‹ Fa dièzeChapitre 8 sur 16 · VÉRITABLE COULEUR DD CHEVAL DE RENAUD DE MONTADBAN · texte numérisé non relu

VÉRITABLE COULEUR DD CHEVAL DE RENAUD DE MONTADBAN

Mais pour faire recevoir Krumpholtz, son ami n’avait pas trouvé d’autre moyen que de l’annoncer comme un savant qui brûlait de faire sa connaissance. Il avait vu dans le monde beaucoup de savants de profession qui ne lui avaient pas paru d’une force désespérante, et qui, s’ils avaient dit sur les choses connues le quart des sottises qu’ils di- '

in FÂ DIËZE

saient sur les choses inconnues, se seraient fait bafouer et poursuivre par les enfants à travers les rues.

Il avait jugé cette petite supercherie si peu importante, qu’il n’en avait même pas prévenu le baron, qui, suivi d’Athanase, arriva chez son voisin comme un simple homme, sans se douter le moins du monde qu’il lui fût arrivé de devenir savant.

Il le trouva dans son jardin. Après les civilités d’usage, il le laissa parler tant qu’il, voulut, sans prononcer une parole, et attendant le moment d’arriver à son but, à savoir de jeter un coup d’œil sur la musique de s^ fille; mais il n'y eut pas moyen de glisser sa proposition entre dèux phrases , tant elles étaient serrées, conneses, liées entre élira; soit par tous les artifices de langage connus, soit par la volubilité dm discoureur.

Enfin la savant, après s’être efforcé d’embarquer son. voisin dans une t conversation

scientifique que le baron éluda le plus adroitement qu’il lui fut possible, s’avisa d’une question directe à laquelle il fallait nécessairement répondre.

— Monsieur, dit-il, une chose, je l’avoue, m’embarrasse; dans un livre français que j’ai en ce moment sous les yeux, il m’est impossible de deviner d’où peut venir le nom de Bayard, que l’on donne au cheval de Renaud de Montauban.

A ce moment, les sons d’un clavecin se firent entendre ; le baron, livré à ses préoccupations, ne répondit pas.

Le savant répéta sa question.

Soit qu’il- fût encore préoccupé, soit que,, peu savant, il n’eût pas la chronologie bien présente, il répondit sans hésiter :

— J’ai un chien que j’appelle Hercule, pourquoi Renaud n’aurait-il pas donné à un cheval de bataille le nom d’un guerrier aussi fameux que Bayard?

Le savant le regarda stupéfié.

Le baron s’aperçut qu’il avait dit une sottise, et se prit à rire.

Le savant prit sa phrase pour une plaisanterie, et rit aussi.

Mais Athanase, qui s’était rapproché, dit :

— Si Votre Excellence et monsieur veulent me le permettre, je leur dirai mon avis.

Et, prenant le silence de son maître pour un consentement tacite, il ajouta :

— Il y a chez monsieur le baron un cheval alezan que j’appelle l’Alezan, une jument pie que j’appelle la Pie, une autre grise que j’appelle la Grise ; pourquoi M. Renaud n’aurait-il pas appelé son cheval bai Bayard?

— Et, dit le baron, qui t’a dit que le cheval de Renaud fût de couleur baie ?

— C’est bien simple, dit Athanase; je n’appelle pas votre jument grise la Pie, ni

votre jument pie la Grise. Je n’ai pas connu M. Renaud, mais je n’ai pas de raison de le croire plus aveugle que moi : il n’aurait pas appelé son cheval Bayard, s’il avait été gris on alezan.

— Mais, dit le baron, qui te prouve qu’il l’ait appelé ainsi à cause de sa couleur?

— C’est encore très-simple, dit Athanase; je viens de vous prouver que son cheval était bai, puisque s’il eût été gris, ou alezan, ou Isabelle, il ne l’eût pas appelé Bayard, c'està-dire bai.

Donc, en retournant ce raisonnement, il est clair que, puisqu'il est bai, il devait l’appeler Bayard, et non point l’Alezan, ni l’Isabelle, comme moi j’appelle la jument pie la Pie, et le cheval alezan l’Alezan.

Le baron et son voisin étaient embarrassés ; le syllogisme d’ Athanase était faux ; mais ils ne savaient comment lui prouver qu’il était faux, d’autant que son étymologie

paraissait juste. Pour changer de conversation, Conrad dit :

— Rapprochons-nous de la salle basse, je serais enchantéi d’entendre le clavecin de mademoiselle votre fille; on m’a parlé de son talent et de la précieuse collection d’ancienne musique qu’elle possède.

— Oui, dit le voisin en s’acheminant vers la salle d’où s’était fiiit entendre le clavecin, elle a toute la musique de Fraaicon qui, en 1066, inventa.à Cologne les signeside la division du temps musical, Gilles Binchois, Jean Okenheimi, Cypcien Rosej Hobrecht, qui montra la musique à: Érasme, Jacques de Karl, Gaspard' Knnnhorm l’aveugle, etc.

— Blanche^ dit»-il' en arrivant, je te présente notre voisin lé baron Cenrad Krumpholtz.

— Blanche 1 dit Conrad.

— Blanche ! dit Athanase qui tétait arrêté assez près pour entendre.

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— Un savant distingué, ajouta le père.

Le baron le regarda, prenant ce compliment pour une mauvaise plaisanterie.

La fille du savant était une grande et sèche personne de trente-cinq ans, habillée avec prétention.

Tandis qu’elle jouait quelques morceaux sur le clavecin, le baron feuilleta toute sa musique sans trouver ce qu’il cherchait ; en haut d’une page blanche il y avait seulement ce titre : Au Rhin!

Mais ce n’étaient ni le savant ni saifiUe qui avaient copié cette' musique, ils ne sa-valent ce qu’on avait euJ’intention d’y. transcrire, et d’ailleurs rièn ne prouvait que ce^ fftt la chanson de Conrad:.

Gomme il s’en allait avec Athanase :

— Blanche I se disait-il, tout me rappelle le souvenir de celle que je cherche:

— Planche ! ^ disait Athanase, tout me rappelle la femme qui me poursuit.

Un jour Conrad s’aperçut qu'il était souverainement ridicule ; il abandonna sa maison des champs d’autant plus facilement qu’il n’y avait presque plus de feuilles aux arbres, et que les premières gelées avaient blanchi la terre.

Il retourna à la résidence pour chercher à se distraire en se livrant pendant l’hiver à tous les amusements qui pourraient se présenter.

D’abord il trouva quelque plaisir à retrouver le bruit et le mouvement, à revoir des visages qu’il n'avait pas vus depuis long-

temps, à rentrer dans des habitudes auxquelles ses six mois d’absence avaient rendu ! un charme momentané.

Puis il allait recommencer à s’ennuyer, quand il se rappela que lorsqu’il avait, pour la première fois, quitté la maison où il était né pour élire domicile dans une ville, sa mère lui avait dit à son départ :

— Défiez-vous des mauvaises sociétés dont le charme trompeur vous jetterait dans une voie funeste ; — ne vous livrez pas aux prestiges de l’ambition qui bouleverse les empires, — et marchez contre les murailles pour vous préserver des voitures.

Craignez les séductions du monde et les plaisirs empoisonnés qui vont vous assiéger enfouie; redoutez surtout les filles d’ Opéra, ce sont des sirènes, qui perdent les jeunes

gens, — et faites souvent remettre des *01003 à'vos bottes; car en aucun lieu du monde la chaussure ne s’use aussi vite que sur le pavé des grandes villes.

Les avis de sa mère lui avaient ouvert l’esprit à des idées nouvelles; malgré loi il se faisait de délicieuses images de ce qu’on voulait lui faire craindre; et, à l’exception des voitures, il brûlait de s’exposer à tous les dangers qu’on lui recommandait d’éviter.

11 ne voyait pas grand mal à être pour quelque chose dans les bouleversements de l’ambition; il en voyait encore moins à se laisser faire par les plaisirs qui devaient l’assiéger en foule; et ce que surtout il voulait connaître c’étaient ces dangereuses sirènes qui, selon lui, ne pourraient jamais lui faire un mal égal au bonheur qu’il aurait à tomber dans leurs pièges.

Mais, dans la ville où il était, la plus haute carrière ouverte à l’ambition était fermée

par une place de bailli, et il dut se trouver très-heureux de devenir le second secrétaire de M. Bernhard. Pour les plaisirs qui devaient l’assiéger il n’eut pas grande résistance à opposer, car ses plus grands excès consistèrent à se promener le matin sur les bords du Rhin — jusqu’au moment où il découvrit la demeure de Blanche.

Pour les filles d’Opéra, il n’y avait jamais eu d’Opéra à Ober-Wesel, et un jour qu’il passa des baladins, il s’avisa d’écrire une longue lettre à une sauteuse et de lui demander un rendez-vous auquel alla un homme à gros favoris noirs qui lui demanda pour qui il prenait sa fille.

— Certes, se disait-il tristement, les plaisirs ne m’assiègent pas de telle sorte que je ne puisse leur résister, et les filles d’Opéra ne me tendent pas autant de pièges que je le voudrais 'bien.

Néanmoins, cette idée l’avait longtemps

tourmenté ; sa mère lui avait parlé de précipices sous des fleurs, mais cela ne lui prouvait qu’une chose, à savoir que sa mère, malgré son horreur pour les filles d’Opéra, ne pouvait nier que leurs pièges ne fussent cachés par des fleurs ; que pour que ce piège fût aussi prouvé que les fleurs, il faudrait qu’il fût avoué par un partisan, comme les fleurs l’étaient par un ennemi.

Puis il vint un moment où il ne s’occupa plus que de Blanche, — puis la fortune le hissa aux honneurs.

En réveillant ces souvenirs, le baron se rappela que, par un singulier hasard, il n’avait jamais goûté ce danger qui devait le poursuivre et qu’il n’avait pu atteindre; il songea que c’était peut-être un plaisir qu’il ne connaissait pas, et pendant quelque temps il fut l’amant privilégié d’une jeune et belle danseuse.

Conrad donna une montre à la danseuse,

La danseuse la donna à sa femme de chambre.

La femme de chambre la donna à Athanase.

'Athanase la garda.

Le baron la reconnut. — D’où as-tu ce bijou? dit-il.

, — Ne m’en parlez pas, monsieur, dit

Athanase, je voudrais le voir au fond de lamer.

— Vous ôtes bien difficile, maître, dit le baron, il m’a pourtant coûté 150 bons florins.

— Et moi, dit Athanase, vous ne savez pas ce qu’il me coûtera plus tard.

— Non, dit le baron, mais je ne serais pas fâché de le savoir.

— Et moi, je ne serais pas fâché de le dire à Votre Excellence ; on allège ses chagrins en les contant, et en parlant souvent de l’objet de sa crainte on finit par avoir moins peur.

— Parle.

— La femme de chambre de mademoiselle... se trouve être précisément cette Blanche, dont j’ai dit.à Votre Excellence que l’étais persécuté; quand elle m’a reconnu elle m’a baisé les mains et les genoux, j’ai été faible, j’ai rendu quelques caresses et accepté cette malheureuse montre, pour compter les heures pendant son absence.

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— Elle est absente? dit le baron.

— Elle est allée chercher les papiers nécessaires pour notre mariage.

— Eh bien?

— Eh bien ! comme je l’ai déjà dit à Votre Excellence, je ne l’aime pas et je fais un mariage de convenance.

— Diable ! mais vous tranchez du grand seigneur, vous ôtes assez fat et assez impertinent.

Il faut remarquer ici que le baron tombait dans un lieu commun ; il est plus qu’assez usé et rebattu de se plaindre de l’impertinence et de la fatuité des grands seigneurs.

D’abord parce qu’il n’y a plus de grands seigneurs.

Ensuite, parce que leur impertinence, quand ils en ont, est modérée ou déguisée par les manières et l’éducation, et qu’elle est moins intolérable cent fois que celle d’un commis en nouveautés ou celle d’un maçon.

— Je ne sais, dit Athanase, mais je ne suis guère content.

— Je crois, maître Athanase, dit Krumpholtz, que vous abusez de ma crédulité, je ne savais pas que la femme de chambre que je n’ai jamais regardée fût votre Blanche ; mais vous passiez fort assidûment vos soirées auprès d’elle; qu’y faisiez-vous?

— Nous causions, nous chantions.

Ce mot réveilla la manie de Krumpholtz qui demanda brusquement :

— Que chantiez- vous?

— Toutes sortes d’airs.

— Encore?

— Des airs à deux voix ou à une seule, des airs d’opéras ou d’autres.

— Chante-moi un de ceux qu’elle chantait.

— Votre Excellence m’excusera ; mais il me serait impossible de m’en ranneler une note.

— Essaye.

— Ce serait inutile.

— Je le veux.

Le baron dit ces mots d’un ton si voisin de la colère qu’Athanase, au hasard, commença le premier air qui lui vint dans la tête.

Au Rhin, an Rhin, c’est là qne sont nos vignes; Qn’il soit béni le Rhin, qn’U soit béni le Rhin !

— Après, dit Conrad qui avait écouté sans respirer.

— Après, dit Athanase qui n'était pas en train de chanter, je n’en sais pas davantage.

— Tu mensi dit Conrad.

Qu’Athanase mentit ou non, il valait mieux pour lui persévérer dans un mensonge qu’on ne pouvait prouver, et qui d’ailleurs n’avait aucune importance, que d’avouer qu’il avait menti, sans autre cause que sa mauvaise humeur.

Quoi qu’il en fût, il affirma qu’il n’en savait pas plus.

— Mais, dit le baron, ta maîtresse le sait.

— Je le crois.

— Tu dois en être sûr puisqu’elle le chantait.

— Je ne pois assurer à Votre Excellence, qu’elle chantait cet air ou un autre.

— Où est-elle?

— Dans son pays.

— * Où est son pays?

— Je ne sais.

— Quand revient -elle ?'

— Dans un mois.

— C’est bien

Cette conversation remit encore plus avant dans l’esprit du baron le désir, qui le tourmentait si fort, de retrouver Blanche, ou plutôt l’air qu’elle chantait.

— Car, se disait-il. Blanche, elle-m4me, ne me donnerait plus les émotions qu’eUe m’a données autrefois, fût -elle toujours la môme ; il y a en moi comme un sens qui est mort.

Néanmoins, comme il ne voulait pas devenir fou, il ne manquait pas un jour d’Opéra, pour essayer de se mettre d’autre musique dans la tête; mais chaque air nouveau ne le frappait que par une ressemblance ou une dissemblance avec celui qu’il voulait oublier, et ne servait qu’à le lui rappeler plus vivement.

Un jour, il dit à Athanase : — Je m’ennuie, j’ai envie de retourner à Ober-Wesel.

Athanase voyait arriver avec eflfroi l’époque du 'retour de sa maîtresse, et il saisit avec empressement cette idée.

Votre Excellence ne saurait mieux faire, dit-il; voici l’hiver bientôt passé, ajouta-t-il avec emphase, — Votre Excellence assisterait au réveil de la nature, aux premiers gazouillements des oiseaux.

— Je partirais sans aucun doute, si ta maîtresse était revenue.

— Eh ! que diable veut-il faire de ma mal-

tresse ! se demanda Athanase ; s’il voulait me la prendre, jamais il n’aurait été si bien inspiré ; je lui ai vu de si fortes manies que je le crois capable de tout.

Mais, Conrad ajouta :

— A cause de cet air.

— Prrrr..., dit Athanase, je gage qu’elle ne le sait pas plus que moi.

— Gomment cela ? dit le baron.

— C’est que, l’autre jour, j’étais si troublé de votre insistance pour me faire chanter un air, que je crains bien d’avoir pris celui-là au hasard, et de ne le savoir que pour l’avoir entendu fredonner à Votre Excellence.

— Allons à Ober-Wesel, dit le baron d’un ton de résignation.

— Allons à Ober-Wesel, dit Athanase d’un ton de triomphe.

A H. ATHANAS2, CHEZ M. LE BARON ERüMPHOLTZ

De la Résidence.

J’arrive avec tous les papiers nécessaires pour notre mariage, et on m’apprend ({ne vous êtes parti depuis cin(î jours ; je ne suis pas assez injuste pour attribuer ce départ à votre volonté, je pense que vous aurez

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été forcé de suivre votre maître; mais alors pourquoi ne m’avoir pas laissé une lettre pour me tranquilliser?

Votre maître ne pourra vous refuser un congé de quelques jours, quand il saura que c’est pour vous marier.

Je vous attends donc, mon cher Athanase, avec une vive impatience dont je désire vivement que vous puissiez?; juger par la vôtre.

PniNCHB

1 M. ÂTHÂNASE, CHEZ M. LE BARON KRUMPHOLTZ

De la Résidence.

Quinze jours sans me répondre ! est-ce une insultante moquerie? et croyez- vous que je supporterai vos outrages sans chercher à me venger? j’ai de vous une promesse de mariage que je vais m’occuper de faire va-

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loir en justice; mais ce n’est pas là ce qui doit vous inquiéter le plus. Attendez-vous de ma part à une éternelle persécution, à tout ce que le ressentiment d’une femme pourra imaginer de plus cruel.

Qlanche

Alhaiiase fut très-effrayé.

D’un autre côté, l’ennui toujours progressif qu’éprouvait le baron achevait de détruire sa santé, et son état de souffrance augmentait son ennui.

Athanase, pendant la nuit, abattit la cabane de chaume du parc il bêcha 1? terre et y sema des ognons.

11 déroba le mouchoir bleu que son maître avait acheté de la tante de sa petite

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Blanche; un jour qu’il voulait aller visiter le rocher de Loreley, il brisa un des avirons du bateau.

Il paya les paysans, quand vint le jour de la naissance du baron, pour lui faire une fête villageoise.

Il écrivit à tous les amis du baron que la santé de son maître lui donnait de sérieuses

inquiétudes, et que le pauvre baron avait besoin de distractions, de sorte que la retraite d’Ober-Wesel commença à être remplie de visiteurs. Pendant un mois, il fit croire à son maître que le cheval qu’il montait d’ordinaire était boiteux, et ne pouvait faire un pas hors du râtelier.

Chaque matin, quand le baron sonnait, il affectait de se récrier sur le changement de ses traits, sur sa pâleur, sur son air malade.

Jamais Conrad n’avait été aussi malheureux. Quand Athanase vit qu’il n’y pouvait plus tenir, il lui dit un jour :

lis FÂ DIËZE

— Mon cher maître, vous savez que les médecins vous ont conseillé de voyager.

— Et peut-être n’ont-ils pas tort, répondit le baron.

— Vous ne sauriez croire, mon cher maître, combien la chaise de poste vous est favorable; rien que dans les petits trajets que nous avons faits depuis quelque temps, à chaque relais vous paraissiez engraissé d’une demi-livre et rajeuni de deux ans.

— Parbleu ! se dit le baron, je vais aller chercher la ân de mon air.

— Peut-être aussi trouverai-je Blanclie, II est probable que je ne trouverai ni l’un ni Tautre; mais c’est un bon prétexte que je puis me donner pour voyager, c’est un moyen de me raccrocher à ma vie passée. D’ailleurs je n’ai pas autre chose à faire; si je ne m’amuse pas, au moins je changerai d’ennuis, et il me semble que la pensée du voyage me fait du bien.

Mais où irai-je?

Si je les trouve, il est probable que ce ne sera qu’après avoir parcouru auparavant tous les pays où ils ne sont pas.

Car il y a un sort fjineste attaché à l’homme, qu’il ne dit ou ne fait une chose bonne qu’après avoir, sur le même sujet, épuisé tout ce qu’il y avait de mauvais à faire et à dire.-

Aussi le passage que vous cherchez dans un livre, est-il toujours dans le dernier volume que vous feuilletez.

Quand les premiers physiciens et astronomes ont fait des observations sur la terre et sur le soleil, ils n’avaient à dire que deux choses :

La terre marche ;

Ou le soleil marche.

Ils ont choisi le faux.

Ce n’est qu’après avoir épuisé tous les contes possibles sur le phénix qu’on s’est

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avisé de découvrir que le phénix n’existait pas.

Quoiqu’il se dise quotidiennement un grand nombre de sottises, ce serait bien pis si ceux qui ont vécu avant nous ne nous en avaient dérobé une partie.

La vérité est une, le faux est horriblement multiple; chaque vérité n’existera qu’après que le faux aura régné, sous toutes ses formes et ses modifications, avec toutes ses divisions et ses subdivisions.

Faites à un homme la question la plus simple, il voudra j entendre de la finesse et il n’y répondra pas juste.

Demandez au milieu de dix personnes :

Devinez ce que je vais mettre sur ma tête en sortant. Ce n’est qu’après de longues hésitations qu’une seule peut-être dira timidement : un chapeau. Il y en a neuf qui aimeraient mieux vous mettre sur le crâne les ruines d’Andernach

Aussi, ajoute le baron, je vais, pour mon voyage, faire ce que je fais d’ordinaire lorsque j’ai un passage à chercher dans un livre ; je commence par le volume, que par mon premier mouvement et mon impulsion naturelle, j’allais feuilleter le dernier.

Naturellement je devrais commencer par l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, la France, etc.; je vais aller en France, puis en Italie et je reviendrai par la Suisse.

Athanase, qui tremblait à chaque instant de se voir arriver une épouse par autorité de justice, hâta les préparatifs du départ avec une diligence inaccoutumée. La chaise de poste, qui eût exigé un mois de réparation s’il se fût agi d’un voyage désagréable à Athanase, se trouva prête en vingt-quatre heures. Pendant ce temps- là, Conrad fredonnait :

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Au Rhin! au Rhin! c’est là que sont nos vignes; Qu’il soit béni le Rhin! qu’il soit béni le Rhin! Le pampre

Au Rhin! au Rhin! c’est là que sont nos vignes; Qu’il soit béni le Rhin! qu’il soit béni le Rhin! Le pampre

An Rhin! au Rhin! c’est là que sont nos vignes; Qu’il soit béni le Rhin! qu'il soit béni le Rhin! Le pampre

La chaise de poste roula.

— Ah ! dit Athanase.

A quelques lieues d’Ober-Wesel, deux voitures s’^rrétèreut au même nelais. La chaise de poste de Krampholti! «et «ae voiture publique dans laquelle était k maîtresse d’Athanase.

A'thanase se cacha dans l’écurie tandis qu’elle attendait son tour pour payer sa place au conducteur, car en c^ endroit on changeait de voiture. Ge petit retard semblait lui causer la plus vive impatience elle frappait

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du pied et fredonnait un air entre ses dents pour dissimuler sa mauvaise humeur.

Athanase s’était blotti dans un râtelier, sous le foin ; jamais il n’avait prêté autant d’attention à un air, car, de la fin de celui-ci dépendait sa libération. Enfin, le conducteur reçut l’argent de Blanche qui monta dans une carriole qui allait directement à Ober-Wesel. Athanase et Conrad se remirent en route du côté opposé.

QUI n’a aucun rapport avec le reste

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