‹ FabianaChapitre 3 sur 68 · UN VIEUX MARI · texte numérisé non relu

UN VIEUX MARI

— Ah ! Seigneur mon Dieu ! s'écria Fiérida consternée, le vieux Moreno qui a fait un ostensoir pour notre église?

— Lui-même, répondit don Blas ; demain je viendrai savoir ta résolution et parler à M"*' Fabbesse, s'il y a lieu.

Flérida réfléchit sur cette proposition le reste de la journée, et le soir elle s'en alla dans l'allée la plus solitaire des jardins pour en faire part à une sœur converse qu'elle avait prise en grande affection. Cette jeune fille que, dans le couvent, on appelait la Moresse , était issue d'une de ces familles arabes qui, au temps de la conquête de Grenade par les rois catholiques, s'étaient réfugiées au fond des Alpujaras, et avaient continué de vivre dans leur religion. Mais la persécution les poursuivit dans ces âpres montagnes ; chaque année des missionnaires et des soldats allaient à la recherche de ces tribus errantes et misérables. Enfin , Phi-

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lippe III voulut achever Fœuvre de ses prédécesseurs en les bannissant de ses États. Les Mores disparurent du royaume d'Espagne :

les uns furent convertis par les armes ; les autres, dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, furent jetés sur la côte d'Afrique, sur ces mêmes plages d'où neuf siècles auparavant leurs ancêtres étaient partis pour conquérir la Péninsule.

On emmena hors du royaume de Grenade les nouveaux convertis, et on les dissémina dans les diverses provinces de l'Espagne. Il y avait parmi ces pauvres gens une femme merveilleusementbelle,nomméeHadja. C'est à Séville qu'elle fut conduite avec sa fille, une enfant, tout ce qui restait de sa nombreuse famille. Hadja mourut dans l'hospice où on l'avait enfermée avec quelques femmes de sa nation, et les religieuses de Sainte -Glaire recueillirent la petite Moresse. On l'instruisit dans la religion chré-

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