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à l'égard de tous les chanteurs ou musiciens qui se pourraient présenter.
— Cours après elle* et amène-la-moi.
Athanase fut quelques instfus absent , pendant lesquels Conrad ne respirait pas.
Puis il revint dire qu’elle était disparue.
A dire le vrai, Athanase ne s’était pas donné la peine de la chercher et n’était pas même sorti de la maison.
Krumpholtz ne put dormir de toute la nuit; cet incident bizarre, cette mesure qui venait d’étre ajoutée à l’air, réveillait ses souvenirs avec plus de force et de puissance que jamais; son sang était allumé dans sa tête; il passa la nuit à marcher dans sa chambre, à regarder les étoiles au ciel, à répéter les mesures qu'il avait entendues.
Le pampre [<t s’étend en longues. . . .
— Nous retournons à Ober-Wesel , dit Athanase à sa maîtresse , nous suivras-tu ?
— Jusqu’au bout du monde.
Le lendemain on trouva Conrad étendu sur le tapis de la chambre; les médecins décidèrent qu’il serait dangereux de le transporter en cet état; mais Conrad ordonna formellement à Athanase de demander des chevaux, et ils se mirent en route.
Dans le voyage , Conrad se persuada qu’il ne devait cette mesure de plus à son air qu’à un songe et à un souvenir qui s’était développé pendant son sommeil. Mais api’ès quelques jours il ne se trouva pas plus avancé qu’auparavant ; il s’arrêtait au si
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comme si long-temps il s était arrêté au fa 3 sans pouvoir aller plus loin.
Comme on passait près d’un cimetière , Conrad interrompit la lecture d une gazette qu il tenait à la main, et, montrant les saules et les cyprès qui ombrageaient quelques tombes :
— Voilà , dit-il , les seuls arbres de la liberté ?
— Monsieur, dit Athanase , ne mêlons pas les choses du cimetière aux choses de la vie , cela porte malheur.
— Mon pauvre Athanase! dit le baron, ton regard . malgré toi , achève ta pensée \ mais je n’en mourrai pour cela ni plus tôt ni plus tard.
— Ce n’est pas là ce que je voulais dire , reprit Athanase qui craignait d avoir produit sur l’esprit de son maître une fâcheuse impression , c’est que ce cimetière et les paroles de votre excellence m’ont rappelé une histoire qui courut la résidence quelque
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temps avant celui où j’eus l’honneur d’entrer à votre service.
« Il y avait un seigneur à la résidence, qui faisait la cour à une jeune demoiselle de la ville; on disait qu’il voulait l’épouser, les benêts et les parens croyaient cela, et peutêtre aussi la tille; mais elle n’était ni assez riche ni d’assez bonne maison pour lui.
Quoiqu’il en fût de ses intentions, il était fort assidu dans la maison , et les voisins en murmuraient ; car , ainsi que je vous l’ai dit, excepté les benêts et les parens, on ne croyait guère dans la ville que l’affaire se dût terminer par un mariage.
Un soir , le seigneur arriva préoccupé plus que de coutume , parlant peu , et surtout parlant très-peu d’amour. La demoiselle s’en étonna , lui demanda la cause de son silence désobligeant, et, pour l’égayer, lui voulut prendre une rose avec laquelle il était entré , et qu’apparemment il n’avait pas songé à lui offrir; mais lui se défendit
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fort (le la laisser prendre , et cela avec tant d’opiniâtreté, que sa maîtresse s’en alarma, crut qu’il la tenait d’une autre femme , et lui dit que s’il refusait encore de lui donner cette rose , qu elle mourait d’envie de posséder , elle ne le reverrait de sa vie. — Eh bien ! dit-il , j’aimerais mieux ne vous revoir jamais que de vous la donner, quoique je vous aime un million de fois plus que tout le monde; et si je vous disais la cause qui m’en empêche, vous verriez que loin de rien faire qui puisse vous alarmer , je tiens au contraire, plus que jamais, en ce moment, la conduite d’un amant tendre et fidèle. »
Certes, si le baron ne se fût endormi dès le commencement de l'histoire, il eût arrêté Athanase pour lui demander qui lui avait pu apprendre ainsi les propres expressions des deux amans , et par quel prodigieux effort il pouvait retenir ainsi tous les mots de leur conversation.
Il est fâcheux que le baron , n’ayant pas fait de question , Athanase n’ait pas eu lieu de répondre ; car sa réponse , sans aucun doute , eût jeté un grand jour sur les ressources que possèdent , à cet usage , la plu part des narrateurs.
« Après une foule de choses aussi rassurantes et aussi persuasives , ajoute Athanase , la demoiselle ne fut que plus inquiète et plus désireuse de connaître le mot de l'affaire, et elle assura derechef son amant que, s il ne lui donnait pas cette rose, elle était résolue à ne jamais le revoir, en dût-elle mourir de chagrin.
Le pauvre amant, qui, malgré qu’il n’eût peut-être pas envie de l’épouser, ne laissait pas que d eu être très-amoureux, lui assura que, si elle avait la cruauté d’ordonner une telle séparation, ce serait, à coup sûr, lui qui mourrait le premier, et qu il lui resterait à elle le regret d’avoir conduit au tom-
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beau le plus sincère amant qui jamais se fût rencontré. »
Rien ne put la toucher , monsieur , poursuivit Athanase; alors le seigneur, la prenant à part , lui dit :
« En venant ici, passant par le cimetière, je remarquai une tombe couverte de roses blanches — sans trop songer à ce que je faisais, j'en cueillis une et la gardai à la main sans y penser; jusqu’au moment où, vos regards s’arrêtant pour la première fois sur cette fleur , je compris combien j’avais été extravagant d’apporter ici , où est tout mon bonheur, une fleur cueillie dans le cimetière, une fleur dont les racines ne se sont nourries que d’un corps mort , et qui ne doit ses couleurs qu’à la décomposition d’un cadavre. Tout le temps de la soirée cette idée me préoccupa, il me semblait voir cette fleur dans vos cheveux, et aussitôt je croyais voir tomber vos fraîches couleurs, l’orbite
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de vos yeux se creusait, et je ne voyais plus sur vos blanches épaules qu’une tête de squelette couronnée de roses.
Vous comprenez maintenant pourquoi je refuse de vous donner cette rose'?
La demoiselle assura qu’il ne lui en arriverait aucun malheur — que , depuis l’origine du monde , il était mort tant de gens que le sol de la terre devait être maintenant tout entier composé de poussière humaine — et qu'une rose, n’importe où il plairait de la cueillir , ne pourrait jeter ses racines dans un si petit espace qu'il n’y eût eu là un corps rendu aux élémens .
La discussion recommença , tous deux s'obstinèrent ; enfin elle sortit du salon en lui disant que, si le lendemain matin il ne lui apportait pas la rose , en lui donnant sa parole d’honneur que c'était bien la même, il n'avait qu’à prendre sou parti et ne plus se représenter chez elle.
L’amant s’en alla fort triste, et ne pou-
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vant prendre sur lui de renoncer si tôt à ses amours, il apporta la rose le lendemain, en faisant d'horribles sermens que c'était la même rose qu’il avait gardée la veille toute la soirée.
La jeune demoiselle , triomphante , en para sa chevelure tout le jour , quoiqu’elle fût un peu fanée , et redoubla de tendresse pour son amant. L’aventure se répandit , et tout le monde disait qu elle avait eu tort, et qu’il en arriverait malheur; mais elle ne faisait qu’en rire.
Mais peu de temps après, les belles couleurs disparurent, sa santé d’ordinaire égale éprouva de fréquentes altérations, elle sembla maigrir et se décharner ; personne n’osait plus lui parler de la rose du cimetière, mais tout le monde y pensait. Mais ce qui porta l'effroi au plus haut degré , c’est qu’un jour il lui prit une si forte envie d’avoir une autre rose du cimetière, qu’elle menaça, si on ne lui en allait point chercher
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une immédiatement , d'y aller elle-même , quoiqu’il fut déjà nuit dose ; et l’on fut obligé d'obéir à cet affreux caprice.
Chaque jour elle continua à maigrir; mais, Comme pour réaliser l'horrible vision de son amant, sa tête seule maigrissait, tandis que son corps conservait son embonpoint ordinaire.
Enfin, ses parens furent forcés, pour sa santé, de l emmener prendre les eaux fort loin de la résidence où, dit-on, elle mourut dans d'horribles souffrances, la tête tellement décharnée que c’était tout-à-fait, à s’y méprendre, la tête d’un squelette. »
— Ce qui prouve , dit Athanase en finissant son récit , qu’il ne faut pas mêler les choses de la mort aux choses de la vie.
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Comme nous l’ayons dit, le baron dormait, — sans cela, il eût quelque peu altéré le texte d’Athanase et proposé cette variante :
» La demoiselle assura qu'il ne lui en
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arriverait aucun malheur; — que, depuis l’o-, rigine du monde, il était mort tant de gens que le sol devait être maintenant tout entier composé de poussière humaine , et qu’une rose, n’importe où il 'plairait de la cueillir , ne pourrait jeter ses racines dans un si petit espace qu’il n’y eut eu là un corps rendu aux élémens.
Comme l’avait dit Athanase, Krumpholtz avait rapporté la rose le lendemain , mais il l’avait gardée toute la soirée, et sonbutétait atteint; toute la fantastique histoire du cimetière, ill’avait créée ex-abrupto pour garder sa rose toute la soirée , ainsi qu’il en avait fait la promesse à une autre femme qui la lui avait donnée, et qui avait mis ce prix à quelque chose que probablement Conrad était fort désireux d’obtenir.
Quelque temps après, Krumpholtz avait cessé de venir chez sa maîtresse, et des marques qui allaient devenir visibles de la faiblesse de leur fille , comme on dit, avaient
obligé les parens à quitter avec elle la résidence et à répandre, après qu’ils l'eurent laissée chez des parens qui demeuraient fort loin de là , la fable que racontait Athanase, fable qui trouva d’autant plus de crédulité que la première partie de l’histoire avait, sans qu’on sût comment, transpiré dans le public et occupé quelque temps un certain nombre de cerveaux creux et inoccupés.
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