageurs. Aucune » voix ne s’est élevée pour défendre la mémoire du capitaine » Baudin ; et, d’après les entretiens que nous avons eus avec » M. Péron à ce sujet, il paraît que la conduite de cet officier, » quels qu'en aient été les motifs, n’est pas susceptible d’a- » pologie.»

Au départ de l'Ile-de-France, l’expédition ne compte plus que les savants et artistes dont les noms suivent : Maugé, Levillain et Péron pour la zoologie ; Lesueur et Petit, dessinateurs ; Bernier, astronome; Boullanger, géographe; Leschenault, botaniste ; de Puch et Bailly, minéralogistes ; Riedlé, Sautier et Guichenot, jardiniers.

L'expédition se dirigea d’abord vers la partie la plus occidentale de la Nouvelle-Hollande. Le 31 mai 1801, on aborda à la terre de Leuwin, dans une vaste baïe qui reçut le nom de baie du Géographe. Une côte aride et désolée, bordée de petites dunes de sable, s'offre aux regards. L’eau douce manque ; on suit le cours d’un prétendu fleuve et on reconnaît qu’il n’est qu’un canal étroit d’eau saumâtre dont le niveau suit le flux et le reflux de l'Océan. C’est là le caractère à peu près général des flenves apparents de la Nouvelle-Hollande. Les premières entrevues avec les naturels présentent des hommes aux formes grêles et émaciées, au regard terne et fa-

rouche, tatoués, ayant parfois les cheveux et la barbe colorés d’ocre rouge, absolument nus, à l'exception d’une peau de kanguroo ou de chien qui pend sar l'épaule. Leur couleur est beaucoup moins foncée que celle des Africains , leurs cheveux courts, unis, droits et lisses, leur barbe longue et noire, leurs dents très blanches. Ces peuplades sont perfides et farouches ; les présents ne peuvent les adoucir ; plusieurs fois les observateurs courent les plus grands dangers. Bien différents des peuples des archipels du grand Océan-Pacifique, ils se montrent toujours opiniâtres à fuir ou même à repousser les étrangers. À peine si l’on peut exciter chez eux le sentiment de la curiosité ; ils abandonnent bientôt sur le sol les objets qu'on supposait devoir les intéresser ou leur être utiles.

Péron se montre infatigable, s'enfonce dans les terres à la recherche des naturels, brave leurs sagaies brandies sur sa tête, pour obtenir d’eux quelques armes, quelques mots de leur langue informe, ou l'essai de leurs forces au dynamometre. Rentré au navire, brisé de fatigue, sa nuit se passe à classer et à décrire ce qu'il a reconnu ou rapporté.

En compagnie de plusieurs de ses collègues, Péron se trouve séparé des vaisseaux sur cette côte stérile, par la perte de l’embarcation du Géographe. On reste deux jours et deux nuits presque sans vivres, et on ne regagne enfin les navires, sur les canots expédiés à la recherche, que pour être assailli par d’horribles tempêtes. Le VNaturaliste est entrainé loin du Géographe qui ne doit le rejoindre que plusieurs mois plus tard, dans la relâche de Coupang, à l’île de Timor.

Le Géographe, que monte toujours Péron, fait voile vers la terre d'Endracht et arrive dans la baie des Chiens-Marins le 19 juin 1801. Péron débute dans cette nouvelle relâche par l'étude approfondie de l’île Bernier, où il fait les plus intéressantes découvertes. Ke |

Il donne dans cette exploration les exemples les plus remar-.

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