LES DERNIÈRES ANNÉES
Mais l'âge est venu, blanchissant les cheveux, apaisant la passion des voyages ; Ziem a dit pour toujours adieu à Venise. C'est maintenant un vieillard alerte et de bonne humeur, avec une figure longue, fine, toujours souriante. Mais les années n'ont affaibli ni la vivacité de ses yeux ni la sûreté de sa main. Il passe l'hiver dans le Midi, tout près de Nice et ne rentre à Paris qu'à la belle saison. A Nice comme à Paris il travaille sans relâche, peignant d'admirables vues de Venise, d'après ses études et ses cartons. Dans sa maison de la rue Lepic, il vit très retiré et sa porte ne s'entr'ouvre qu'avec des précautions infinies.
" Le maître, écrit M. Jules Cîaretie, avait horreur des indiscrets et des fâcheux. Il barricadait sa porte pour travailler tranquillement et se défendre contre d'importunes curiosités.
ri c , i ; . .canait chez lui, à la grande
porte noire surmontée d'un auvent très incliné, en ardoise, Ziem montrait sa tête à Tune des deux ouvertures grillagées, en forme de gardemanger, de sa maison, au premier ou au second étage ; il avait judas sur rue ; il manœuvrait une corde enroulée sur une poulie et faisait descendre un petit panier où îe visiteur mettait sa carte; le temps de remonter îe bristol, de le lire et le peintre répondait généralement : 11 Je n'y suis pas Le petit panier disparut, par la suite, de la rue Lepic, mais non pas les consignes sévères. On n'entrait pas chez le peintre comme dans le moulin voisin. "
Avec cela, d'une bonté extraordinaire, invraisemblable, presque naïve, qui faisait de lui une proie facile pour les intrigants. Sa générosité n'avait pas de limites et l'on ne peut citer tous les beaux traits de ce grand cœur. Aucune ingratitude, aucune tromperie ne le corrigeait: