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tienne; Flérida fut sa marraine et lui donna en baptême le nom de Fabiana. Elles grandirent ensemble dans cette maison, d'où elles ne seraient jamais sorties si mîcer Bonifacio n'avait eu l'idée de se marier à soixante ans passés. La pauvre Flérida raconta à sa filleule la visite de son oncle et la demande de mîcer Bonifacio. D'abord, Fabiana en fut toute stupéfaite ; puis, quand elle envisagea la possibilité de franchir la grille, de marcher au grand air, un instinct d'indépendance s'éveilla violemment en elle; son cœur bondit de joie ; elle ne vit plus rien que cette porte ouverte , et au delà de l'espace, le monde, la vie joyeuse et libre.
— Oh ! ma marraine , vous épouserez micer Bonifacio! s'écria-t-elle. Qu'importe qu'il soit vieux et laid? Ne voyez-vous pas ici tous les jours des visages plus laids que le sien? Sa peau n'est pas plus tannée que celle de la mère Véronique ; notre saint con-
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fesseur, le père Gyrillo, a bien dix bonnes années de plus que lui. A la chapelle, au réfectoire, au dortoir, vous avez à côté de vous des figures jaunes, sèches, déchar* nées, et vous n'y faites seulement pas attention...
— Mais c'est bien différent , interrompit Flérida ; micer Bonifacio sera mon mari.
— Eh bien ! est-ce une raison pour que vous ne puissiez pas vous habituer à sa figure? répliqua naïvement Fabiana; et, d'ailleurs, pourquoi vous ferait-elle peur?
Parce que micer Bonifacio sera votre mari, vous ne le verrez certainement pas de plus près que le padre Cyrillo, devant lequel vous vous mettez à genoux dans le confessionnal.
— C'est vrai, répondit Flérida convaincue; oui, je l'épouserai; nous quitterons le couvent ; tu viendras avec moi dans sa maison, Fabiana, tu seras comme ma sœur.
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— Je serai à vous ; je vous servirai, ma marraine.
— Je te donnerai la moitié de mes habits, de mes joyaux; va, tu seras bien heureuse !
— Et vous aÉlssi, ma marraine ! s'écria Fabiana en lui baisant les mains.
Le lendemain, Flérida déclara au chantre qu'elle voulait bien épouser micer Bonifacio. n alla aussitôt trouver M""® Fabbesse, et deux heures plus tard, cette grande nouvelle circulait dans tout le couvent. Flérida vit son vieux fiancé trois ou quatre fois à travers la grille, en présence de plusieurs discrètes, et, quinze jours plus tard, 'elle sortit un matin de son couvent pour s'aller marier à l'église paroissiale de micer Bonifacio. La cérémonie se fit sans apparat, et n'eut d'autres témoins que le vieux chantre et Fabiana. En entrant dans la maison de son mari, Flérida se prit à pleurer; il lui sembla qu'elle n'avait
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fait que changer de clôture, en voyant ces grosses serrures, ces fenêtres grillées, dont pas une ne donnait sur la rue.
— Jésus-Maria! dit Fabiana consternée, est-ce que nous allons toujours demeurer