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leur affection, la seule qui console ma triste vie...
— Allons ! allons ! ne nous attendrissons pas, interrompit la vieille femme en lui serrant la main : vous avez des peines? On a toujours des peines quand on est jeune : heureusement on a aussi la force de les supporter et les moyens de s*en distraire. II faut vous distraire, mon cher (ils ; vous travaillez trop, d^abord.
— Je n*ai rien fait depuis quatre ou cinq jours.
— Alors, à quoi passez -vous votre temps quand vous vous enfermez dans votre chambre depuis le déjeuner jusqu'à Theure du dîner?
— Vraiment , je ne saurais le dire , répondit-il tristement ; j'ai toujours la volonté de faire quelque chose; mais mon esprit paresseux et lent ne peut s'arrêter à rien. Enfin cela passera ! Puis il ajouta d'une voix plus tranquille : Eh bien, où en sont les projets de mariage ?
— Je vais vous le dire en confidence, répondit madame Dubourjas : Hier, la comtesse a parlé à sa sœur. Ma chère enfant, lui a-t*elle dit, M. de Malvalat va, je pense, me demander ta main ; il faut me dire ce que je dois lui répondre. Alors Hélène s'est jetée dans ses
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bras toute en larmes. Je sais que M . de Mal va* lat in*aime, et je crois que je Faiine aussi, lui a-t-elle répondu...
— Ah ! elle a dit cela ! murmura Georges avec une espèce de frisson.
— Oui, reprit madame Dubourjas; mais elle a tout de suite ajouté : Je ne puis cepen<^ dant m*engager encore; je voudrais attendre...
— M. de Malvalat se contentera d^une promesse, a dit alors la comtesse ; nous pouvons la lui faire, puisque tu es décidée en sa faveur.
— Eh bien ! dans quelques jours, il Taura, je la lui ferai, a répondu Hélène; là-dessus elle s'est retirée.
La comtesse a fait part aussitôt de cette réponse à madame de Malvalat, qui en a pleuré de joie ; tout le monde est content, radieux ; et je suis sûre qu'avant la fin de Tété nous verrons de belles noces !
— Je ne pourrai pas y assister, dit froidement Georges; à cette époque, je serai en Normandie, près de mon père.
— C'est dommage ! s'écria madame Dubourjas ; et comme elle s'aperçut que'Georges retombait dans sa tristesse, elle ajouta : Allons, rentrons au chÀteau , beau ténébreux ! Ces dames sont au salon , et tiennent tète tour à
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tour au chevalier, qui en est à sa onzième partie de piquet, depuis ce matin ; c*est diver* tissant ! vous vous égalerez un peu.
Georges se laissa emmener ; tout le monde était réuni au salon , près de la table de jeu. Hélène travaillait assise un peu à l'écart devant son métier de tapisserie; M. de Malvalat, debout à son c^té, faisait avec elle une conversation dont il n*eàt pas été facile de suivre le fil, tant elle était voilée d'allusions, coupée d'exclamations et de soupirs ; c'était de la passion spirituelle et raffinée.
Georges s'assit derrière le chevalier, et eut l'air de prendre le plus grand intérêt à son jeu; cela lui donnait du moins une contenance.
On n'attendait personne ce jour-là; mais tout à coup le battant de la porte s'ouvrit, et un valet annonça à haute voix : M. de Bearn !
A ce nom, il y eut un moment de silence.
M. de Bearn s'avança, l'air aisé, la tête haute, et vînt saluer la comtesse, qui le reçut avec une politesse assez froide et pleine d'étonnement. Georges avait tressailli intérieurement; une soudaine pâleur s'était répandue sur ses traits ; mais il ne fit aucun mouvement. Une minute après, il leva la vue sur Hélène ; elle
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était accoudée sur son métier, froide et pâle aussi comme une statue de marbre. M. de Bearn la regarda d*abord : puis , d'un coup d*œil il parcourut ]*assemblée, et ses yeux rencoDtrèrent ceux de Georges. Alors il rougit légèrement; mais ce premier mouvement de trouble , et peut être de crainte , ne dura qu'une minute.
— Madame, dit-il à la comtesse, je suis de* puis quelques jours à Fontainebleau, et je n*ai pas Toulu repartir sans vous faire ma visite. Le temps est magnifique pour la chasse ; j*aî chassé hier dans la forêt et abattu beaucoup de gibier.
— Ces messieurs ont chassé aussi, dit ma< dame d*Âire; mais leur journée n*a pas été heureuse.
— Ah! dit M. de Bearn en regardant le baron de Malvalat, c*est qu'il ne suffit pas d'avoir un fusil sur l'épaule et un chien de^ vant soi pour être chasseur; il y a des gens qui s'en vantent et qui, dans toute une saison, ne tueraient pas de quoi faire une brochette.
— Sans doute, monsieur, vous êtes un trèsgrand chasseur? se hâta de dire madame d'Aire.
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— Eh! eh! madame, je ne suis pas ud SaÎDt- Hubert ; mais je ne tire pas mai un coup de fusil.
— Que tout cela est spirituel et bien dit!
murmura madame Dubourjas.
Pendant cette conversation, Georges avait passé dans la salle de billard qui précédait le salon, et debout devant une fenêtre ouverte, il regardait machinalement dehors. La vue de Gaston de Bearn avait fait bouillonner son sang et pâlir son visage. Il tâchait de reprendre un peu de calme et de sang-froid, pour reparaître au salon.
M. de Bearn s^ctait levé; il se rapprocha d*Hélène et regarda familièrement Touvrage dont elle était occupée.
— Cest admirable! dit-il; mademoiselle, vous avez une adresse et une patience ! je croyais qu*on ne travaillait comme cela que dans les couvents.
— Nous vivons un peu ici comme des recluses, répondit Hélène sans lever la vue ; ma sœur ne sort jamais ; je suis presque toujours près d^elle ; nous avons le temps de travailler beaucoup.
— Au milieu de tant de distractions? dit M. de Bearn d*un air d'incrédulité railleuse;
mais il me semble que le monde dont tous êtes entourée ne doit pas vous laisser un moment de loisir.
— Décidément cet homme est en train de dire des impertinences, murmura encore madame Dubourjas; mais que vient-il faire ici?
M. de Bearn resta appuyé au dossier de la chaise d'Hélène, et redressant sa haute taille, il promena autour de lui un regard froid et assuré.
Cette figure faisait un parfait contraste avec celle de M. de Malvalat; bien que Gaston de Bearn fût parfaitement beau, il n*avait ni grâce, ni distinction ; sa chevelure noire, ses yeux fauves, la ligne hardie de ses sourcils, donnaient à sa physionomie une expression de dureté, et il y avait dans toute sa personne comme un arrière • goût de mauvaise compagnie. Peu à peu la conversation, que sa présence avait un moment interrompue, recommença, et personne n'eut plus Tair de prendre garde à lui. Alors, se penchant vers Hélène, comme pour regarder encore ^a broderie, il lui dit rapidement et à demi-voix :
— Vous savez mes conditions? Je vous les ai fait connaître dans mon dernier billet.
— Oh ! monsieur, murmura-t-elle d'une voix