‹ FabianaChapitre 15 sur 68 · LS FSTT DE JOIS · texte numérisé non relu

LS FSTT DE JOIS

Tandis queFlérîda oubliait, chez don Salvador de Manrique , son vieux mari, sa filleule et le reste du monde , la Moresse l'attendait avec une impatience mêlée d'anxiété.

Dès le matin elle avait tout disposé pour donner à sa petite maison un air de fête et

pour recevoir de son mieux sa belle marraine.

L'habitation du vieux Santi-Belli offrait un aspect étrange au premier coup d'œil, tant elle était peuplée d'animaux empaillés et remplie de curiosités singulières. Une statue antique mutilée gardait la porte devant laquelle deux beaux orangers formaient un frais berceau. Au delà du vestibule, dont les murailles étaient tapissées de peaux de bêtes , d'armures et de tableaux , il y avait une salle meublée avec la fantaisie originale d'un artiste et d'un amateur d'histoire naturelle. Les lambris étaient ornés de délicates sculptures et de quelques tableaux de fleurs. Un grand crocodile empaillé était suspendu aux solives du plafond, et la peau d'un énorme serpent boa se déployait audessous de la corniche. Une collection nombreuse d'oiseaux empaillés faisait cort^e à ces deux monstres ; perchés sur de légers

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bâtons et les ailes étendues , ils semblaient prêts à s*envoler en élevant leurs cris discordants et confus. Une foule de masques, de statuettes étaient rangés autour de la salie; mais l'objet le plus frappant, au mi* lieu de toutes ces curiosités, était une figure de grandew* naturelle qui représentait Fa^ biana.

Au premier abord l'illusion était complète. La Moresse était debout. D'une main elle tenait un léger tambour de basque, de l'autre elle relevait les plis de son ample jupe noire, sa tête se rejetait en arrière avec un mouvement vif et plein de grâce , son petit pied s'avançait mollement; elle semblait prête à descendre de son piédestal pour danser un gai boléro. Pour obtenir cette parfaite ressemblance , Santi-Belli avait fait un masque de cire moulé sur le visage de la belle Moresse; jamais l'imitation de la nature n'avait été poussée si loin ; c'était la

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physionomie, le regard, presque le sourire ; c'était la vie immobile et muette.

La Fabiana, après avoir bien rangé la salle et rempli ses vases de fleurs, avait servi une légère collation , puis elle s'était mise à la fenêtre et elle avait attendu depuis rheure de la sieste. Quand la nuit fut venue , quand Y angélus eut sonné à la Grande Chartreuse, elle quitta la fenêtre en soupirant et en disant : Micer Bonifacio ne l'a pas voulu; elle ne viendra pas. Oh! ma pauvre marraine, quand la reverrai-je!...

Ensuite elle prit sa mante et sortit, après avoir fermé à clef la porte de sa maison.

La nuit arrivait sombre et sereine ; on entendait au loin les cris confus des enfants assemblés sur la rive du fleuve , et de tous côtés brillaient les mille feux de joie de la SainMean autour desquels dansaient les garçons et les fillettes. La Fabiana marchait tristement, le front baissé et comme perdue

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