‹ FabianaChapitre 16 sur 68 · LE FKU DE JOIE · texte numérisé non relu

LE FKU DE JOIE

dans quelque douloureuse pensée; quand elle entendait venir les gens qui allaient en chantant voir brûler les feux de joie, elle se cachait pour les laisser passer , et poursuivait ensuite son chemin en essuyant ses larmes. Elle alla ainsi jusque près de la maison de don Salvador de Manrique , là elle s'arrêta devant le péristyle et regarda la porte avec de profonds soupirs.

— Comme tout est triste ici en son abs^ice ! murmura-t-elle ; que cette séparation d'un jour me parait longue !

Elle s'assit au pied d'un arbre et se prit à pleurer amèrement. Chaque soir elle venait ainsi chez don Salvador, et tous deux veillaient souvent jusqu'à l'aube , au milieu de ces jardins embaumés, à la blanche clarté de la lune , ou bien dans ce riant salon tout plein de silence et de tièdes parfums. La jeune fille aimait Salvador avec l'ivresse el l'abandon d'un premier amour, avec les ja-

physMMHHBie, le regard, presque le sourire ; c'était la vie immobile et muette.

La Fabiana, après avoir bien rangé la salle et rempli ses vases de fleurs, avait servi une légère collation , puis elle s'était mise à la fenêtre et elle avait attendu depuis l'heure de la sieste. Quand la nuit fut ve- Doe , quand l'jingelua eut sonné à la Grande Chartreuse, elle quitta la fenêtre en soupirant et en disant : Hicer Bonifacio ne l'a pas voulu ; elle ne viendra pas. Oh ! ma pauvre marraine, quand la reverrai-je!...

Ensuite elle prit sa mante et sortit, aprè." avoir fermé k clef la porte de sa maison.

La nuit arrivait sombre et sereine; o^ entendait au loin les cris confus i assemblés sur la rive du ûeu^S cotés brillaient 1 SainL-Jeait autour < garçons et les filletti Irislenieni !•• front h

loux emportements des femmes de sa race.

La veille , sous un prétexte frivole , il lui avait annoncé qu'il ne viendrait pas le lendemain à la villa, et elle s'était retirée l'âme pleine de douleur et d'inquiétude.

Une vague jalousie la tourmentait. Pendant cette longue journée il lui était venu vingt fois à l'esprit que don Salvador l'avait trompée, qu'il était à quelque fête, ne songeant guère à elle, au milieu d'une foule de grandes dames, de femmes jeunes et brillantes. A peine si l'espoir de voir sa marraine avait pu la distraire de ce cruel soupçon, et le soir elle était venue revoir du moins les lieux où elle avait passé tant de douces heures, où à chaque pas il lui semblait rencontrer comme l'ombre et entendre comme un écho de la voix de son amant.

La pauvre fille resta là, un moment, perdue dans ses souvenirs et sa douleur ; puis elle se leva et fit lentement le tour de la

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