II. ARNAUD
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cèté d'elle : Georges, il faut que je vous parle; voyous, ne voulez-vous pas rester là un moment avec moi?
Il ne repondît que par un signe de tète affirmatif, et recula jusqu'à l'extrémité du banc.
— Mais, mon Dieu ! qu*avez-vous donc depuis tantôt deux mois? reprit Thérèse, d'une voix encore plus douce. Mon cher enfant, vous nous affligez tous. Pourquoi êtes -vous ainsi triste et préoccupé? Vous pouvez bien me le dire, à moi !
Il secoua vivement la tète et baissa la vue, comme s'il eût craint de rencontrer les regards de madame NeaL
— Comment! vous n'avez pas conGance en moi, mon cher Georges? continua-t-elle; vous savez pourtant combien je vous aime, combien tout ce qui vous touche me préoccupe. Si vous avez des chagrins, il faut me les dire, et nous aviserons ensemble aux moyens d'y remédier.
Voyons, mon ami, pourquoi pleuriez - vous tantôt?
— C'est que je souffre, répondit- il avec effort.
— Je le vois bien que vous souffrez, Georges; mais c'est la cause de cette souffrance qu'il faut me dire; si vous persistez à voua
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taire, je croirai que vous n*avez pour moi ni amitié, ni confiance, rien...
— Oh ! que vous me faites mal ! s*écria-t-il tout éperdu et en se cachant le visage, si vous saviez!...
— Allons, méchant enfant, parlez, dit-elle, inquiète.
— Eh bien ! reprit-il d*une voix brève, je suis malheureux, je me meurs de chagrin, de désespoir, parce que j'aime une femme...
~7- Ah! dit Thérèse, étourdie de cet aveu, mais ceci n*est pas un malheur sans espoir^ mon enfant; je ne vois pas pourquoi vous m'en avez fait un mystère. Et tout d'abord vous allez me dire qui vous aimez ?
— Oh! non! non! murmura-t-il.
— J'essaierai de le deviner, reprit Thérèse en souriant; il est venu beaucoup de jolies personnes au château cet été. D'abord mademoiselle d'Arblay; elle est charmante...
— Oui ; mais quand je l'invitais à danser, elle avait toujours quelqu 'engagement avec ce grand M. Alfred.
— Ah ! vous aviez remarqué cela, Georges?
Alors c'est peut-être mademoiselle Nathalie de Charlevaux;elle ne vous a pas refusé une seule contredanse, et c'est une fort belle personne.
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— Oni, elle est de mon Age, nous avons été, pour ainsi dire, élevés ensemble; je l'aime de toute mon âme, comme une bonne sœur : mais de l'amour! je n'en ai point pour elle... £st-ee que le cœur me bat quand je la vois? Est-ce que je serai jaloux de l'homme qui l'épousera? Oh! non! non! je suis content quand elle vient ici ; mais je n'éprouve pas cette émotion, ce frisson de crainte et de bonheur que me donne la présence d'une autre femme, la seule vue de son ombre... Celle-là est si belle, je T^ime tant, que je donnerais ma vie pour me prosterner une fois à ses genoux, pour lui dire tout ce que je ressens là d'adoration... Et si après, elle me regardait sans colère, si elle me plaignait, je mourrais content!... Oh! ne m'écoutez pas, ajouta-t-il en voyant les grands yeux mélancoliques de Thérèse se lever sur lui avec une expression de douloureuse pitié, je ne sais ce que je dis, je suis un fou !
— Oui, mon pauvre Georges, vous êtes fou, dit*elle tristement ; mais j'espère que cela passera. Je commence à comprendre vos réticences. Vous n'osez avouer le nom de celle qui vous a inspiré cette passion insensée, parce que, malgré votre folie, vous en rougiriez peutêtre... Oh! Georges, serait-il possible!
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. ^— Je ne voas comprends pas, dit-il, étonné.
— Georges, j*ai remarqué quelque chose, moi aussi ; yous sortez tous les jours pour chasser, et vous ne tirez pas un seul coup de fusil. Au lieu de chercher le gibier dans les bois, vous entrez chez Antoine, le gardechasse, et TOUS passez des heures entières avec sa fille Suzanne...
— Et VOUS pourriez croire!.... Oh! non, non ! interrompit violemment Georges ; je vais la voir, parce qu*eile a été votre femme de chambre pendant un mois, et qu^elle me parle de vous !
— De moi ! s'écria Thérèse avec un grand étonnement, et frappée d'un cruel soupçon.
Georges vit qu'elle ie devinait, et il reprit d'une voix brisée : Eh bien ! oui, c'est vous, vous que j'aime I.... Ayez pitié de moi, mon Dieu I vous m'avez forcé à vous le dire !
Thérèse avait changé de couleur et se taisait, atterrée. Georges s'était levé et restait tremblant devant elle. 11 y eut un silence; puis madame Neal dit d'une voix douce et grave :
— Asseyez-vous là près de moi, Georges, et laissez-moi vous parler. Ce que vous venez de me dire est une si étrange folie, qu'il m est presque impossible d'y croire ! Mais ne savez-