‹ F. ZiemChapitre 3 sur 11 · SES DÉBUTS · texte numérisé non relu

SES DÉBUTS

Félix Ziem naquit à Beaune le 25 février 1821. Son père était un simple hussard hongrois qui avait été fait prisonnier pendant les guerres du premier empire et interné dans cette ville. La tourmente passée, le hussard, qui se plaisait eo France, résolut de se fixer à Beaune ; il s'y maria et obtint ses titres de naturalisation. Pour vivre, il cumula les deux professions de tailleur de pierres et de tailleur d'habits. Mais ni l'un ni l'autre de ces métiers ne le conduisit à la fortune.

C'est donc dans un milieu modeste, presque pauvre, que Félix Ziem vint au monde. Néanmoins ses parents s'efforcèrent de lui donner toute l'instruction que leur permettaient leurs médiocres moyens. Sérieux et appliqué, l'enfant profita de ces années d'école pour acquérir un savoir solide sinon très étendu. Sur cette période de la vie de Ziem nous n'avons que peu de renseignements ; l'artiste, sur ses vieux jours, trouvait des accents attendris quand il parlait de son enfance et de ses parents, mais le détail de cette vie intime, nous ne îe connaissons pas encore. Peut-être le sauronsnous un jour si Mme Ziem, la dévouée compagne du grand artiste, livre plus tard à la publicité les innombrables cahiers où le peintre inscrivait ses souvenirs. Que de récits charmants, que d'anecdotes aimables et piquantes on y pourra glaner ! Car Ziem possédait un tour d'esprit original, primesautier, mais toujours

tempéré par un sens observateur très profond et par une exquise bonté. Il est deux choses qu'on cherchera vainement dans ces mémoires : l'appréciation maligne des hommes et des œuvres et le récit de ses bonnes actions. Aussi modeste qu'il était bon, Ziem faisait le bien sans bruit, on dirait presque clandestinement, et souvent il s'armait d'un air bourru pour se soustraire à la reconnaissance de ses obligés. Mais ceux-là sont nombreux qui savent aujourd'hui les trésors de charité de cette âme d'élite et nous aurons l'occasion de citer quelques traits qui nous la montreront dans toute sa beauté.

Dès son jeune âge, Félix Ziem montra de réelles aptitudes pour le dessin. Il éprouvait déjà, devant les grandioses spectacles de la nature, des émotions et des enthousiasmes qui faisaient déjà pressentir l'artiste futur. Il avait à peine huit ans lorsque, un jour, son père le

surprit les larmes aux yeux, figé dans une sorte d'extase, contemplant les j eux de la lumière aux environs de Beaune.

— Que fais-tu là, Félix, lui demanda le père Ziem.

— Je regarde.

— Quoi ?

— Le soleil qui se couche.

Toute sa vie, il regarda se coucher le soleil avec Fémerveillement de sa huitième année. Des centaines de carnets, où il inscrivait les actes essentiels de sa vie quotidienne, portent des notes comme celles-ci : " Ciel bleu — soleil doré. " Et encore : " Ciel nuageux — le soleil perce à peine". Et encore : " Magnifiquesoleil — splendide lumière — coucher de soleil éblouissant ".

Ces dispositions lui valurent l'accès' de l'Ecole des beaux-arts de Dijon, dont il suivit les cours dans la section d'architecture. Il y eut

comme condisciple le statuaire Guillaume, ( : m iiigoo liii aussi et qui devait devenir célèbre, et diriger l'Ecole française de Rome En 1839, Ziem concourt pour le prix d'architecture, mais c'est son camarade Guillaume qui remporte. Cet échec l'empêche de venir à Paris aux frais de la ville de Dijon et d'y compléter ses études. Les amis de sa famille sollicitent pour lui une bourse qu'on lui refuse.

Voilà donc notre jeune architecte condamné à prolonger son séjour eo province jusqu'au concours suivant. Mais il n'a pas la patience nécessaire. ïl rêve de Paris où se façonnent les talents, et aussi del'ïtaîie, de Rome, cette patrie de Fart où se puisent les fortes et profitables leçons. Sans plus attendre, il veut partir. Loin de le retenir, son père l'encourage : il n'est pas riche, il ne peut donner à son garçon le moindre viatique, mais il a foi dans le talent et le courage

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