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par exemple, l'Alsace, l’une de nos plus belles et de nos plus riches provinces de France, et qui aujourd'hui ne compte pas loin d’un million d'habitants. Cette intéressante contrée, conquise par Louis XIV, et réunie à la France en 1648, a conservé sa langue, ses mœurs et ses usages, maloré le système de centralisation et d'unité qui se fait sentir en France beaucoup plus que dans tout autre pays. Parcourez donc cette belle Alsace, réunie à la France depuis passé deux siècles, vous y trouverez une population française de cœur et sincèrement attachée à la France, mais toujours allemande par les mœurs et les usages. Visitez tous les villages, entrez le dimanche dans toutes les églises, vous n’y entendrez que des sermons allemands.
Dans les écoles, on enseigne l’allemand en même temps que le français. Voyez ensuite le royauine H
de Sardaigne, auquel ont été réunies toutes les provinces de la Savoie et le comté de Nice, pays peuplés par des habitants de la race française, qui n’en conserve pas moins leur langue, leurs usages, etc. L’Autriche ensuite, qui règne depuis si longtemps sur la Lombardie, a-t-elle germanisé ce pays La Belgique qui compte deux millions d'habitants parlant le français, et environ deux millions parlant le flamand, présente-elle l’absorption de l’une ou l’autre de ces langues? Et la Suisse enfin, qui se compose des races allemande, française, italienne et romane, a-t-elle cherché à anéantir l’une ou l’autre de ces quatre nationalités différentes ? Non, et c’est là que, sous ce rapport, les Canadiens-Français trouveront l'exemple le plus rassurant pour leur avenir. En Suisse, chaque nationalité est respectée dans ses droits. Quoique la popu-
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lation allemande soit la plus nombreuse, les autres langues sont aussi reconnues par la constitution fédérale comme langues nationales, et chaque nationalité est représentée dans les assemblées législatives et au conseil fédéral. Cette diffé.
rence de nationalité se rencontre aussi dans plusieurs des Etats composants la confédération. Le Valais, par exemple, se compose du Bas-Valais qui est français et du Haut-Valais qui est allemand. Le canton de Fribourg a aussi sa partie allemande et sa partie française
dont leslimites se rencontrent dans la ville même de Fribourg. En 1815, l’ancien Evêché de Bâle, dont la population est toute française, a été réuni au canton allemand de Berne. Le canton des Grisons compte 132 paroisses protestantes et 86 paroisses catholiques, formant ensemble une population d’environ 100,000 habitants. Un tiers
environ de cette population parle l'allemand, un neuvième l'italien et le reste le roman. Le canton se divise en trois ligues, la ligue Grise, la ligue de la Maison-de- Dieu et la ligue des Dix-Droitures.
Ces ligues, dont l’urion date de 1476, se subdivisent en 254 jurisdictions. Celles-ci, partagées à leur tour en jurisdictions secondaires, forment de petites républiques différant souvent entre elles par leurs constitutions, leurs lois et leurs franchises. Cet Etat présente donc le rare assemblage, dans un petit pays, d’une population composée de trois races différentes, professant deux cultes différents et vivant entre elles heureuses et tranquilles, car le canton des Grisons est un des plus paisibles de la Suisse.
“ Ainsi dans chaque canton suisse, comme dans la confédéra-
tion, chaque nationalité est respectée et équitablement représentée.
Pourquoin'en serait-il pas demême en Canada ? Ceci dépend uniquement du peuple canadien, ainsi que le prouvent les exemples que je viens de vous citer. Que les Canadiens-Français ne se laissent donc pas éblouir par des discours inspirés par un orgueil national aussi outré que ridicule, comme celui de M. Buchanan ; qu'ils se persuadent bien surtout, et qu'ils n’oublient pas, que si la langue anglaise est celle de la majorité du peuple américain, elle n’est pas, et elle ne sera jamais celle de la grande majorité de la population de la partie la plus civilisée du globe, c’est-à-dire de l'Europe; que s'il y a chez la race anglo-saxonne des qualités qui la placent dans une position respectable parmi les nations civilisées, il y aurait de la folie à prétendre qu’elle est au-
dessus, ou qu'elle absorbera ou effacera toutes les autres nationalités à la tête desquelles se trouvera toujours la France.
“ D'ailleurs la partie éclairée du peupleanglais commence à secouer ses préjugés; revenue à des sentiments plus équitables, elle témoigne le désir de voir disparaître ces orgueilleuses prétentions de prépondérance, ces rivalités de races qui ne sont plus de notre siècle. Que le peuple canadienfrançais ne croie donc plus à ce fantôme de l’omnipotence anglosaxonne ; qu'il retire sa confiance aux hommes capablesde défection ; qu'il ne choiïsisse ses mandataires que parmi les hommes d’une con-
ance éprouvée pour la défense de ses institutions, de sa langue et de ses lois ; que tous ses efforts ten.
dent sans cesse au progrès de l’instruction du peuple; que celle-ci
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soit toujours donnée dans la langue maternelle, l'étude de l'anglais ne devant être considérée que comme un accessoire, qu'il n'oublie pue que l’union fait la force, et il pourra, comme tant d’autres peuples, transmettre intact à ses descendants l'héritage qu'il a reçu deses pères.
“ Terminant cette lettre déjà trop longue, je forme les vœux les plus sincères pour la conservation de la nationalité de votre brave peuple et pour son bonheur, espérant que le gouvernement anglais, animé par des dispositions plus équitablesenvers vous, reconnaîtra qu'il est de son devoir et de son intérêt de respecter et deprotéger tous les droits inhérents à votre nationalité, et par ce moyen, conserver le Canada dont la position, ainsi améliorée, deviendrait préférable à l'annexion.”
L'ardente sympathie, dont cette lettre est empreinte, est une preuve éloquente en faveur de l’ Histoire du Canada ; mais de tous les nombreux témoignages que nous venons d’énumérer, aucun ne fait plus d'honneur à M. Garneau, aucun ne fait mieux connaitre l’importance desestravaux historiques, et les résultats pratiques qu’ils ont eus pour le Canada, que les paroles que lui adressait en 1855 M. le commandant de Belvèze, envoyé pour renouer des relations commerciales entre le Canada et la France:
“ C’est en grande partie à votre livre, monsieur Garneau, que je dois l’honneur d’être aujourd'hui en Canada. ..... Il forme la plus solide base du rapport officiel que j'adressaiau gouvernement de l’empereur sur les ressources commerciales de votre beau pays.”
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Après de tels téruoignages, M.
Grarneau pouvait mourir : son œuvre était accomplie. Servir son pays avait été l'unique but de sa vie, le seul mobile de son ambition.
Ce résultat, il l'avait obtenu.
Au prix de quelles veilles, de quels travaux, de quelles sueurs !
—Vingt années d'infirmités, une vie brisée avant le temps, une mort anticipée, sont là pour nous répondre.
‘“ Sans doute, l’homme d'état mérite bien de la patrie, et sa mémoire doit être chère à tous; mais celui qui, sacrifiant à des recherches toujours pénibles et souvent ingrates, les plus belles années de sa vie, celui qui consent à être esclave et martyr pour devenir l'historien de son pays, est cent fois plus grand. Il meurt à chaque instant, peu à peu dans son cabi-
net, pour l'avantage de ses concitoyens. Chaque date qu’il inscrit lui coûte, pour ainsi dire, une outte de sang, tant il lui a fallu e veilles et de travail pour aller la chercher au milieu d’un pêélemêle d'années et d'événements, d'un abîme de confusion et de ténèbres. L’historien, c'est la mémoire de son pays; et quand un pays n’a plus de mémoire, il meurt.
L’historien est donc indispensable, tellement indispensable qu'il ne meurt jamais. ‘Son corps nous échappe, son front ne nous réjouit plus, mais son œuvre demeure.
“ M. Garneau a eu le mérite de ne devoir qu'à lui seul sa vaste érudition, son style toujours bien approprié aux sujets qu'il traitait.
l a été lui-même, à la fois, et le maître et l'élève. C’est M. F. X.
conciinscrit
Garneau seul qui a fait l’historien.” !
Quant au mérite littéraire de son œuvre, ses critiques, comme ses admirateurs, en ont reconnu la vaste conception, l'ordonnance habile et la riche exécution. Il appartient à la grande école d’Augustin Thierry, dont il était l’admirateur passionné: ilen ales qualités et même les défauts, la manière large, le regard philosophique, et quelque chose de son talent dramatique et littéraire; mais aussi il en a les tendances rationalistes et les préjugés politiques. Ce fut le malheur de son édition soli-
aire, abandonnée à elle-même, privée de cette salutaire direction qu'impriment aux jeunes talents
1. Correspondance québecquoise du Journal des Trois-Rivières, signée d'initiales qui indiquent un beau rom, et qui promet d’être dignement porté.
124 F. X. GARNEAU, nos grandesinstitutionsreligieuses.
Ebloui de l’'étonnante prospérité des Etats-Unis, qu'il avait visités endant sa jeunesse, aux plus eaux jours de leur merveilleux développement, il en avait rapporté une admiration trop exclusive de leursinstitutions et de leur système politique ; et il ne s'est pas assez mis en garde contre leurs doctrines sur l’origine des sociétés, les devoirs des gouvernements, la liberté des citoyens, les droits de la vérité. ‘“ Comme eux, il écarte trop souvent de la direction des peuples l’action o° la religion et de ses ministres.” 11 en est résulté une déplorable lacune dans son œuvre : le côté le plus intéressant, le plus glorieux de nos origines coloniales lui a, en partie, échappé.
Il n’a pas su mettre en lumière
le rôle de dévouement que la France a embrassé en mettant le
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