‹ FabianaChapitre 35 sur 68 · LA PAVVBE PAT8AN1IC · texte numérisé non relu

LA PAVVBE PAT8AN1IC

jeune fille a des pieds comme si elle n'eût jamais marché que sur des tapis de Sallandrouze !

— Et Dieu sait ! répliqua-t-elle en riant; ma plus belle jupe n*est pas si belle que ces tapis, et je n*ai garde de marcher dessus.

— Rendez-moi donc mon soulier, Madeline, dit M™* de La Javy avec humeur ; vous allez le salir.

— Vous devriez plutôt l'envoyer au château vous chercher une autre chaussure, et lui laisser celle-ci pour danser les dimanches, dit une de ces dames.

— Oui , cela serait d'un bel effet , des souliers verts et des bas bleus ! interrompit M™° de La Javy avec un rire contraint ; les gens du village se moqueraient d'elle!....

— Oh ! certainement , madame a bien raison, dit la paysanne avec une petite mine naïve, d'ailleurs ses souliers me seraient trop grands!

A ce mot je me mis à rire, sans songer que j'étais là incognito ; toutes ces dames jetèrent un cri; Madeline s'avança résolument, écarta les branches des lilas, et me découvrit dans ma cachette.

— Oh ! oh ! fit-elle en me poussant légèrement , c'est un beau monsieur !

Ces dames se reprirent à rire de plus belle;

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maïs M"**' de La Javy avait rougi jusqu'au blanc des yeux , et elle ne riait que du bout des lèvres.

— Vous étiez donc là à nous épier, monsieur?

me dit-elle avec une gaieté contrainte; puis, se tournant vers Madeline , elle ajouta sèchement : Que faites-vous là? Est-ce ici votre place? Allez-vous-en !

Nous sommes rentrés au château; je donnais le bras à M™" de La Javy. Pendant le reste de la journée, elle a été parfaitement aimable; par une sorte de convention tacite, il semblait que chacun évitait de reparler de ce qui s'était passé le matin. Le soir, en m'en allant, j'ai repris le chemin du parc, il faisait un beau clair de lune; on y voyait comme en plein jour. En passant devant les lilas, j'ai aperçu une femme assise sur le carré de gazon; c'était Madeline.

— Bonsoir, ma belle enfant, lui ai-je dit; seule ici , toute seule et si tard ! Vous m'avez tout l'air d'attendre quelque beau berger.

— Nenni , monsieur, m'a-t-elle répondu en se levant ; vous voyez bien que je garde la Noire, cette pauvre Noire, qui me suit comme un chien. Ici, la Noire !

Une vache qui passait près de là vint de notre c6té; la jeune fille allant au-devant d'elle,.

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loi nrit ses deax bras sur la tète comme ua joug ; puis elle Tamena ainsi deTant Hioi. Tu aurais fait un petit tableau de cela , Gustave. Figure-toi cette enfant appuyée au cou robuste de ranimai qu'elle caressait de ses deux petites mains, ce corps svelte et gracieux sous cet borrible jupon de laine, cette belle tète si riante, si fraîche, si jeune, et ces cheveux abondants qui s'éefaappaient de la petite coiffe d'indienne. J*ai dit bonsoir à Madeline , et je me sois éloigné. Cette nuit, j'ai mal dormi, et ce matin je t'écris tout ce qui m'a passé par ta tète depuis hier. Il faut avoir confiance en ta patiente amitié pour te conter tous ces petits détails de la vie intime, toutes ces divagations de tête et de cœur.

A présent, tu es averti, tu sais que bientôt tn seras de la noce, et probablement je ne t'écrirai plus que pour t'annoficer le jour heureux. Nous attendons M. de Savenay; une lettre datée de la Nouvelle - Orléans annonce son retour en France. J'habiterai les Charmilles jusqu'à l'époque de mon mariage , je ne retournerai à Paris que marié. Est-ce que tout ceci ne t'étonne pas, mon vieil ami de collège? Oui, nous sommes vieux, tout vieux ; nous ailotts avoir des cheveux blancs. Adieu, Gustave. »

Panl repartit pour Savenay après aroir ëcril cette longue lettre o«, comme tous ceux qui font des confidences, il avait rapporté fort exactement les faits sans en déduire les con* séquences véritables. En passant par Tavenue, il rencontra Louisot, l'un des valets de la ferme, qui courait après Madeltne ; la petite paysanne fuyait comme une biche. Tout à coup elle se retourna brusquement et dit avec un air de tète fier et résolu : a Louisot , je te défends de me suivre ! » et elle s*en alla tran* quilleoiettty tandis que le rustre interdit res' tait là en murmurant : DiaUesse ! va !

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