‹ FabianaChapitre 25 sur 68 · LE HASOCB DE CIRE · texte numérisé non relu

LE HASOCB DE CIRE

la malheureuse jeune femme qui , sans le savoir, était devenue sa rivale. Tandis qu'elle pleurait et sanglotait, la tête appuyée sur ses mains , le vent jetait sur elle de larges étincelles qu'elle secouait machinalement , sans paraitre ressentir leur brûlure , et bien qu'une fumée épaisse l'enveloppât par bouffées , elle ne songeait pas à changer de place. Alors un des curieux as^ semblés à l'écart lui cria :

— Que fais tu-là, corbeau? Par l'âme damnée de ton vieux maître , Santi-Belli, tu as donc fait pacte avec le diable, que tu n'as pas peur d'être Inrùlée !

— Elle a porté malheur au jeune gentilhomme, ^1 allant à son secours! dît un autre, n a brûlé comme un saint Laurent, tandis qu'elle passait à travers les flammes, sans plus de souci que le diable quand il passe à travers le fpii de Tenfer ! Hors d'ici ! va-l'en, sorcière!

La Fabiauâ se releva et s'éloigna lentement , sans répondre une parole ; ces ac* cusations et ces menaces ne l'avaient pa$ épouvantée ; nulle crainte personnelle ne pouvait plus la troubler, nul péril lui faire peur. Maïs les cris de ces hommes l'importunaient , elle se traîna jusqu'à sa maison , et toml^a sur le seuil, épuisée, mourante.

£n ce moment . la pensée d'une prompte mort s'offrit à elle comme un refuge , un dernier espoir. Le fleuve n'était pas éloigné ; au milieu du silence de la nuit , lorsque les vents furieux s'apaisaient , on entendait le bruit monotone du flot qui battait la grève ; le rivage était désert, l'eau profonde, et nul secours humain ne pouvait arriver à temps.

Fabiana se releva et descendit d'un pas rapide l'allée de peupliers qui séparait sa maisonnette du fleuve. L'aube commençait alors à poindre et ses blanches lueurs répandaient un doux crépuscule ; bientôt le pre-

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