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mler yéfigeius sonna .au couvent des Chartreux. La Moresse tressaillit et s'arrêta : ces sons venaient de réveiller dans son âme les croyances qu'elle avait apprises chez les sœurs de Sainte-Claire ; elle songea aux châtiments d'une autre vie , â l'enfer où elle allait volontairement se jeter pour l'éternité, et elle eut peur. Il lui sembla que quelque grande expiation pourrait racheter ses fautes; ce fut comme un rayon d'espoir au milieu de son immense douleur. Elle se mit à genoux et essaya de prier , mais elle ne put proférer aucune parole , un long cri de repentir et de souffrance s'élevait seul de son cœur.
Tout à coup un rayon de soleil illumina la terre ; la nature entière sembla s'éveiller et saluer ses clartés. Fabiana se releva subitement et murmura avec terreur: -- Le jour!... voici le jour! Si l'alguazil-mayor la ramène à son mari, elle est perdue !
La Moresse rentra -morne et désespérée dans cette humble maison où elle avait passé tant de jours heureux, et dont elle était sortie la veille , triste , mais le cœur encore plein de confiance et d'illusions. Rien n'y était changé : son lévrier vînt au-devant d'elle avec de joyeuses caresses, les oiseaux qu'elle avait apprivoisés s'abattaient à se$ pieds avec de petits cris ; tous ces hôtes , dont elle avait peuplé sa solitude, saluèrent son retour. Sans prendre garde à eux , elle s'assit dans la «aile tout embaumée du parfum des fleurs qu'elle avait cueillies pour * Flérida , et où la table, couverte de fruits et de friandises , était encore dressée.
— Oh ! si elle était venue ! murmura Fabiana avec un sombre regret.
Une pensée ardente et fixe s'empara d'elle alors ; elle voulait , fût-ce aux dépens de sa vie , sauver Flérida , mais elle n'en entrevoyait pas le moyen. Don Pedro d'Agarva
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n'était pas homme à renoncer à sa vengeance ; la jeune fenune , prisonnière anx mains de celui qu'elle avait dédaigné, convaincue de lui avoir préféré un autre amant, ne devait attendre aucune grâce, et la Moresse le comprenait bien. Que pouvait-elle contre cette force et cette autorité? ËHe aurait pu espérer de corrompre un geôlier , d'ouvrir la grille d'un cachot; mais la maison de l'alguazil-mayor de Séville était une prison plus sûre , bien que les portes n'en fussent pas fermées.
Tout à coup un moyen étrange, audacieux, s'offrit à l'esprit de Fabiana : elle alla droit à cette image, sa parfaite ressemblance qui, penchée sur son piédestal, sembait lui sourire, et elle en détacha le masque. C'était le chef-d'œuvre du vieux Santi-Belli ; il l'avait, par un procédé connu de lui seul, moulé en cire sur un léger taffetas. La Moresse le mit et se regarda
dans le miroir de Venise; rillasion était complète ; à la place de ses traits pâles et défigurés , Fabiana retrouva son charmant visage, elle se revit calme, souriante et belle comme naguère; c'était bien elle, c'était bien sa joue brune et veloutée, son front élevé, le double are de ses sourcils, et la ligne parfaite de son profil arabe.
— Jésus, mon Dieu ! murmura-t-elle ranimée par un soudain espoir : je la sauverai peut-être !
Neuf heures venaient de sonner au couvent des Chartreux, les valets seuls étaient levés chez Talgnazil-mayor ; leur maître, qui ne s*était couché qu'au point du jour, dormait micore ; tout était silencieux dans la maison, et nul ne se serait douté de l'étrange drame qui s'y passait. Dans une chambre du premier étage, au fond de la galerie, deux femmes veillaient près de Flérida, qui , les yeux fermés, les lèvres
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muettes et le corps immobile, était étendue sur un grand lit à baldaquin. De temps en temps elle soupirait et serrait ses mains sur sa poitrine avec une expressiMi de souffrance et de terreur. Pès qu'une vmx , le moindre bruit, se faisait entendre autour d'elle, on la voyait tressaillir et se rejeter en arrière avec un brusque mouvement, comme pour échapper aux regards de celles qui la gardaient. Ces fèmaies, voyant leurs soins inutiles, finirent par s*alier reposer dans la galerie, où du moins elles pouvaient parler à leur aise. L'une tira de sa poche un vieux jeu de cartes et dit avec un grand soupir : — Que Dieu reçoive en sa gloire ce pauvre don Salvador de Manrique! il est cause que nous avons été sur pied toute la nuit. Jouons à la manilla, cela nous réveillera. Vous» ne savez donc pas quelle est cette femme, ma chère Gatalina?
— Mon doux Jésus ! si je le savais, je
VOUS l'aurais déjà dit , répliqua Faulre duègne ; je ne la connais ni de près ni de loin. Certainement, elle n'a jamais montré son visage dans les rues de Séville.
— £t personne ici ne Ta reconnue?
— Si «e n'est sa seigneurie, dit Catalina d'une voix plus basse et en regardant autour d'elle ; allez, il y a là-dessous quelque mystère.
— Je l'ai pensé tout d'abord à l'air de sa seigneurie; mon doux Jésus! que va-t-il donc se passer?
— Nous le verrons bien.
£n ce moment la Moresse entra.
— Oh ! oh ! voici la Fabiana, dit Catalina en posant ses cartes ; elle est bien hardie de monter comme cela jusqulci ! . . .
— Paix , interrompit l'autre , laissez-la parler ; elle connaît cette femme ; elle voulait entrer cette nuit, et sa seigneurie lui a dit de revenir...