SUITE DU CHAPITRE XXXIV
Quelques mois après, nous trouvant à cinquante lieues plus loin, il nous tomba dans les mains un exemplaire d’un journal où nous vîmes en petites majuscules ;
UNE HEURE TROP TARD Par M. Alph. Karr.
Nous lûmes le journal, et, entre autres critiques littéraires, nous vîmes que l’auteur de l’article nous reprochait amèrement;
1° D’avoir passé l’été sur la rivière;
2® D’avoir marché les pieds nus ;
3° Dans nos travaux de mariniers de porter une ceinture rouge;
4° D’avoir des cheveux flottants;
5° De conduire un bateau gris.
Certes, nous ne nous avisâmes pas de révoquer en doute le droit que peut avoir l’illustre anonyme de trouver bon ou mauvais l’emploi que nous faisons de notre temps.
Loin de là, nous nous livrâmes à une douleur convenable d’avoir pu lui déplaire, et à notre retour nous nous présentâmes deux fois au bureau du journal, accompagné de notre ami M. Léon Gatayes, pour tâcher de nous faire pardonner nos torts littéraires au moyen de quelques explications justificatives, et surtout de voir sur la tête de l’illustre
anonyme à quelle longueur nous pourrions laisser croître nos cheveux.
Mais l’illustre anonyme se trouva être aussi inconnu aux garçons de bureau qu’à nous-mêrae, et nous le prions de vouloir bien recevoir ici la justification que nous n’avons pu lui donner de vive voix.
1“ L’illustre anonyme traite notre séjour sur la rivière d’inutile, nous compare, et termine la comparaison à notre désavantage, aux robustes bateliers qui mènent une vie dure et hérissée de dangers entre leurs deux rives.
Ici il commet une injustice assez grave, il n’aurait eu qu’à prendre quelques informations de plus et il ne nous aurait pas injustement blessé dans notre plus chère prétention.
Les mariniers, les pêcheurs et les bateliers qui nous entouraient, lui auraient confessé qu’aucun d’eux ne se croit plus habile que
nous, et que plusieurs se glorifient d’être nos élèves.
Il aurait su que notre séjour sur la rivière est loin d’être inutile ; que nous avons eu souvent le bonheur de prévenir des accidents funestes, et que nous portons sur la poitrine une médaille en argent, avec cette inscription :