‹ F.X. Garneau [microforme]Chapitre 14 sur 17 · CH°1-5 JE · texte numérisé non relu

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pied en Amérique, ce rôle sublime de nation évangéiisatrice, le seul digne de la filie aînée de l'Eglise, qu'elle a poursuivi avec un désintéressement qui fera son éternel honneur.

Son premier mobile, son dessein prémédité dans la fondation du Canada était, pour nous servir des expressions employées dans la commission de Jacques Carticr, “ l'augmentation du saint et sacré nom de Dieu et de notre mère sainte Eglise” La raison d'état, les avantages matériels, l’accroissement de sa puissance, l'honneur des découvertes, les profits du commerce étaient pour elle des mobiles secondaires. Cette noble pensée, qui avait présidé aux premières découvertes, fut poursuivie par les successeurs du roi chevalier, les princes très-chrétiens, et par les premiers fondateurs de la

colonie. Pour ne citer que le plus illustre, Champlain écrit dans ses Voyages cette phrase qui estcomme le principe de toute sa conduite :

“Le salut d'une seule âme vaut mieux que la conquête d’un empire ; et les rois ne doivent songer à étendre leur domination dans les pays où règne l'idolâtrie, que pour les soumettre à Jésus-Christ.”

« Depuis Champlain les missionnaires furent les instruments les plus actifs et les plus utiles de la

colonisation. Nous leur avons dû nos plus importantes découvertes, nos expéditions les plus heureuses, nos traités de paix les plus avanta-

eux. Souvent ils ont réussi, par ‘ascendant qu’ils avaient pris sur les sauvages, à détourner la guerre qui menagçait la colonie; et toujours ce sont eux qui ont concilié les amitiés les plus fidèles, les plus inaltérables dévouements des tri.

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bus indigènes. Le gouvernement canad:'n les employait dans toutes les circonstances difficiles : ici pour ménager l'alliance d’une nation indienne, là pour en maintenir une autre dans la neutralité nécessaire; ailleurs, pour apaiser des querelles, des différends, et pour assurer l'exécution d’un traité.

Quand la paix se négociait avec les sauvages, c'étaient les missionnaires qui portaient la parole au nom du gouverneur ..... Quand la paix était faite, on donnait aux indisènes, devenus nos alliés, un missionnaire. Il n’y avait pas de garantie plus sûre et mieux acceptée des deux côtés.” !

De fait, la forme du gouvernement, dans les premières années

1. Ce passage est extrait de la critique de l'Histoire du Canada par M. 1. Moreau, dont les appréciations nous ont surtout guidé dans notre travail.

de la colonie, était une sorte de théocratie.

Et cependant ce fait historique si important, même au point de vue politique, et qui offrait de si grandes ressources pour l'intérêt et la variété du récit, qui aurait pu fournir la matière de si belles pages, de peintures si originales, si pittoresques, d'épisodes si dramatiques, n’a été qu'imparfaitement compris par M. Garneau, et n’est que faiblement accusé dans son Histoire. Si on veut l’étudier, c'est ailleurs qu'il faut aller en chercher le complet développement.

Lorsqu'il s’agit d’une œuvre magistrale, et qu s'impose à l’admi-

ration et à la sympathie de tous | les lecteurs, comme l'Histoire du | Canada, il y a peu d’inconvénients | à insister sur les critiques. C’est

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le privilége des monuments immortels: en les admirant, on peut enlever hardiment les taches qui obscurcissent leur éclat, sans craindre d’en entamer le granit. ?

Sous le titre d'Histoire du Canada, l'ouvrage de M. Garneau embrasse, en réalité, l’histoire de

2. Si l’on voulait faire une critique minutieuse de l’ouvrage de M. Garneau, on pourrait relever un certain nombre d’inexactitudes dues aux difficultés de tout genre que

résente l’étude des documents historiques.

ous n’en indiquerons qu’une en passant, parce qu’eile intéresse un sujet qui nous est cher. M. Garneau en parlant du quiétisme et des adeptes qu’il eut en Canada, dit que ‘la ide Marie de l’Incarnation, supérieure des Ursulines, partagea ce délire de la dévotion.” Vol. I, p. 184.

Cette assertion est entièrement dénuée de fondement, puisque Bossuet lui-même s’est appuyé sur les paroles de la Mère Marie de l’'Incarnation, et a cité ses propres écrits pour réfuter l'erreur du quiétisme. Woir notre HisroiRe DE LA MERE MARIE DE L'INCARNATION. Appendice.

toutes les colonies françaises en Amérique. Son plan est vaste, mais il est bien conçu et habilement exécuté. “ Embrassant son sujet dans toute son étendue, dit un critique français, l’auteur a conservé l'unité de l’ensemble dans la variété des détails. On le suit toujours sans fatigue, sans travail, sans que jamais la succession des faits et la filiation desévénementséchappent à l’attention la moins soutenue,”

Par la pente naturelle de son esprit philosophique, sa pensée remonte sans effort du fait à l’idée, de l'analyse à la synthèse, et trace un sillon lumineux à travers le dédale des faits historiques. Le coup d'œil de l'historien plane toujours au-dessus de la narration, domine le cours des événements, les examine, en recherche les causes et en déduit les conséquences,

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essine les formes avec grâce, et retombe ensuite avec noblesse et dignité. Il s’y mêle parfois, disent certains critiques français, une sorte d’archaïsr®. qui, loin d’être sans charme, donne, au contraire, au récit je ne sais quel caractère d'originalité à la fois et d'autorité.

Mais le style de l'historien du Canada se distingue surtout par une qualité qui fait son véritable mérite et A ei l'inspiration sous laquelle l’auteur a écrit. C’est dans un élan d'enthousiasme patriotique, de fierté nationale blessée, qu'il a conçu la pensée de son livre, que sa vocation d'historien

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