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vrée et sans mouvement qui ne te vaut rien.
— Je le sens , mon père, répondit-il ; aussi ai-je pris une résolution...
— Tu ne nous en avais pas parlé, dit le marquis avec quelque étonnement ; voyons, quels sont tes projets, mon fils ?
— De travailler, de faire comme tant de gens qui sont venus pauvres au monde, et se sont créé, par leur talent, une position, une fortune. Mon père, ce ne m'est pas possible ici ; mais je m'en irai à Paris , j'y ferai mon droit, cela mène à tout. Plus tard, je pourrai entrer au barreau, dans la magistrature, avoir une place ou un état honorable. Je rendrai l'aisance et le bonheur à votre vieillesse, mes succès vous feront oublier vos malheurs ! N'est^ ce pas, mon père, que vous voulez que je parte; que vous vous résignerez comme moi à la douleur d'une séparation qui ne sera que momentanée?
— Mon cher fils, cette douleur sera la seule que tu m'aies jamais donnée ! s'écria le marquis, en serrant contre sa poitrine la belle tète brune de Georges.
. Quand ce premier mouvement de peine et d'attendrissement fut un peu calmé, le marquis reprit : J'ai encore quelques vieilles con-
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naissances à Paris ; elles t'accueilleronl bien, mon fils.
— Mon père, répondit Georges , si vous le permettez, je ne les verrai pas. Peut-étre ai-je tort\ mais je sens qu*il me serait fort pénible de me retrouver avec les gens qui nous ont connus quand nous étions dans une autre position de fortune. Je veux vivre à Paris comme un pauvre étudiant qui a besoin d'économiser sa pension et de travailler; pour cela , il ne faut pas aller du tout dans le monde.
— Vous avez raison, Georges, dit alors madame Neal ; vous devez être tout à votre travail ; mais il ne faudra pas pour cela vivre de privations ; nous serons encore fort à Taise ici en partageant avec vous, mon ami ; vous aurez deux mille franès...
— Cest trop! interrompit Georges; il ne resterait pas assez !
— Mon Dieu si ! Du reste, nous en ferons juge M. Thevenet, qui sait mieux que nous-mêmes nos ressources. Georges, il faudrait cependant ne pas vivre entièrement seul à Paris. Si vous le vouliez, vous pourriez y voir une personne qui ne vous a pas connu pendant votre fortune. . .
— Madame la comtesse d*Aire ? dit Georges avec, un geste de refus.
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« — Oui , mon cher enfant ; elle était la parente de sir Harry Neal ; je Tai beaucoup vue en Angleterre; il y a longtemps de cela ; mais elle ne m'a pas oubliée, et nous n*ayons jamais cessé de nous écrire de loin en loin. G*est une femme grave, d'un abord un peu Ger, mais au f^nd bonne et charmante. Un cruel accident Fa rendue inGrme; elle ne peut marcher et ne sort jamais. Vous irez la voir, Georges.
— Oui, dit-il, oui, puisque vous le voulez, quand je serai sûr de la trouver seule.
— Elle est veuve et sans enfants, reprit madame Neal; mais son père a laissé une fille de «on second mariage, et madame d'Aire Ta fait .élever sous ses yeux. Il y a une grande différence d'âge entre les deux sœurs; Hélène n'a pas dix-huit ans. Je l'ai vue enfant; elle était blonde, mignonne, vive et mutine; elle doit être à présent une charmante jeune fille.
— Si j'allais en devenir amoureux ! dit Georges en souriant.
— Hélas ! vous auriez tort , mon cher enfant , dit Thérèse avec un soupir; mais cela n'arrivera pas.
— Non, certainement ! répondit-il avec conviction.
Le départ de Georges fut fixé à dix jours de
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là. M. Thevenet approuva fort cette résolution; il entrevit pour la famille de son client un nouvel avenir plein de prospérité; il ne rêva pas moins que de voir Georges notaire à Paris ; il pouvait par lui-même et par son crédit lui fournir les moyens d'acheter une charge; une charge de notaire à Paris ! c'était le plus haut degré de fortune et de considération que M. Thevenet pût concevoir pour un homme qui avait besoin de se faire un état. Georges était plein de courage; cependant au moment de se séparer de tout ce qui lui était cher au monde, il était saisi d'une secrète douleur, il redoutait l'isolement ou il allait vivre, il regrettait ce modeste intérieur, ces habitudes de douce intimité, ce bonheur de la famille que de si terribles revers n'avaient pas pu briser.
La veille du départ de Georges, M. Thevenet vint de bonne heure chez le marquis.
— Il court de nouveaux bruits dans la ville sur le compte de Gaston de Beam, dit-il à madame Neal; on assure que sa sœur, mademoiselle Alice, s'est retirée dans un couvent après avoir fait une donation entre-vifs à son frère : je n'aurais pas passé cet acte-là, moi, Joseph Thevenet ! Sans doute, il y a là-dessous quelque fraude, quelque violence. On dît encore que la
terre de Roqueville est déjà hypothéquée pour les trois quarts de sa valeur. Voilà de quoi faire travailler les gens d'affaires! M. de Bearo, comme oo l'appelle à présent, assure qu'il fera bientôt un mariage qui le tirera de tous ses embarras.
— Mais 011 passe donc ce grand revenu , tout cet argent emprunté, toute cette fortune si audacieusement volée? demanda madame Neal.
— Oh ! répondit M. Thevenet, elle s'écoule dans trois abîmes sans fond, le jeu, la débauche et les procès.
Le même jour, madame Neal sortit avec Georges pour faire une courte promenades Tristes et préoccupés tous deux, ils prirent machinalement le chemin d'Albeville. En arrivant au bouquet de bois qui domine la c6te, ils s'assirent l'un à côté de l'autre au bord de la route. Le temps était doux, les bois encore dépouillés commençaient à verdir, les arbres fruitiers étaient déjà en fleurs et répandaient dans l'air une senteur amère ; tout était calme et riant dans ces campagnes, sur lesquelles venaient de passer les douces haleines du mois d'avril. Georges parcourut du regard la longue avenue, le château , les jardins, et murmura avec un profond soupir : Adieu !...
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— Hélas! pourquoi dommes-nous revenus ici I dit Thérèse en baissant son visage couvert de larmes.
Lara avait descendu la côte en courant, et, arrêté devant la grille, il aboyait en tournant la tète vers son maître, comme pour l'avertir qu'il reconnaissait leur demeure, qu'ils étaient là chez eux. En ce moment, un tilbury sortit au grand trot de l'avenue : c'était M. de Bearn qui le conduisait. Le cheval, effrayé par les aboiements de Lara, fît un écart ; alors Gaston de Bearn se dressa en proférant une effroyable malédiction, et sangla au pauvre chien un coup de fouet qui lui déchira les ffanc». A ce geste, au cri plaintifqne poussa Lara^ Georges se leva pâle, hors de lui.
— Mon cher enfant, arrêtez ! ne dites rien à cet homme! s'écria Thérèse épouvantée; vous ne pouvez pas lui faire l'honneur de vous battre avec lui!...
M. de Bearn passa devant eux au grand trot sans les regarder.
— Oui, murmura Georges en serrant de sa main son front pÂle, il est temps que je parte ! . . . il arriverait quelque malheur !...
Le marquis ne sut rien de cette rencontre, et, le soir, lorsqu'il s'aperçut que Lara, soaf«