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Dade à pied dans le parc; je donnais le bras à madame Dubourjas , une vieille femme spirituelle, quelque peu frondeuse, et qui s*est établie dans tous les privilèges de ses soixante ans. Elle m*a pris en amitié , et m'appelle en riant son cher fils. Tandis que nous marchions tout doucement le long des allées , et qu'Hélène, suivie de Lara qui bondissait autour d*elle, courait légèrement à travers les arbres, madame Dubourjas la suivit du regard , et dit avec un soupir :
— Enfant ! comme elle est heureuse !
— Est-ce qu'il vous semble, madame, qu'elle ne doit pas l'être toujours ! m'écriai- je, frappé de l'expression avec laquelle madame Dubourjas avait dit ces paroles.
— Non , me répondit - elle ; madame d'Aire, qui est si parfaitement sage et raisonnable en toutes choses , se trompe dans Tune des plus importantes questions de la vie ; elle veut que sa sœur choisisse elle-même l'homme qu'elle épousera. Eh bien! je suis sûre qu'Hélène fera un mauvais choix.
— Mais pour quels motifs pressentez -vous cela, madame? lui demandai-je.
— Parce qu'Hélène a une tête vive, un cœur tendre et un caractère imprudent , me
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rcpondit-elle. Dieu fiasse que je me trompe!
Certainemenl elle se trompe ; Hélène est d*uDe vivacité si enjouée, d'une si douce gaieté! Je suis sûr qu'aucun homme n'a fait palpiter encore ce cœur Oer, ingénu, plus capable peutêtre de sentiments paisibles et doux , que de passions profondes. Non, non, elle n'aime, elle n'a jamais aimé personne ; cela se voit dans son sourire, dans la sérénité divine de son regard!
Vous allez dire que j'aime cette jeune fille , n'est-ce pas , Thérèse? Non , non , je vous le jure ! Son aspect ne me fait pas tressaillir; son absence ne me laisse pas plongé dans un douloureux ennui. Loin d'elle, je m'occupe, je pense à vous, à mon père, hélas ! Et quand je la revois, mon cœur reste tranquille, je n'éprouve rien qu'une intime et douce satisfaction.
Hier, madame d'Aire m'a annoncé qu'elle attendait de nouvelles visites ; notre cercle va devenir plus nombreux et peut-être moins intime. Cette idée m'a un moment attristé ; j'ai ressenti une frayeur égoïste en songeant à ces nouveaux venus , qui vont rompre peut-être ces habitudes de douce familiarité, si promptement formées. Mais j'avais tort; madame
d*Aire est si bonne , sî affectueuse pour moi ! Et sa sœur ! Oh ! elle a aussi pour moi de l'amitié, j*en suis sur !
Lara est heureux ici, il y a fait connaissance avec tout le monde; si vous saviez comme Hélène le caresse! Mon pauvre Lara!
Adieu, Thérèse, je suis encore aux Charmilles pour un mois; madame d'Aire en a exigé la promesse hier soir; avec quelle joie je la lui ai faite ! Je suis si bien ici ! je ne veux pas songer à l'avenir : n'est-ce pas, Thérèse, qu'il est sage de vivre ainsi au jour le jour, de suivre son chemin au soleil sans regarder les nuages qui barrent Thorizon? »
— Voilà qui est fini, mon pauvre Lara, dit Georges en cachetant sa lettre; il est de bonne heure, nous avons encore le temps de faire un tour de promenade avant le déjeuner.
Ils descendirent ensemble dans une partie du parc ombragée par des taillis qui formaient un profond labyrinthe coupé par des bouquets de pins. Tout à coup Lara bondit, courut en avant, et revint vers son maître en aboyant.
— Qu'est-ce ? dit Georges étonné.
Au même instant il aperçut Hélène arrêtée au milieu du sentier, une lettre à la main, le visage pâle et couvert de larmes.
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— C'est VOUS, mademoiselle ! s*écria Georges, et vous pleurez !
— Ce n*est rien, dit-elle en essayant de sourire ; mon Dieu ! qui n'a pas ses peines? J ai les miennes, M. Georges; mais elles passeront...
Puis, posant sa main sur le bras du jeune homme, qui la regardait avec un douloureux itonnement, elle ajouta :
— Il faut que tout le monde les ignore; vous ne direz pas que vous m'avez vue pleurer, M. Georges; vous ne le direz ni à ma sœur, ni à personne au monde ! . . .
vu COEVR DE JEURE FILLE.
Georges rentra au château, triste et Fesprît préoccupé. Ce qu'il venait de voir bouleversait toutes ses idées sur Hélène. Pourquoi pleuraitelle? De qui était cette lettre qu'elle était allée lire loin de tous les regards? que cachait-elle donc à sa sœur, à tout le monde? Etait-ce un amant qui avait osé lui écrire? Mais n'étaitelle pas libre de faire un choix, de Tavouer hautement? Et alors pourquoi ce mystère, ces larmes? L'imagination de Georges s'épuisait
en suppositions et en conjectures. Il ne pouvait chasser cette pensée, cette image, et il aurait donné tout au monde pour avoir quelque droit à la confiance d'Hélène , pour pouvoir lui demander quelle peine cachée troublait sa vie en apparence si tranquille, si heureuse. Il ne revit mademoiselle d'Entrevaux qu*au dîner; elle était redevenue calme et contente; et si elle avait quelque chagrin au fond du cœur, personne ne put le soupçonner.
Il faisait mauvais temps le soir; un vent d'orage amoncelait de sombres nuées, le tonnerre grondait dans Féloignement, et les hirondelles rasaient la terre de leurs grande»
ailes noires.
— Quel temps! dit madame d'Aire en faisant fermer les fenêtres ; j'attendais du monde ce soir; mais les pauvres voyageurs feront bien de s'arrêter en route.
— Vous attendiez la famille de Rambert, dit la vieille madame Dubourjas ; ils sont gens à arriver par eau aussi bien que par terre.
— J'attendais aussi madame de Malvalat et son fils, reprit la comtesse en observant la physionomie de sa sœur.
A ce nom, Hélène baissa la tète sur le métier h tapisserie devant lequel elle venait de
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s'asseoir, et se mit à travailler avec applica* tion ; mais sous les longues boucles de sa chevelure on pouvait apercevoir la rougeur brûlante de ses joues et l'émotion de son regard. Ce trouble n'échappa point à madame d'Aire et confirma des soupçons qu'elle avait déjà conçus. Elle en ressentit une grande joie.
— Je n'espérais pas si t6t la visite de madame de Malvalat, reprit-elle en s'adressant à madame Dubourjas ; elle devait d'abord aller à Plombières ; ce n'est que ce matin que j'ai en sa lettre.
— Son fils l'aura détournée d'aller aux eaux, répondit madame Dubourjas avec un sourire; tout le monde en sera bien aise ici.
— Certainement ! dit la comtesse avec vivacité.
Georges comprit vaguement qu'il s'agissait de quelque projet de mariage, et tout à coup il devint triste.
— Est-ce que c'est pour cela qu'elle pleurait ce matin ? pensa-t-îl ; et cette idée le consola un peu.
Un quart d'heure après, on entendit venir une voiture dans l'avenue; Hélène distingua la première le bruit des roues qui glissaient sur le sable humide comme sur un tapis, et elle se
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relira brusquement dans Tombre d'une fenêtre. Au boutd*nn moment on annonça madame la baronne de Malvalat et son fils, M. Albert de Malvalat. La comtesse les reçut avec une politesse empressée plutôt qu^affectueuse ; le pauvre Georges en fit la remarque avec une sorte de joie; il sentit que Taccueil qu'on lui avait fait à lui était plus atnical et plus intime.
La baronne de Malvalat était une grande femme sèche, tout d*une pièce, et qui, comme madame Dubourjas, avait franchement arboré ses soixante ans. En renonçant à toute prétention pour elle-même, en s'éffaçantpour ainsi dire du monde, elle s^était mise à Tombre de son fils, comme pour se continuer en lui. Jamais femme ne mit tant d'ostentation dans son amour maternel, et ne tira si grand parti de sa position de mère de famille. Depuis qu'elle était arrivée à Tàge de cinquante ans, elle avait renoncé à faire valoir son esprit, ses talents et les ruines de sa beauté ; elle ne s'était plus préoccupée que de son fils, et elle s'était posée dans le monde comme le modèle des bonnes mères. Ceux qui la connaissaient bien savaient à quoi s'en tenir sur ces exagérations; mais, en général, on la citait comme un exem-
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pie fort touchant de dévouement et de tendresse maternelle. En effet, elle ne faisait plus aucuns frais pour son propre compte; elle s'occupait sans relâche des intérêts, des succès de son ûls ; mais elle ne s*en serait peut-être pas tant souciée si elle avait su comment employer autrement son temps et son activité.
Souvent Albert de Malvalat avait trouvé que ces soins, ces démonstrations excessives, tournaient à la persécution, et il aurait autant aimé que sa mère ne s'occupât point exclusivement de lui. Depuis longtemps l'idée fixe de la baronne était le mariage de son fils ; et Dieu sait toute la peine qu'elle s'était déjà donnée lorsqu'elle vint aux Charmilles avec l'arrière-pensée de lui faire épouser mademoiselle d'Entrevaux!
Albert de Malvalat était un jeune homme régulièrement beau, fin et spirituel, d'une nature froide et d'une tenue parfaite. Il passait pour savoir tirer très-habilement parti de ses avantages , et pour avoir eu de grands succès près des femmes.
Hélène quitta la fenêtre où elle s'était réfugiée et vint recevoir madame de Malvalat : elle avait un air timide, presque embarrassé, et elle rougit beaucoup lorsque Albert lui adressa
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la parole; mais bientôt cette première impression se dissipa, elle se remit de son trouble et redevint vive, gaie, radieuse.
Georges était allé s*asseoir derrière le fauteuil de madame Dubourjas.
— Eh bien ! lui dit-elle tout bas en souriant, avez-vous vu ? Devinez-vous?
— Non, madame, en vérité, rien du tout, répondit-il d'une voix altérée.
— Mon Dieu! tout le monde déjà se doute de cela ici : M. de Malvalat est un prétendant : il a, je crois, de belles chances; ce serait un mariage convenable.
Georges hocha la tète en signe d'assentiment et tâcha de sourire.
— Ce temps à Forage m*agace les nerfs, continua la vieille dame, on étouffe ici I mon cher fils, voulez-vous me donner le bras pour faire un tour dans la galerie?
Quand ils se furent éloignés, madame Dubourjas se retourna et regarda dans le salon à travers la porte à deux battants qui était restée ouverte.
— M. de Malvalat me plait assez, reprit-elle, c'est un galant homme, fort bien posé dans le monde; Hélène aurait pu choisir plus mal.
— Vous croyez qu'elle l'aime? dit Georges,
en examinant M. de Malvalat avec une pénible curiosité.
— Je n'en sais rien. Il avait été question de ce mariage, au commencement de Fhiver; M. de Malvalat voyageait alors ; ce fut sa mère qui y songea pour lui. Elle avait connu autrefois la famille d^Aire, et elle vint voir la comtesse pour commencer Taffaire; c'est une femme qui prend toujours les choses de loin. Il me parut d'abord que toutes ses peines n^aboutiraient à rien. Dans ce temps-là, j'avais peur qu'Hélène voulût faire un autre mariage.
— Un autre mariage, qui s*est rompu ? demanda Georges.
— Non, non, les choses n'étaient pas si avancées. Il s'agissait tout simplement d'un commencement d'inclination. Gela n'a pas eu de suites.
— Ah ! dit Georges avec une espèce de sourire, c'était un premier amour.
— Une folie, un caprice de jeune fille. C'est rhiver dernier que mademoiselle d'Entrevaux a paru pour la première fois dans le monde, au bal, chez madame d'Allurville ; il se trouva là un homme d'une très-belle figure, d'assez gauches manières, et sentant fort sa province, qui s'éprit subitement d'Hélène. G'était le pre-
mier homme qui osait parler d'amour à celte enfant, et il parut lui plaire. Ljei comtesse, avec son système de libre choix , de mariage d'inclination, n'essaya point de rompre cela. Elle laissa aller les choses ; M. de Bearn fut présenté chez elle.
— M. de Bearn ! s'écria Georges, cet homme s'appelait M. de Bearn?
— Oui, est-ce que vous le connaissez?
— Fort peu , madame, répondit froidement Georges.
— On dit qu'il est immensément riche, reprit madame Dubourjas; son nom est assez beau ; pourtant il a l'air d'un parvenu. Il vint donc chez la comtesse; il n'était question encore d'aucune proposition de mariage; mais je m'y attendais. Sur ces entrefaites , on partit pour la campagne , et , quelques jours après son arrivée aux Charmilles, madame d'Aire nous donna une fête magnifique. M. de Bearn y fut invité, il a passé trois ou quatre jours ici. Madame de Malvalat y était aussi avec son fils. Je ne saurais vous dire, ni m'expliquer à moi-même ce qui est arrivé alors. Le fait est qu'Hélène s'aperçut subitement que M. de Bearn avait des manières assez vulgaires , un ^fgpjÊll^'^"^* , un caractère violent, et qu'il était
honibloiienljoiicor. Gslte déeooTerte Teoail à temiM. I>e son cAté, M. de Malvalat fat fort empressé ; la coiii|»anûson loi était faTorable; qne yoiis diraî-je? Qaaod il repartit, le même jour que M. de Beam , les rèles étaient entièrement changés ; aussi, lui seol est rerenn.
— Et madame d'Aire n*ayait encore pris aucun renseignement sur les antécédents et la famille de ce M. de Beam? demanda Georges.
— Non. Elle attendait une première propcK
sition, et comme elle n'a pas eu lieu An
fait, cet homme semhiait tomher des nues; mais comme il avait un très-grand train, on lui accordait sans examen cette espèce de considération qui accompagne les gens riches.
En ce moment la comtesse appela Geoi^pes , et faisant approcher aussi M. de Malvalat, elle les présenta l'un à l'antre.
— Messieurs, leur dit-elle, mon garde-chasse assure qu'après les pluies d'orage, on trouve du gibier dans les taillis; vous pourrez chasser ensemble demain.
— Avec grand plaisir, dit M. de Malvalat; j'ai amené mon Stop , un chien de race anglaise ; il n'a pas son pareil en France.
— Monsieur, vous n'avez pas vu le chien de M. (le Roqueville, le beau Lara, dit Hélène
en souriant; c*e8t le frère jumeau de votre Stop.
Georges fut touehé de cette simple remarque, comme d'une grande faveur; il se trouva presque heureux, en voyant que mademoiselle d*£ntrevaux prenait la peine de faire valoir quelque chose qui lui appartenait.
Le soir cependant il était bien triste en rentrant dans sa chambre. Le temps s'était rasséréné, un vent léger avait balayé les nuages, et tout présageait pour le lendemain une magnifique journée. Georges visita avec soin le léger fusil dont il venait de démonter les deux batteries, et arrangea tout son attirail de chasse. Lara suivait tous ses mouvements d'un œil intelligent; il comprenait bien tous ces préparatifs. Déjà, au lieu de se coucher, comme à Tordinaire, devant le lit de son maître, il était allé des guêtres étendues devant la fenêtre aux souliers de chasse qu'il avait flairés; puis, heureux et impatient déjà de partir, il était revenu vers Georges en bondissant.
— Oui, mon bon Lara, nous allons chasser encore ensemble , comme à Roqueville , dit Georges, avec un long soupir.
Le chien s'élança vers la porte.
— Pas encore, Lara; demain ! s*ccria Georges
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en souriant; il faut attendre le jour, mon pauvre chien ; nous partirons à Fauhe ; tu vas te croire encore à Roqueville.
Il s'assit, appuya sa tète sur ses mains, et répéta d'une voix plus basse : Roqueville ! Jamais il ne prononçait ce mot sans qu'un souvenir vif et soudain , un regret douloureux , fissent tressaillir son cœur. Les préparatifs qu'il venait de faire lui avaient rappelé les chasses d'autrefois, les coups heureux, les retours triomphants , les récits du soir après ces rudes journées , dont on oubliait, autour de la table , la fatigue et les saisissantes émotions; mais c'en était fait, il avait quitté pour toujours Roqueville, les beaux taillis, les bois bien connus , les vastes champs de luzerne , dernier espoir, dernière ressource d'une journée de chasse malheureuse , et d'autres maîtres, foulaient insolemment le domaine de sa famille. Il songea à Gaston de Bearn, à ce que lui avait raconté madame Dubourjas.
— Ah ! dit-il avec une sombre, indignation, ce mariage ne se serait pas fait ! Hélène aurait appris à temps ce que c'est qu'un Roqueville- Bearn ! Puis sa pensée revint sur ce qui s'était passé dans la soirée, sur M. de Malvalat, ce beau jeune homme si élégant, si fier, qu'Hélène
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préférait, qu'elle allait épouser sans doute.
— Mon Dieu ! murmura-t-ii avec un inexprimable serrement de cœur, il est digne d'elle, rien ne s*oppose à leur union, à leur bonheur. .• Ce mariage se fera bientôt peut-être; mais je n*en serai pas témoin !
Le lendemain Georges et M. de Malvalat chassèrent ensemble jusqu'au soir; la journée fut des plus malheureuses; ils ne rapportèrent qu'une vieille perdrix, que Lara avait fait lever au retour, presque sous les murs du château.
— J'étais bien inquiète, mon Albert, dit madame de Malvalat, en allant au-devant de son fils; il arrive tant de malheurs à la chasse! Pourquoi revenir si tard? Tout le monde était en peine de vous ici.
— Tout le monde? Je ne le crois pas, ma mère, répondit-il, presque avec humeur; vous exagérez fort l'intérêt qu'on veut bien prendre à moi. N'est-ce pas, monsieur de Roqueville, que notre absence ne doit avoir causé un grand souci à personne?
— Vous ne savez pas tirer parti de votre position, dit madame de Malvalat, en suivant Albert dans sa chambre. Hélène a été triste et préoccupée tout le jour; je suis sûre que vous allez la retrouver au salon, animée, coritenle;
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c*e8t votre présence qui produit cet effet-là.
— Vous croyez donc que je réussis, ma mère? dit M. de Malvalat avec satisfaction.
« — Oui, mon fils, vous épouserez mademoiselle d*Entrevaux; tout ceci ne peut pas avoir d'autre fin.
— Elle est charmante ! dit Albert , comme en se parlant à lui-même, c'est le plus grand parti que je puisse raisonnablement espérer ; et puis, il me semble que je Taime...
Il descendit au salon sous cette impression; elle le rendit plus empressé, plus aimable peutêtre. Hélène recevait ses soins avec une grâce encourageante; personne ne douta plus qu'elle le préférait. Pendant toute cette soirée, Georges souffrait les lentes tortures d'une douleur vague , d'un abattement mortel , d*une irritation sourde et poignante, dont il n*osait presque s'avouer à lui-même le motif; il était jaloux, jaloux sans droit, sans raison , sans excuse. Cette journée passée à la chasse , seul avec M. de Malvalat, le lui avait fait connaître jusqu'à un certain point ; il était forcé de s'avouer que c'était un homme distingué sous plusieurs rapports, et qu'il était fort digne d'être aimé.
Madame d*Aire, qui s'aperçut de la préoccu-
pation qu'il ne pouvait dissimuler malgré ses efforts, l'appela et lui dit doucement :
— Qu'avezvous donc, M. le comte? C'était ainsi qu'elle lui parlait depuis la veille , sans doute pour le mettre de niveau avec M. de Malvalat qui n'avait que le titre de baron. Le souvenir de votre chasse vous humilie.
— Un peu, madame, répondit-il en essayant de sourire ; mais je prendrai ma revanche un autre jour.
Personne ne devina la situation de son cœur, il eut du moins la force de dissimuler ses souffrances; mais le soir, quand il se retrouva seul et qu'il regarda au fond de son cœur, il fut épouvanté de ce qu'il y trouva de désespoir et de passion.
— Elle l'aime, se dit-il avec une sombre jalousie ! elle l'aime , elle sera à lui ! Oh ! pourquoi suis-je venu ici, pauvre insensé !... Pourquoi l'ai-je vue ! . . pourquoi me suis-je si vite habitué à cette douce intimité, à celte vie de famille au milieu de laquelle un autre devait si tôt venir prendre la meilleure place , sa place auprès d'Hélène ! car elle l'aime , mon Dieu ! elle l'aime !
Puis il songea encore à cette rencontre de la veille dans l'endroit le plus relire du parc , à
«ASTOI DE BBARI.
— A quoi révez-vous donc, mon cher fils ?
dit madame Dubourjas en glissant sa main sèche sous le bras de Georges, qui se promenait seul dans une allée solitaire du parc. Il tressaillit, et répondit d'une voix altérée :
— Je pensais à des êtres qui me sont bien cfaers, et dont je suis séparé ; je pensais aii bonheur de les reyoir un jour; je pensais à