‹ FabianaChapitre 18 sur 68 · LE PEU DE JOIE · texte numérisé non relu

LE PEU DE JOIE

à deux mains. Si vous ne voulez pas m'ou* vrir , je frapperai si fort qu'il faudra bien qu'il vienne lui-même...

— Vraiment ! dit la vieille en ricanant, je ne le pense pas ; il est en si bonne compagnie pour le moment , qu'il ne se dérangerait pas quand même monseigneur l'archevêque de Séville viendrait en personne lui faire visite. Gela étant, vous allez vous retirer, ma mie.

— U n'est pas seul ! murmura Fabiana en frappant de sa tête contre la porte , et en la heurtant de tout son corps comme pour la briser.

— Vous reviendrez une autre fois , ma mie, reprit Marcia d'un ton ironique, et niaintenant bonsoir; retirez-vous bien vite, le seigneur don Salvador pourrait être fort mécontent, si vous continuiez à faire tant de bruit chez lui.

— Ma bonne mère , je vous en supplie ,

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laissez-moi entrer, s'écria Fabiana, enjoignant les mains avec Faccent d'une ardente prière, ouvrez-moi cette porte... Je vous donnerai tout ce que vous voudrez, tout ce que je possède... Yoyez-vous , il faut absolument que je parle à don Salvador; ma bonne mère , ouvrez-moi , je vous en prie à

genoux,..

£lle s'était effectivement agenouillée devant le seuil et appuyait son front contre la porte avec des sanglots et des cris étouffés,

— Vous êtes folle , ma mie ! dit froidement M arcia ; il y aurait vraiment une belle scène, si je vous laissais entrer céans! D'abord , le seigneur don Salvador me tuerait de sa main pour avoir enfreint ses ordres...

— Non, non ; ce ne serait pas contre vous que se tournerait sa colère ; ce serait contre moi... Prenez pitié d'une pauvre fille rér duite au désespoir... Bon Salvador m'a trompée!... Je pe veux rien que voir de

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mes yeux sa trahison... ensuite je me retirerai... Oh! cœur lâche et menteur, voilà donc cet amour qu'il m'a tant juré!... £t cette fenmie! IMtes, dites-moi quelle est cette femme, ma bonne mère... que je sache du moins pour qui il m'abandonne...

— Pour une autre qu'il trouve plus belle que toi , apparemment » répliqua aigrement la vieille femme ; retire-toi, prends ton partie et, en fille avisée , souviens-toi qu'heureusement , tu n'as pas été créée et mise au monde pour plaire à un seul...

— Laisse&moi entrer , interrompit Fa- Mana ; vous ne vous en repentirez pas ; je V(ms le jure sur ma vie et sur mon âme !

Vous pourrez éviter ainsi quelque malheur à don Salvador. Par la croix du Sauveur^ ayez pitié de moi, de lui.é. Mais vous ne sa^ vez donc pas œ que peut une femme ré^ duite au désespoir et qui n'a plus rien à craindre, non rien, ni le déshonneur en ce

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monde, ni la damnation éternelle dans l'autre? N'avez-vous pas peur que j'attende ici don Salvador, que je le tue quand il sortira avec sa maîtresse... Mais, non, ne m'éoou-

tez pas , je suis folle... C'est moi qui dois mourir puisque je ne suis plus aimée... oui, je mourrai... là devant lui... et alors peutêtre il me pleurera. . .

— Va-t'en, dit Marcia impatientée, croismoi, va-t' en : don Salvador ne songe pas à toi ; quand même il te verrait morte à ses pieds , il n'en aurait pas grand souci en ce moment, et s'il fallait passer sur ton corps pour aller trouver sa nouvelle maîtresse, il y passerait. Les hommes sont ainsi faits, ils n'ont ni pitié, ni tendresse , ni larmes pour celle qu'ils n'aiment plus.

Aces mots eUe referma le lourd volet de la fenêtre et s'en alla tranquillement achever de faire collation. ^

Fabiana tomba épuisée sur les marches

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