‹ Fa Dièze (volume 2)Chapitre 17 sur 19 · LIX. i · texte numérisé non relu

LIX. i

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Moi, Conrad Krumpholtz, mourant riche

et honoré , je déclare la vie une mystification, non pas du sort, comme on l a prétendu souvent, mais bien de l’homme contre luimême — en cela qu’il s’impose une vie , un bonheur, des devoirs, des vertus, plusgrands

FA DIÈZK.

que lui , ou tou t-à- fait en dehors de sa nature.

La première moitié de la vie se passe à désirer la seconde — la seconde à regretter la première.

Je promets de mourir en riant de mes folles crédulités pour qu’il reste sur mes lèvres un sourire ironique dont l’expression instruise ceux qui verront mon masque moulé en plâtre dont je veux qu’on prenne l’empreinte aussitôt que je serai mort — si toutefois la vie ou la mort d'un homme peuvent instruire les autres.

Je donne à Blanche Strœnitz, native d’Ober-Wesel, si elle existe encore, tout ce que ' je possède , à quelque titre que ce soit, à la charge par elle de payer les quelques legs

qui suivent.

A Athanase, mon domestique 4 Q0 ° fl° -

rins.

A Pierre Lorrin, artiste musicien, l’homme

aux lunettes bleues, pour m’avoir causé in-

volontairement quinze jours cl’impatiences,

d’agitations et par conséquent de vie réelle, 10,000 florins.

A toutes les femmes ou filles d Ober-Wesel portant le nom de Blanche , 5oo florins et unbdftjuetde bluets.

Sur ma tombe on entretiendra des bluets, de l’aubépine et des marguerites blanches.

k 5oo florins et un cheval au major Peters- Keller,dont le coup d’épée, il y a trois ans, m’a causé de telles douleurs qu’après quelles ont été passées, la vie, pendant près d’une journée , m’a semblé une chose délicieuse.

Et certes, je ne fais pas ces legs pour qu’on me bénisse après ma mort; je me soucie peu de ce qui arrivera quand je ne serai plus ; c’est un plaisir présent que je me donne en voyant d’avance en imagination le plaisir <[U éprouveront les légataires.

On chantera à la messe de requiem que l’on dira pour moi, l’air:

FA D1ÈZK.

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Au Rhin , au Rhin, c’est là que sont nos lignes;

Qu’il soit béni le Rhin , qu’il soit béni le Rhin.

Le pampre

10,000 florins à la personne qui chantera

la tin de l’air. ^

Ceci est mon testament, à moi baron Conrad Krumpholtz.

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Comme le soir Krumphollz relisait au lit ce qu’il avait écrit le matin. — Qui sait, ditil, il n’est pas impossible qu’à cette messe de requiem quelqu'un se trouve dans l’église qui achève un air que j’ai tant cherché, ■*— et il s’endormit en fredonnant l’air s

Le pampre

Le pampre,

Le pampre,

Un voix le réveilla, c'était dans la cour que cette voix se faisait entendre, et cette voix chantait:

Au lthiu, au Khiu

11 crut dormir, il secoua la tète, se toucha, se pinça; il ne se trompait pas , cette voix que les fenêtres et les volets fermés rendaient difficile à saisir, chantait bien son air.

Assis sur son lit... les deux mains jointes, les yeux (ixes, il écoutait — mais supposez, si vous le pouvez, ce qui se passa en lui quand il entendit que la voix continuait l’air...

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La voix s arrêta.

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Conrad écoutait encore, mais le plus profond silence régnait dans la cour. Et partout le baron sonna de ses deux sonnettes à la fois.

Athanase entra.

— Qui chantait tout à l’heure dans la cour? dit le baron.

— Une chanteuse que j’ai renvoyée , comme me l’a ordonné monsieur le baron,

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