PLANCHE VI. — VENISE
(Musée du Luxembourg).
Une des vues de Venise les plus farîches et les plus lumineuses qui soient sorties de la palette de Ziem. Au loin le Campanile, Saint-Georges le Majeur se profilent dans la blancheur vaporeuse d'un lever du soleil, tandis qu'au premier plan, les voiles coloriées des felouques orientales flamboient dans la lumière matinale.
— Prenez, pillez, emportez !
Et, pendant ce temps, il fait des croquis des jolies filles joyeuses, coquettes, battant des mains, folles de joie.
— Des Titien posant en plein vent pour quelques sous! déclarait Ziem plus tard en racontant cette histoire.
Après trois annéesentièresdeséjourà Venise, Ziem rentra en France et fit ensuite à l'étranger de nombreux voyages.
En 1849, H expose pour la première fois au Salon. Ses envois, une Vue du Bosphore, une Vue de l'escalier de la villa Corsini à i?ome, et une Vueprisesurle Grand Canalà Venise attirent sur lui l'attention. Le public s'arrête charmé devant ces toiles brillantes et colorées.
Il continua à exposer chaque année sans interruptionjusqu'en 1868 et chaque Salon voit grandir sa réputation. Il est bientôt célèbre. Sa peinture séduit, et les amateurs se la disputent ;
malgré sa grande puissance de travail il a peine à suffire aux commandes. Avec la gloire la richesse lui vient et, bien qu'il ne montre jamais de grandes exigences ses toiles sont cotées très haut.
En 1851 il obtient une médaille de troisième classe; en 1852 celle de deuxième classe; à l'Exposition universelle de 1855 le jury lui décerne une médaille de troisième classe.
ïl gravit aussi tous les échelons dans l'ordre de la Légion d'honneur jusqu'au grade de commandeur qu'il obtiendra très tard.
Entre temps il voyage. II visite la Hollande à plusieurs reprises en 1850, et en 1854 notamment où il y fait un assez long séjour. Mais sa passion du soleil le ramène toujours à Venise qu'il contemple chaque fois avec des yeux plus attendris. Il y alla ainsi plus de vingt fois jusqu'en 1892 où pour la dernière fois il fit un pèlerinage à la ville des doges.
Dans les intervalles de calme que lui laissent ses voyages, Ziem s'installe à Paris dans une maison de la rue Lepic, à Montmartre. Mais avant de se fixer 4 4 bourgeoisement trop jeune encore et trop ardent pour s'isoler, il se mêle à la phalange de Barbizon. Les pauvres mais joyeux cénobites de la forêt de Fontainebleau lui font le plus amical accueil ; ils ont reconnu ce que le talent de Ziem a de spontané, de loyal, de solide. Il est des leurs. Là il vit dans le commerce quotidien de Millet, de Théodore Rousseau, de Barye, de Corot et il s'imprègne encore un peu plus du sentiment de la nature.
Nous passons rapidement sur les différentes étapes de sa vie, parce qu'elles ne furent marquées par aucun événement exceptionnel.
Signalons toutefois que Ziem, peintre de Venise, a abordé tous les genres avec la même supériorité. Il a peint des portraits qui sont des œuvres remarquables et il a rapporté de
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Hollande des paysages d'une teinte mélancolique et recueillie qui démontrent son aptitude à sentir la sévère nature septentrionale auss* profondément que les luxuriantes splendeurs des ciels orientaux.
S'il avoué un culte presque exclusif à Venise, ce n'est donc pas, comme certains l'ont trop légèrement affirmé, par impuissance dépeindre autre chose, mais parce que son goût particulier le portait vers la lumière et qu'il éprouvait des joies profondes à la transposer sur la toile.
Aujourd'hui, quand on prononce le nom de Ziem, l'esprit évoque instantanément les merveilleuses apothéoses de couleurs dans lesquelles baigne la cité des doges. Sous sa palette, la reine de l'Adriatique, se pare de joyaux prestigieux et rares. Bien plus que Canaletto il est le peintre de Venise ; il en a senti toute l'étrange beauté et il en a exprimé l'âme en pages vibrantes et immortelles.
ZIEÏ1