Chapitre lY
IiS FibfiAZIfAaS.
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La veille de Saint-Jean , un peu après l'heure de la sieste, dona Marcia arrivait dans la boutique de micer Bonifacio, ses coiffes baissées jusque sur le nez , et un rosaire de quinze dizaines à la main. C'était une femme d'environ cinquante ans , Vêtue
FARIANA.
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de noir de la tète aux pieds , pâle , voûtée, le regard oblique, la parole basse, une vraie figure de béate enfin.
— u^ve Maria purissima ! dit-elle en saluant micer Bonifacio ; vous m'attendiez , mon cher fils.
Le vieil orfèvre était plus vieux qu'elle d'une bonne dizaine d'années; pourtant, s'il eût osé , il l'aurait volontiers appelée : Ma chère mère.
— Oui , ma sœur , répondit-il , je vous attendais avec impatience pour vous dire certaines idées qui me sont venues au sujet de cette neuvaine que vous devez commencer ce soir avec Flérida.
— J'espère que la grâce de Dieu et la protection de Notre-Dame del Pil^ vont nouks accompagner , dit la béate, ett fermant les yeux ^vec oomponctUm ; votre femme e^tefle piîète?
-^ Guiomar vient, 4e l'habiUer. ISais, ma
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chère sosat , ne peiifteai-Yefils pas qu'il y a loin d'ici au couvent des Filles de la Croix?
— Je le sais bien , mon dier fils , et nous aurons d'autant plua de mérite à Mte le diemin à pied, rïotre Seigneur souffrit bien dayantage sur la voie douloureuse.
— Je ne parle pas de la fatigue , ces mor- Uficatkni ne nuisent pas au c<Aps et sont salutaires à l'âme ; nuôs, ma chère sœur , il y a tant de monde sur le pont, vous ren^ contrerez tant d'hommes d'ici au bout du fiaubourg de Triana !
— Sainte mère de Dieu ! qu'est-ce que cela nous fait?
Si qudqu'un venait à voir lé visage de flérida et à lui dire des galanteries 1...
— Santés detosf en ma présence I Mais A quoi pfflisez^vous donc, mon cher fils I Votre femme marchera à mon côté ^ et je vous dis qu'elle y sera plus en sûreté qu'ici^ derrière ees portes , soUs ces verrous , assise dans
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son jardin entre la Guiomar et vous , son mari, don Bonifacio Moreno.
— Je sais que vous êtes une personne vigilante et avisée, dona Marcia; mais si vous saviez tout le souci que j*ai seulement pour mener , le dimanche , ma femme à la messe! Si vous saviez les embûches, les entreprises , les pièges qu'on lui tend ! et , bien que j'aie les yeux sur elle, je ne vois peut-être pas tout.
— Que Notre-Dame de las Nlevés nous soit en aide! A votre place, je ferais si bonne garde , qu'dde ne verrait à Féglise que le prêtre et Fautel.
— Certainement, je ne la perds pas de vue et je ne souffre pas qu'elle regarde de tous côtés à travers la dentelle de sa mantille ; personne ne lui parle , ni les frères qui quêtent , ni les mendiants qui sont à la porte de Féglise. Mais je ne peux pas empêcher que les galants s'arrêtait pour nous
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voir passer et viennent ensuite se mettre contre un pilier, les bras croiisés et les yeux fixés sur ma femme , au lieu de se tourner vers la sainte table et de faire leur oraison.
— Jésus, quelle perversité ! s'écria dona Marcia ; vous avez vu cela ?
— Certainement, je l'ai vu, pas plus tard que dimanche dernier. Et savez-vous, ma sœur, qui convoite ainsi ma femme? Un grand seigneur...
— Gomment, comment, vous le connaissez ? interrompit la béate avec une certaine inquiétude.
— Qui ne le connaît dans Séville ? C'est don Pedro d'Agarva, Falguazil-mayor...
— Ah! ah! c'est, dit-on, un homme fofft adonné au péché, mon cher fils.
— Il a employé mille ruses pour parvenir jusqu'à Flérida, et, dernièrement, il a osé mettre dans son livre d'heures un petit p^^pier,
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— Jésus ! un billet doux !
— Oui, mais je Fai vu avant Fléi^ida.
— Vous ne le lui avez pas montrô?
— Je n'ai eu garde ; mais j'y ai fait réponse au nom de ma femme.
— C'est une bonne idée I dit gravement la béate.
— Oui, reprit micer Bonifacio en dignant les yeux d'un air d'intime satisfecstion, j'ai fait une réponse dont il a dà ét^e content... Voulez-vous que je vous la récite? J*ai mis toute une nuit à la composa et je la sais par cœur, u Seigneur don Pedro, sachez que vos poursuites sont inutiles. Le ciel m*a donné un mari qui possède mon cœur et que j'at-^ merai jusqu'à la mort, comme c'est mon devoir. Tous les autres hommes tte sont rien pour moi; et, si j'avais le malheur de le perdre, je m'enfermerais dans un couvent pour le reste de mes jours... »
— Bon, bon! interrompit dona Marcia,
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voilà une précaution!... Je vous approuve fort ; le galant doit être fbrt découragé, et nous n'aurons pas à craindre sa rencontre.
— Mais les autres?
— Quant aux autres, je réponds qu'elle n'en Verra pas même l'ombre. Laissez-moi faire, micer Bonifacîo, je sais comment on gouverne les jeunes femmes.
-^ Si du moins je vous donnais Guiomar?
— Jésus, quelle idée ! Qu'en ferions^nous ce soir et toute cette nuit? Vous savez^ mon cber fils, qu'il faut une permission expresse pour entrer dans le couvent des Filles de la Croix.
Miœr Bonifado réflédiit un peu, puis il se dit à lui-même, comme pour se rassurer :
— Jamais visage d'homme n'a paru dans cette sainte maison.
— Jamais, jamais ! s'écria la béate; voilà pourquoi les jeunes femmes vont y faire des neuvaines.