‹ Fa dièzeChapitre 11 sur 16 · EN · texte numérisé non relu

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Cela peut-être eût paru à l’illustre anonyme moins plaisant et moins condamnable.

2® Il nous sera facile de nous justifier de l’accusation de marcher les pieds nus, notre défense se divisera en deux points :

!«' point. C’est un moyen que nous autres mariniers employons pour ne pas glisser et tomber dans la rivière dix fois par jour;

2® point. Un coup de vent avait enlevé nos souliers.

3®, 4®, 5®. Ici nous sommes heureux de pouvoir reconquérir l’estime de l’illustre anonyme en peu de mots :

3® Nous n’avons jamais porté qu’une ceinture bleue;

4® Depuis que nous avons des cheveux, nous les avons toujours eus presque ras;

5® Notre bateau était vert.

Il y a encore dans l’article une chose fort «droite dont nous ne saurions trop remercier l’auteur.

L’illustre anonyme nous blâme fortement d’avoir ikit de Maurice un homme qui tourne

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à toutes les incertitudes comme une feuiüe tourne à tous vents, au lieu d’avoir réussi à en faire un philosc^Ke. Certes, comme on n’a jamais reprocM à un peintre de n’avoir pas réussi à faire rouge ce qu’il a jugé bon de faire bleu, on ne peut prendre ce reprocbe à la lettre ; c'est un compliment d’une rare délicatesse ; on ne pouvait plus agréablement nous dire que nous avions peint ressemblant. Et, en effet, c’est un caractère bien marqué et bien fréquent sous nos pas que celui de cet homme qui voit toujours juste et qui agit toujours faux, qui dépense toute son énerve en résolutions qu’il n’a jamais la force d’accomplir ; qui sait si l’illustre anonyme M. A. H. n’est pas lui-même un exemplaire de cetype?

Qui sait si, en commençant sa carrière quasi littéraire de critique, il ne se sera pas dit :

« Je serai honnête homme et homme hon-

nête, je ne travestirai pas contre ma conscience ce que les gens font de bon et d’honorable, je ne ferai pas d’articles niaisement malhonnêtes, je ne me mêlerai pas, pour remplir mes colonnes, de la vie privée des gens, parce que cela ne me regarde pas et que c’est de fort mauvaise compagnie, et que les gens que j’attaquerais ainsi pourraient me prendre pour un polisson échappé de l’école, et injuriant tous les passants. »

Peut-être M. A. H. s’est-il dit tout cela et bien d’autres bonnes choses en dépendant.

‘ Enfin, l’illustre anonyme paraît envier fort nos pantoufles de velours vert ; si elles n’étaient complètement usées, et si nous avions pu trouver notre aristarque, nous nous serions empressé de les lui offrir comme un faible' témoignage de notre admiration poqr les chefs-d'œuvre qu’il ne peut manquer de faire quelque jour.

^nrad, s’étant endormi dans un fauteuil, * rêva qu’il se trouvait au temps de ses amours avec Blanche; il la revit svelte, légère, rougissant d’un mot, trouvant un jour entier de bonheur dans une couronne de bluets ; il était redevenu lui, ardent et timide à la fois; malheureux d’un nuage qui voile le soleil, et pourrait, s’il s’étendait et crevait

en pluie, faire manquer un rendez-vous; heureux d’un regard et d’un sourire.

Il était près d’elle, derrière une courtine de noisetiers, lui parlant en paroles poétiques de son amour, de ses espérances, serrant ses mains si fort qu’on eût dit qu’il voulait réunir sa chair à la sienne, ses os à ses os, son sang à son sang.

Blanche était émue, et son fichu se soulevait bien fort.

Puis, tout à coup le regardant, elle partit • d’un éclat de rire.

Lui, la voyant ainsi, se prit également à rire, mais à rire de telle sorte que tous deux se roulaient par terre.

Puis ils se mirent à culbuter et à sauter sur des œufs qu’ils s’efibrçaient en vain de ne pas casser ; iis cherchaient à voler, et se tenaient quelque temps en l’air, mais retombaient toujours sur les œufs; puis, comme dans tous les songes, tout s’embrouilla, il se

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trouva beaucoup d’hommes et de femmes qui tous se riaient au nez, se montraient au doigt, et redoublaient leur gaieté moqueuse chaque fois que L’un d’eux retombait sur les œufs ; puis ils furent si nombreux, ai pressés, qu’on ne distinguait plus rien; une voix claire au milieu du bruit commença les premières mesures de l’air : An Rhin ! Mais les rires devinrent si bruyants que Krumpholtz se réveilla.

— Voilà un singulier songe, dit Krumpholtz en se réveillant.

Un des voyageurs avait entendu son exclamation, et lui dit :

— Il paraît que vous avez fait un singulier songe I

— Très-singulier, dit Conrad.

— Y a-t-il de l’indiscrétion. . .

— 11 y a de l’indiscrétion... allait répondre Conrad, quand sa voix fat couverte par celle d’une femme qui dit :

— Sans Mre de tort au songe de monsieur le baron... j’en ai fait un que je considère comme des plus bizarrea,

Conrad fut en lui-même flatté qu’on l’appelât monsieur le baron sans le connaître. Il paraît, se dit-il, que cela se voit à ma tournure et à mes manières.

Nous 'pensons qu’Athanase avait beaucoup aidé à la divination du titre de son maître.

La femme raconta son rêve; chacun l’interpréta à sa fantaisie ; deux ou trois autres personnes aussi exposèrent leurs songes de la nuit, puis on en vint à de longues histoires de rêves qui s’étaient réalisés ; le premier narrateur conta une histoire qui lui avait été racontée ; on lui répondit avec incrédulité.

Le second raconta une histoire arrivée dans sa famille; on sourit.

Le troisième, une anecdote de son père ; - quelques-uns ne sourirent plus.

Un quatrième dta ses lunettes bleues et dit :

— Messieurs, j’étais, comme la plupart de vous, incrédule ; j’aurais beaucoup ri si on avait prétendu m’expliquer un songe ; mais un grand malheur qui m’est arrivé, et qui a rempli d’amertume une partie de ma vie, a singulièrement diminué mon incrédulité; si vous n’avez rien de mieux à faire, je vais vous raconter cette histoire.

On resserra le cercle, on jeta du bois au feu.

Le narrateur remit ses lunettes et s’empara des pincettes pour se donner une contenance.

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