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quables d’ardeur et d'énergie. Deux fois sa vie est mise en péril. Le 29 juin, il s'enfonce seul dans l’intérieur de l’île. Surchargé de collections, il veut revenir au rivage, mais se trompant de chemin il arrive à l'extrémité opposée ; sans vivres, sans boisson, à l’entrée de la nuit, il tombe épuisé de fatigues dans les sables. Quel ne fut pas son bonheur, le lendemain, de retrouver la chaloupe avec son ami, M. Picquet ; celui-ci avait persisté à l’attendre, malgré les ordres barbares du Commandant qui voulait l’abandonner sur ces rivages où il serait mort de faim. Quelques jours après, peu s’en fallut qu’il ne restàt enseveli sous les flots. Sur la côte orientale, les patelles, les volutes, les trochus en magnifiques espèces ne se présentaient sur le rivage que roulés et vides. Péron veut se procurer des individus vivants dans les anfractuosités d'une roche aigue faisant saillie dans la mer. Une lame l’enveloppe, l’entraîne, le Jette sur les rescifs, ses vêtements en lambeaux , le corps couvert de sang. Il demeure plusieurs jours en proie à une fièvre violente dont le premier tort à ses veux est d’être un repos forcé.
Après la terre d’Endracht vient l'examen de la terre de Witt (du 23 juillet au 18 août 1801) et des nombreuses îles qui entourent ses rivages. On ne rencontre qu’aridité et désolation. L’homme semble fuir ces rivages ingrats, et c’est à peine si quelques feux attestent parfois la présence de rares et pauvres familles. Au milieu d’une multitude d'îles explorées ou reconnues sous voiles, il faut citer l’île Depuch, qui, bien différente des côtes sablonneuses et basses de la terre de Witt, était entièrement volcanique et couverte de prismes de basalte.
Le grand archipel nord-ouest de la terre de Witt fut nommé Archipel Bonaparte, en l'honneur, dit Péron, du premier magistrat de notre patrie et du protecteur auguste de notre expédition.
La détestable qualité d'aliments corrompus et pleins d’in-
sectes, le manque de vin, remplacé depuis l'Ile-de-France par du tafia grossier, la ration d’une eau saumâtre réduite à trois quarts de bouteille par jour, toutes ces causes réunies avaient engendré le scorbut.
Le Commandant se décide à terminer l'exploration de la terre de Witt ; le Géographe axrive à Timor le 18 août 1801, et bientôt le navire est à l'ancre dans la rade de Coupang, siége d’un comptoir hollandais.
Péron met à profit une longue relâche de quatre-vingtquatre jours. 11 reconnaît les races distinctes qui peuplent l’île ; la faune timorienne lui offre les plus grandes richesses en zoophytes et en mollusques et il retrouve sur les montagnes de l’île les débris madréporiques dont la formation obstrue sans cesse les anfractuosités de ses rivages actuels.
Les relations de Péron avec les insulaires de Timor sont fréquentes et d’un haut intérêt. Nous retrouvons ici au plus haut point cette facilité singulière qu'avait Péron à se faire comprendre par le geste , le regard, de peuples dont il ignore la langue, facilité qui Jetait souvent ses collègues dans l’étonnement. Il faut le dire aussi, Péron, bien éloigné de la rudesse que montrerent tant de navigateurs envers les êtres primitifs de ces côtes lointaines, savait, par une douceur affectueuse, alliée, au besoin, avec l'énergie et la fermeté, se concilier à la fois leur amitié et leur respect. Quel charme touchant dans ses entrevues avec une famille réduite à l'obscurité el dépouillée par les Hollandais d’un riche domaine et de la souveraineté de Coupang ! Quels détails curieux dans les relations de Péron avec un chef d’un canton allié qu’il appelle le roi Amadima ! Ce chef avait pris le naturaliste en affection singulière , le comblait de présents et avait échangé son nom contre le sien, usage remarquable confirmant une communauté d'origine entre les Malais établis dans les Moluques de temps immémorial et la race polynésienne des îles du Paci-
LORS fique , tandis qu’il est inconnu aux sauvages peuplades des nègres océaniens et australiens.
La température chaude et humide de Timor produisit bientôt sur les équipages ses effets terribles. Riedlé, jardinier en chef, homme plein de zèle et excellent collègue, succombe. M. Lesueur est atteint de la redoutable dyssenterie , le Commandant est en proie à une fièvre pernicieuse des plus graves. Péron, oubliant ses justes sujets de ressentiment , partage avec lui sa provision personnelle de quinquina. Le médicament agit d’une manière qui tint du prodige et sauva vraisemblablement la vie du chef.
On était alors en guerre avec l'Angleterre ; une frégate anglaise aborde à Coupang ; mais le capitaine s’abstient de toute espèce d'hostilité, par considération et par estime pour l’objet et le but du voyage. Noble privilége de la science, de faire tomber les armes des mains aux ennemis les plus acharnés ! noble privilége aussi de la France, de donner d’illustres exemples (elle avait la première respecté les vaisseaux de Cook ) ! mais pardessus tout, nobles destinées de deux grandes nations qui, déjà dignes l’une de l’autre, devaient un jour, en se rapprochant peu à peu par les côtés généreux de leur caractère national , se lier étroitement pour leur prospérité mutuelle, l'honneur de la civilisation et le bonheur du monde !
C'est à Timor que le vaisseau le Vaturaliste rejoint le Géographie. Ses opérations avaient eu pour objet la terre d’Edels et la terre d’Endracht. Par suite de la nouvelle exploration de cette dernière terre, une grande presqu'ile, dans la prétendue baie des Chiens-Marins, recut le nom qu’elle porte encore de presqu'île de Péron. C’est une des localités les plus arides de ces côtes désolées, et l’on affirme que les naturels émaciés qui la parcourent sont réduits à boire de l’eau de mer. Dampier l'avait prise peur.une île. |
Une plus longue relâche à. Timor eût anéanti les équipages
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décimés par le fléau. On fuit, mais on emporte la mort avec soi ; la mort reçoit tous les Jours de nouvelles victimes. Dans la longue traversée de Timor au cap sud de la terre de Diémen, Sautier, jardinier, meurt à bord du Géographe, et le zoologiste Levillain succombe sur le Vaturaliste. Péron reste dès lors chargé seul de la zoologie. Outre les objets de ses propres découvertes, il doit classer ceux qui ont été recueillis ou décrits par ses malheureux collègues. Le zèle de Péron redouble d'énergie ; il observe les animaux pélagiens et les oiseaux , signale les espèces déjà connues et en ajoute de nouvelles. Le 13 janvier 1802, on aborde à la partie la plus méridionale de la Tasmanie, et on explore le sud de cette région et le canal d’Entrecasteaux , jusqu’au milieu de février. Péron fait la rencontre d’une famille de naturels et décrit. dans un récit plein de charme, leur étonnement naïf, leur douceur, les jeux et la prompte familiarité des enfants, récit qu’il accompagne de cette judicieuse remarque, que lecaractère de la femme et de l'enfant est beaucoup plus indépendant que celui de l’homme, de l'influence des climats, du perfectionnement de l’ordre social et de l'empire des besoins physiques.
Uné autre rencontre a lieu avec une troupe de femmes revenant de la pêche. Les rapports de ces créatures aux formes flétries et dégoutantes d'huile de loup marin, aux traits abrutis par la misère, sont remplis de crainte et de réserve avec les étrangers, sans perdre toutefois un certain caractère affectueux. Il faut noter avec soin que les nègres des variétés océanienne et australienne, avec lesquels l’expédition française fut en relation, montrent une attention jalouse à éloigner et à cacher leurs femmes, bien différents de la race polynésienne , dont les navigateurs nous représentent les femmes et les filles venant s'offrir à l’envi aux matelots , même avant le débarquement,
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Bientôt le tableau s’assombrit; dès que les hommes de la terre de Diémen sont réunis en un certain nombre, la perfidie et la férocité apparaissent plus peut-être encore que chez les naturels de la Nouvelle-Hollande. Le dessinateur Petit manque d’être assommé, et un enseigne est blessé à l'épaule d’un coup de sagaie. Ces hommes indomptables, pour éloigner à tout prix les étrangers, mettent le feu aux herbes et aux broussailles qui entourent les collines où ils se réfugient ; ils préfèrent abandonner par la fuite les grossiers abat-vents d’écorce qui sont leur abri et les quelques ustensiles qui font leur richesse.
L'expédition, quittant le canal d’Entrecasteaux, se dirige vers la partie sud-est de la terre de Diémen. On explore d’abord avec soin l’île Maria. Outre les découvertes en histoire naturelle, Péron a la bonne fortune de trouver quelques tombeaux des naturels, construits en forme de cônes avec des branches entrelacées et recouvertes d’écorces. Il ressort de là un fait important pour l’histoire des peuplades de ces régions. Péron constate, en effet, le premier, d’après les débris qu’il rencontre , qu’elles sont dans l'habitude de brûler leurs morts.
Près de ces monuments funèbres vient se placer une tombe française, celle de Maugé, nouveau martyr de la science.
Dans une entrevue avec iles naturels de l’île Maria, où il cherche à mesurer leur force au dynamomètre , Péron, seul avec M. Petitet quelques matelots, sans armes, vu les défenses du Commandant, courut les plus graves dangers. Aussi on voulut rendre hommage autant à son courage qu’a ses travaux , en donnant le nom de Cap-Péron à l'extrémité la plus méridionale de l’île Maria. R
Le Géographe entreprit ensuite l'exploration de la côte orientale de la terre de Diémen et des détroits de Banks et de Bass, parages où la navigation est des plus périlleuses, et où
le Vaturaliste fut encore séparé de Pautre navire ; puis une première reconnaissance de cette terre Napoléon, pour laquelle l'expédition française pensait avoir la priorité, aucun renseignement ne faisant soupconner de visite antérieure. Malheureusement le capitaine anglais Flinders paraît avoir devancé de quelques mois cette exploration. Toujours même succession de côtes stériles, même absence de rivière navigable.
La côtesud-ouestde la Nouvelle-Follande présente une échancrure immense ; on supposait que derrière les îles Saint-Pierre et Saint-François commençait un détroit coupant cette grande terre en deux îles et allant déboucher d’autre part au fond du olfe de: Carpentarie. Un des plus importants résultats de l'expédition fut de reconnaître l’erreur de cette hypothèse.
Un nombre considérable d'îles furent découvertes ; la plus srande était l’île Decrès qui n’a pas moins de soixante et dix lieues de tour, et dont l’intérieur est couvert de forêts profondes ; maïs c’est à peine si l’on pouvait y trouver quelques traces d’eau douce; aussi a-t-elle paru inhabitée ainsi que les archipels multipliés qui entourent ces côtes arides.
Des torrents de pluie, poussés par d’impétueuses rafales, faisaient régner dans le navire une humidité funeste. Jointe à la détestable alimentation, elle fit reparaître le terrible scorbut dont la marche acquit la plus grande rapidité. Déjà plusieurs hommes avaient été jetés à la mer ; déjà plus de la moitié des matelots était incapable d’aucun service ; deux des timoniers restaient seuls debout. L’odeur et le goût des salaisons pourries étaient tellement insupportables, que les matelots préféraient souvent toutes les tortures de la faim à une nourriture dans laquelle seraient entrées ces viandes infectes, et en présence du Commandant, lançaïent leur ration à la mer. Strictement réduits au traitement de l'équipage , les officiers et les
Bo naturalistes n'avaient d'autres priviléges que des peines morales plus continuelles et plus vivement senties.
Malgré l'épuisement général, malgré l'hiver austral qui commence, au lieu de chercher à atteindre la plus prochaine relâche hospitalière, le Commandant donne l’ordre, accueilli avec consternation , de retourner à l'extrémité sud de la terre de Diémen. Les souffrances se prolongent ainsi tout le mois de mai et la plus grande partie de juin 1802. On s'arrête quelques jours à la baie de l’Aventure et on double l’île Maria, déjà reconnue précédemment. La mort atteignait chaque jour quelques-uns des malheureux scorbutiques couverts de plaies et d’ulcères putrides. Les entreponts encombrés de malades retentissaient de leurs cris de douleur. Les bras manquaient pour les manœuvres les plus urgentes au milieu des tempêtes hiémales. Enfin le scorbut frappa indistinctement tout le monde et jusqu'aux animaux domestiques (1).
Nous n’osons pas mettre sous les yeux du lecteur l’horrible
tableau tracé par le docteur Taillefer, un des chirurgiens de
l'expédition, dans sa dissertation inaugurale : « L'état d’a- » néantissement dans lequel étaient ces malheureux malades, » dit M. Taillefer, n'empêchait pas qu'ils n’eussent tout l'usage » de leurs facultés intellectuelles ; mais ce n’était que pour » sentir plus vivement les atteintes du désespoir, etc.»
Vaincu par la vue de tant de souffrances, le Commandant se décide à faire voile au plus tôt vers le port Jackson, et comme il le constate dans son journal , il n’avait plus que quatre hommes en état de rester sur le pont, y compris l'officier de quart.
Le 20 juin, grâces aux secours expédiés par le Gouverneur, on peut jeter l'ancre à Port-Jackson, où se déroule aux
(4) A ce que rapporte Péron, deux lapins et un singe à aigrette en moururent,.
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regards étonnés le tableau de la colonie nouvelle et déjà Îlorissante, fondée avec les convicts amenés par le commodore Philipp. On retrouve le Vaturaliste, qui avaitopéré, pendant sa séparation, dans les détroïts de Banks et de Bass, et exploré la partie nord de la Tasmanie.
Cette relâche fournit à Péron un de ses plus remarquables mémoires, où le talent du médecin et du naturaliste le dispute à la sagacité, à la haute raison de l'administrateur et de l'homme politique. 11 devine, d’après les premiers essais, les éléments de cette prospérité grandiose des colonies australiennes, et pressent toute l'importance qu’elle doit plus tard acquérir sur les marchés agricoles et manufacturiers de l’Europe, par ces riches productions, dont la source est inépuisable, et qui laissent loin derrière elles les trésors temporaires que le plus précieux des métaux y fait maintenant affluer.
Péron visite le port, les arsenaux, les magasins, les maisons de la ville, les vignobles, les exploitations rurales, et signale cette amélioration extraordinaire, qui a si rapidement fait du poil court et raide des moutons du Bengale et du cap de Bonne-Espérance la laine la plus douce et la plus soyeuse qui existe. Il rassemble une riche collection d'animaux, décrit l'aspect singulier et trompeur des fleuves, le cours et les débordements subits des rivières, portés à un degré d’exagération inconnu dans tous lesautres pays du globe ; il étudie la natureparticulière des orages, les variationsexcessives dela température et des vents, et surtout ce vent du nord, qui a acquis, dans son parcours à travers ces terres immenses et inconnues, les caractères du simoun saharien.
La faiblesse des équipages, décimés par les fléaux , oblige le Commandant à restreindre l’expédition au Géographe, et à renvoyer en France le ÂVaturaliste, sous le commandement du capitaine Hamelin. Pendant plus de trois semaines, Péron
et Lesueur travaillèrent jour et nuit à l’arrangement méthodique des collections. Trente-trois caisses considérables renfermèrent plus de quarante mille animaux de toutes les classes, richesses acquises pendant les deux années qui venaient de s’écouler. Ces collections excitaient l'admiration et la flatteuse convoitise de tous les anglais instruits de la colonie. Plus de 9200 oiseaux , notamment, et 68 mammifères avaient été recueillis et préparés par les soins particuliers de Lesueur, et un grand nombre de dessins et de peintures y fut réuni. De plus, ce navire ramenait des animaux et des végétaux vivants, dont la conservation était trop difficile au milieu des fatigues de lexploration. Le Naturaliste emporta vers la France ce magnifique bagage scientifique. Il prit à son bord les convalescents et les malades. Une goëlette, le Casuarina, fut achetée et dut servir de conserve au Géographe, sous le commandement de M. L. Freycinet. Leschenault et Bailly, les seuls savants demeurés valides sur le Vaturaliste, passèrent sur le Géographe. |
Ce bâtiment reprit la mer le 18 novembre 1802, après cent cinquante-deux Jours de relâche à la Nouvelle-Galles, et se porta vers le nord-ouest de la terre de Diémen. Au milieu de l'ouverture occidentale du détroit de Bass se trouve l’île King, dont l'exploration devait présenter à Péron des faits d’un haut intérêt, et susciter en lui des idées remarquables sur la domestication de certaines espèces australes, sorte de prescience, dont les vues hardies trouvent aujourd’hui leur justification dans le zèle et la persévérance des homimes éminents qui tendent à réaliser les espérances de notre zoologiste.
L'île, abondamment pourvue d’eau et couverte de forêts, sert de retraite à une foule d'animaux curieux et utiles. Péron, Lesueur, Leschenault, descendus sur ses rivages, v restent abandonnés par le navire fuyant la tempête. Ils étaient partis
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sans vivres, et, pendant douze jours, le vaisseau fut hors de vue. Heureusement, se trouvait sur l’île une colonie de onze malheureux pêcheurs anglais qui, séparés du reste du monde, préparaient l'huile et les peaux de phoques, qu’à de longs intervalles les armateurs envoyaient prendre, pour les expédier dans les ports de ia Chine. Ces pauvres gens, vivant sous des huttes, se nourrissaient de casoars et de kanguroos, pris par des chiens dressés à cette chasse, et de wombais qu’ils avaient rendus domestiques. Péron et ses collègues durent leur salut à ces pêcheurs, et, sans leur secours généreux, ils eussent été infailliblement victimes de l’imprévoyance ou de l'indifférence du chef; car il leur avait été défendu, encore cette fois, d’emporter des armes et des munitions, et les végétaux de ces régions ne produisent aucun fruit propre à la nourriture de l’homme.
Ensuite fut exploré-le petit archipel des îles Hunter, dont les deux principales sont séparées par un détroit de peu de largeur qui recut le nom de canal Péron. Le cap le plus sep- tentrional de la terre de Diémen fut ensuite reconnu également par le Casuarina qui vint rejoindre le Géographe, à l’île King.
Dans sa relâche forcée et dangereuse sur cette île, Péron n'avait pas perdu un moment sa tranquillité d'esprit, et continuait patiemment ses recherches, sans s'inquiéter de l'avenir dont il était menacé. Malgré le défaut d’abri, malgré la violence de la pluie et des vents, il étudia et recueillit plus de cent quatre-vingts espèces de mollusques et de zoophytes , et approfondit l’histoire de ces phoques gigantesques qui se rassemblaient par inilliers sur le rivage.
L'exploration précédente de la terre Napoléon avait été bien imparfaite. On aborda à l’île Decrès, faisant partie de cette terre, dont la côte septentrionale avait été reconnue dans la
LASER premiere campagne, et les travaux furent dirigés sur la côte sud. L'ile Decrès est la plus grande de toutes celles qui se rattachent direciement à la Nouvelle-Hollande. Ce ne sont plus les îles fertiles, les hautes montagnes, les nombreux ruisseaux ie l'archipel de, Timor, la végétation puissante et les monts sourcilleux de la Tasmanie, la fraîcheur et la fécondité de l’île King. Comme les côtes du grand continent austral, elle ne présente que des collines basses et ocreuses, entremêlées de rares bouquets de bois. C’est à peine si, en creusant dans le sol, on obtenait quelque peu d’eau douce, et aussitôt que la chaleur du jour commençait à se calmer, on voyait accourir du fond des bois de grandes troupes de kanguroos et de casoars, qui allaient demander à l'Océan une boisson que la terre leur refusait. Cette île a présenté à Péron, outre un nombre considérable d'espèces nouvelles dans tous lesembranchements du règne animal, les plus grandes espèces de la famille des kanguroos, atteignant plus que la taille d’un homme, lorsque, assis sur les jambes de derrière et sur la queue, ils tiennent lcur corps perpendiculaire. Un chien, dressé à la chasse de ces animaux par des pêcheurs anglais, approvisionnait tout l'équipage de ces grands quadrupèdes , et, par les soins de Péron, vingt-sept furent embarqués vivants à bord du navire, en même temps que trois casoars. :
Le mois de janvier 41803 est consacré à l'étude des golfes de la terre Napoléon. Les deux principaux reçurent des géographes de l’expédition les noms de golfe Joséphine et golfe Bonaparte ; dans ce dernier se trouve un port aussi vaste qu'excellent, qui fut appelé port Champagny. Péron remarque qu’à la terre Napoléon des vents du nord et du nord-ouest correspondirent à une chaleur excessive ; le même fait s'était présenté au canal d’Entrecasteaux, au port Jackson. .Cette chaleur ardente devait être pour Péron le principal argument
CL LT à l'appui d’une opinion qui voyait dans l’intérieur de la Nouvelle-Hollande d'immenses déserts de sable échauffés par l’insolation, et non une mer, comme à cette époque le supposaient Lacépède et la plupart des savants. Les voyages, encore bien rares, dans les régions centrales de cette vaste terre, ont confirmé complétement ces prévisions.
On peut enfin aborder, derrière les îles Saint-Pierre et Saint-François, à ce point où, l’année précédente, on avail reconnu la non-existence. du fameux détroit intérieur, La côte est basse et marécageuse, et de nombreux feux allumés y attestent la présence des naturels. Péron constate la déplorable condition de lespèce humaine sur ces rivages. Privée de ressources suffisantes dans les animaux et surtout dans les végétaux terrestres , elle est réduite, pour se procurer les poissons et les coquillages qui font la base de sa nourriture , à braver l’insalubrité des marécages. De même on avait va, à la Nouvelle-Galles du Sud, les marais fétides et profonds de Botany-Bay , de Broken-Bay, etc., occupés par diverses troupes de naturels ; ainsi les marécages saumâires de la baie du Géographe, à la terre de Leuwin, rassemblaient sur leurs bords les peuplades farouches qui mirent plusieurs fois en danger les observateurs de l'expédition. On devait plus tard retrouver les malheureux naturels de la-terre de Nuytz environnés par de nouveaux marais.
Au groupe d'îles Saint-Pierre et Saint-François , décou-vertes par le navigateur hollandais Péter Nuytz, l'expédition française ajouta deux petits archipels encore inconnus, les iles Joséphine et les îles du Géographe. Le premier de ces archipels est composé de sept îles ; elles reçurent les noms des principales personnes de cette famille qui, un an plus tard, sera la famille impériale ét donnera son nom à des dynasties. . Ainsi, l'ile 4 ortense et l'ile Caroline, les îles Elisa, Julie et