LA MUIT DE SAINT-JEAN
vent courba la cime des arbres et fit crier les girouettes ; puis , après cette rafale , tout redevint calme et silencieux ; mais l'état de l'atmosphère , les nuages dispersés au fond du ciel sans étoiles annonçaient un ouragan.
La Moresse s'assit en face de la fenêtre, et attendit. Nul regret, nul remords ne s'éleva dans son âme; elle n'eut point peur de sa vengeance, ni de la mort affreuse qu'elle préparait à son amant , car elle avait résolu de mourir avec lui. Froide, immobile , les yeux attachés sur la fenêtre, elle suivait les progrès de l'incendie qu'elle venait d'allumer. B'abord une épaisse fumée reflua par bouffées au dehors, et une lueur parut dans le sombre cadre formé par la fenêtre ; un sourd pétillement se fit entendre, et presque aussitèt un tourbillon de flamme illumina la maison jusqu'au faite.
En moins d'un quart d'heure , l'incendie
118 FABIARA.
gagna les lourdes solives des plafonds , une fumée rougeâtre monta en immense eolonae au-dessus du toit ; puis, poussée par le vent, elle secoua de lai|;es étincelles à la cime des arbres. La Fabiana s'était levée; elle attendait que les flammes lui ouvrissent une brèche pour pénétrer dans la maison. £n ce moment, le terrible cri , Au feu! retentit au loin. La clodie de la Chartreuse et celle du couvent des Filles de la Croix sonnèrent à la fois ; on venait d'apercevoir Fincendie. L'alguazil-mayor , qui était le plus proche voisin de don Salvador de Manrique, se mit à la tète de ses gens et de la foule réunie en ce moment chez lui , pour apporter du secours.
Cependant Salvador et Flérida veillaient enfermés , sans se douter que la mort les environnait. La lampe d'argent suspendue au plafond jetait sur eux ses molles clartés ; de vagues parfums flottaient dans Fair, et