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— Ce n*e$t pas une raison, mnrmara Bonifacio en hochant la tête.
. — Des neuvaines qui presque toujours attirent la bénédiction du ciel, reprit Marcia. Que Dieu vous donne une longue vie et de nombreux enfants, micer Boui&cio ! Je vais chercher votre femme,
A ces mots, et sans écouter davantage le vieil orfèvre, elle alla trouver Flérida. La jeune femme Fattendait avec une impatience n^ée d'inquiétude ; e!était pour eUe un grand événement que ce^^ espèce de pèlerinage au couvent des Filles de la Croix , et elle tremblait que son mari retirât au dernier moment la permission qu'il lui avait accordée avec tapt dlhésitation et de difficulté. Depuis une grande heure, elle était prête, elle avait mis sa saya,. sa mantille, et elle se promenait autour du jardin, son rosaire et son éventail à la main.
— Allons, allons, ma chère (ille, dit la
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béate, il y a loin d'ici au faubourg de Trîana , et la journée avance ; partons tout de suite.
— Flérida, je remets à dona llarcîa toute autorité sur vous, dit le vieil orfèvre, que de vs^ues appréhensions tourmentaient; obéissez-lui comme à moi-même; n'imitez pas ces jeunes fenunes qui se permettent de contredire les personnes prudentes et plus avisées qu'elles. Retenez votre langue, marchez les yeux baissés, et prenez bien garde que votre mante ne s'entr'ouvre.
— Oui , oui , mon cher seigneur, répondit Flérida, le cœur tout palpitant d'aise et le regard tourné vers la porte ouverte.
MicerBonifacio lui fit encore une fois ses dernières recommandations ; puis la remettant aux mains de dona Marcia, il invoqua pour elle Dieu et tous les saints comme s'il se fut agi d'un voyage au bout du monde ; et quand elle eut passé le*seuil de la boutique,
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il la snitit des yeux jusqu^au détour de la me, en levant les mains au cid.
Quand la belle Flérida se vît au miliett de la foule affairée et bruyante qui bourdonne dans les rues de Séville, die eut presque peur et elle se serra contre la béate on lui disant :
— Jésus! ma chère mère, la tête me tourne! Ne swons^-nous pas bientM hors d'ici?
— Allons, allons bien vite ! s*écrfa la Marcia d'un air riant; nous n'avons que quelques heures, il feot en profiter. Ditesmoi, mon bel agneau, ne seriei^-vous pas bien aise de vous tejpù&Br un peu avant d'arriver au couvent ?
A cette question, Flérida, qui depuis si longtemps roulait dans sa tête les moyens de faire passer sa proposition, répondit d'un air suppliant et docile :
— Certainement, ma chère mère, nous fe-
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roD&ce que vous voudrez ; mai» si cela vous plaisait, uotts iirions jusqu'au fku]M>ttrg de Triana, çt là... je sais un endroit où uous serions bien reçues.
— Conuucut? Quel endroit? demanda* t-'die, étonnée.
— - Qhm ujae pauvre fiUe qui demeure làr bas» et qui np^'aime bien, ebez la Fahîana.
^-^ Mon doux Jésus! y pensez-vous? s'écria Marcia, cela ne se peut pas ! < . . Puis, se ravisant tout à coup^ elle reprit :
— Estroe que vous avez déjà été cbess la Moresse?
— Kon, ma cbère mère» répondit Flérida les larmes aux yeux ; ce serait la première fois et sans doute la dernière, car micer Bonifacio ne me laissera plus sortir.
— Eh bien ! allons la voir, j'y consens, répondit tta^a après avoir encore un peu réfléeM ; donnez-moi le bras et marchoos vite.
M rABiàiiA.
Elles sortirent de la ville, et traversèrent le pont de bateaux qui joint les deux rives du Guadalquivir. Flérida s'en allait légère, joyeuse, émerveillée du spectacle si nouveau pour elle qui s'offrait à ses regards.
Elle avait souvent rêvé l'espace, le monde, dans son couvent et dans la maison de son mari ; mais elle ne se le figurait pas si vaste et si beau. Le ciel et la terre lui semblaient immenses ; elle s'arrêtait éblouie par des flots de lumière, enivrée par l'air libre et plein de vagues parfums. Le soleil baissait à l'borizon, et le vent déroulait les mille banderoles des navires amarrés le long des quais ; le fleuve roulait avec un bruit presque insensible des eaux indolentes que les quarante rames d'une galère qui remontait frappaient en cadence ; les clocbes de la ville et des faubourgs carillonnaient pour la fête du lendemain, et par-dessus toutes dominait le bourdon de la fameuse
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Giralda. Une multitude bruyante et bigarrée inondait les quais et les ponts; on commençait à faire les préparatifs des feux de joie qui allaient brûler en Fhonneur de saint Jean. La jeune femme regardait de tous côtés, malgré les recommandations de micer Bonifacio , et disait en serrant le bras de Marcia :
— Ah ! ma chère mère, qu'il fait bon ici ?
Que c'est beau !
Mais la béate Tentrainait toujours, sans lui permettre d'admirer un moment en repos cette magnifique scène, et la pauvre Flérida suivait toute haletante. Elle était si bien cachée sous les plis sombres et roides de sa saya et de sa mante, que personne ne remarqua sa merveilleuse beauté, et qu'il se trouva que la Marcia avait dit vrai au vieil orfèvre : pas l'ombre d'un galant ne parut sur leur chemin.
En quittant le pont, la béate prit un petit
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nifacio n'avait point soupçonné sous la saya et la mante, et qu'il ne lui aurait point permis de prendre pour sortir de chez elle.
La jeune femme ne revenait pas de son étonnement, et regardait autour d'elle d'un air ému et curieux.
— Fabiana avait raison de dire que je me trouverais bien ici, pensa-t-elle ; sainte mère de Dieu ! c'est un paradis! Je veux que micer Bonifacio arrange ainsi ma chambre.
£n effet, touten ce séjour ravissait les sens et respirait une ineffable volupté. Les murs étaient tapissés de gracieux taUeaux peints à fresque, et dont aucun n'avait été emprunté à la légende ; c'était la blonde Vénus caressant son fils, c'étaient les Grâces et les Heures qui passaient en dansant au son de légères cymbales. De fines nattes couvraient le parquet et assourdissaient les pas conune le plus moelleux tapis ; partout éclataient des dorures, des cristaux et des fleurs. Au fond de la
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salle il y avait une alcôve devant laquelle retombaient des rideaux de satin; le lit, dont on entrevoyait les pieds d'ébène, était élevé sur une estrade.
Flérida n'était point encore revenue de son admiration et de sa surprise lorsque des pas légers se firent entendre ; elle s'avança vivement, et s'écria joyeuse ; Fabiana !
Mais aussitôt elle s'arrêta frappée du plus profond étonnement, de la plus violente émotion qui eussent jamais fait palpiter son cœur. Ce n'était pas la Fabiana qui venait d'entrer, c'était un beau jeune homme svelte et brun, celui-là même qui portait le chapeau à plumes, le col à la wallonne, et qui faisait de si longues stations à l'église de San-Fran* cisco.
La jeune femme passa les mains sur ses yeux comme si elle eût douté de ce qu'elle voyait; puis, pâle et tremblante, elle se laissa aller sur un siège ; la parole lui man-
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quait, et son regard éperdu n'osait plus se lever sur celui qu'elle venait de reconnaître. Le cavalier vint près d'elle et se mit à ses genoux.
— Je vous fais peur, belle Flérida, dit-il d'une voix soumise ; eh ! que pouvez-vous craindre? je suis tremblant à vos pieds...
— Jésus, mon Dieu! interrompit-elle avec un accent indicible d'épouvante et de joie, où suis-je?
— Vous êtes chez moi, madame, chez don Salvador de Manrique, ou, pour mieux dire chez vous, car le maître de céans est votre humble esclave.
£t comme Flèrida ne répondait rien, et se cachait le visage dans ses mains, il reprit d'une voix passionnée : — Depuis longtemps je vous aime et je désespère. Je serais mort si je n'eusse trouvé enfin une bonne âme qui a eu pitié de mes tourments, et qui a consenti à servir «mon amour.
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— Dona Marcia! s'écria Flérida avec un étotinement qui domina un moment toutes ses impressions.
— Elle-même. Que Dieu le lui rende ! Je me souviendrai toute la vie de ce qu'elle a fait pour moi !
— Ah ! si micer Bonifacio le savait ! murmura Flérida confondue ; puis elle se leva vivement et reprît d'ujie voix qui annonçait bien plus de trouble que de colère : Seigneur , je ne peux pas , je ne veux pas vous écouter... Laissez-moi sortir... La Marcia m'a amenée ici par surprise... Jésus! si mon mari venait à savoir comme on Ta trompé! . . . S*il savait qu'un honune m'a parlé ainsi !... il me tuerait!...
— Mais il n'en saura rien, mon cher amour, dit le cavalier en lui barrant le passage ; demain , vous rentrerez dans la triste prison où il vous tient enfermée; mais aujourd'hui, aujourd'hui vous êtes libre ! . . . Flérida ! j'au-
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jrais donné ma vie et mon salut pour un pareil moment... £t vous voulez m'ôter ce jour, ce seul jour de bonheur... oui, le seul qui comptera dans toute ma vie... Je m'étais donc trompé quand j'avais cru que vous jetiez sur moi un regard moins indifférent que sur le reste des hommes? Je m'étais donc trompé quand il m'avait semblé que vos yeux se tournaient souvent vers moi à l'église de San-Francisco?
— Ah! vous le saviez, dit ingénument Flérida, et la Marcia aussi ; mais alors pourquoi ne m'a-t-elle jamais rien dit?
— Parce que vous n'auriez pas osé venir ici aujourd'hui , répliqua don Salvador avec un demi-sourire , parce que vous n'auriez jamais su tromper votre mari , et que vous vous seriez vous-même trahie. Ma belle Flérida, mon amour, vous n'avez plus peur de moi , maintenant.
— Non , non , seigneur , laissez-moi , ré-
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pondit-elle suppliante , je ne veux pas être coupable envers Dieu et envers micer Bonifacio.
— Vous ne serez pas coupable pour m'avoir un moment écouté. Venez , mon àme , asseyez-vous près de moi, laissez-moi me mettre à vos pieds ; que vos beaux yeux se lèvent sur moi moins effrayés... Voyez , je vous prie et j'attends prosterné...
Il s'était remis à genoux, la jeune femme, debout et appuyée au dossier de son siège, était immobile et pâle d'émotion ; c'était la première fois que de telles paroles résonnaient à son oreille , et elles arrivaient profondément à son cœur. Le rêve ardent qui l'avait poursuivie se réalisait; elle entrevoyait, au milieu de sa vie sombre et solitaire , un jour de bonheur , un seul jour ; il lui semblait que, dût-elle le payer de son honneur ou du salut de son âme , il ne serait pas trop chèrement acheté. Ses yeux se relevèrent
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lentement sur Salvador , et elle murmura , en mettant une main sur son cœur :
— Eh bien, qu'avez-vous à me dire? Je vous écoute.
Il frissonna de joie, d'orgueil et d'amour ; son rêve d'une nuit s'était aussi réalisé.
— Ah ! dit-il en élevant son regard vers le dôme qu'éclairait un dernier rayon de soleil , jusqu'à demain !...