‹ FabianaChapitre 54 sur 68 · E0UI · texte numérisé non relu

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plaintive, presque suppliante, quelle cruelle obstination !

— Acceptez , et je me retire sur-le-champ.

Elle hésita une minute; puis, passant son

mouchoir sur son front , couvert d'une sueur glacée, elle répondit avec une sorte de résolution : Eh bien oui ! ce soir !

Un moment après, M. de Bearn prit congé de madame d*Aire, à laquelle il dit qu'il allait sur-le-champ retourner à Paris, et sortit brusquement. En traversant la salie de billard, il se trouva face à face avec Georges.

— Bonjour, Roqueville, lui dit-il familièrement ; je ne m*attendais guères à vous rencontrer ici.

Geoi^es recula d*un pas et le regarda d'un air qui lui fit presque perdre sa contenance droite et son audacieux sang-froid.

— Vous m*en voulez à la mort, reprit-il avec un mouvement d*épaules ; c*est bien, je le comprends. A votre place, je serais encore plus furieux que vous; mais aussi, vous n*en seriez pas là si vous eussiez voulu entendre parler d'arrangement, mon cher cousin...

— Monsieur, ne m'appelez pas ainsi ! interrompit violemment Georges.

— Oh! oh ! ne nous fâchons pas, dit M. de

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Bearn eo tournant la tète vers la porte du salon; pas de scène; on pourrait tous entendre, et d'ailleurs qu*ayez-yous à dire? que nous avons plaidé, et que vous avez perdu votre procès; mais je ne vois pas trop quel tort cela peut me faire.

En achevant ces mots, il prit des mains de son groom sa boite à cigares et la formidable cravache qui, disait-on, faisait trembler tous ses gens, puis il sortit en si£9ottant un air de chasse. Georges le suivit d'un regard plein de mépris, de rage concentrée, et murmura :

Quelque autre part peut-être nous nous retrouverons !

— M. de Roqueville ! dit une voix derrière lui. Il se retourna et vit madame Dubourjas ; la vieille dame avait entendu Texclamation de Georges, et elle était épouvantée de la sombre fureur qui animait son regard.

— M. de Roqueville, reprit-elle, ce n*est pas la première fois que vous rencontrez M. de Bearn ! Mais que s'est-il donc passé entre vous et cet homme?

— Madame, répondit Georges avec une sorte de sang-froid, vous avez peut-être entendu dire que la perte d'un procès a causé la ruine de ma famille et la mienne ; qu'un parent a été

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mis en possession de toute notre fortune? Eh bien ! M. de Bearn s^appelle aussi Roqueville, c*est contre lui que nous avons plaidé!... que nous avons perdu ! • . .

— Comment! c*est lui! s*écria madame Dubourjas : ab! je comprends; c^est de vos dépouilles qu'il est riche ! Grand Dieu ! qu'il se passe d'iniquités en ce. monde!

— Oh ! oui ! il s'y passe des choses qui feraient douter de la Providence, dit Georges avec un sourire amer.

— Allons , calmez-vous, reprit affectueusement madame Dubourjas; je conçois combien cette rencontre a été pénible pour vous; mais c'est fini maintenant; il faut espérer que cet affreux personnage ne reparaîtra plus ici ; je me charge de faire savoir à la comtesse ce qu'il est; vous ne pouvez pas en parler, vous; mais moi ! ... je parlerai aujourd'hui même.

— Demain, madame, dit Georges; demain, quand je serai parti...

— Vous voulez partir ! interrompit madame Dubourjas, eh ! pourquoi? vous vous trouviez si bien ici î Allons, cela n'a pas k sens commun de nous quitter ainsi ! Vous ne pouvez rien décider en ce moment; vous avez l'esprit trop plein de trouble. Rentrez au salon, mon cher

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fils ; ce soir nous reparlerons de tout ceci en nous promenant dans la galerie.

Georges céda machinalement; il suivit madame Dubourjas et ne quitta plus le salon de la journée. I! lui sembla qu'Hélène était distraite, troublée , et il attribua sa préoccupation à la visite inattendue de M. de Bearn. Il ne s'expliquait pas l'effet qu'avait produit sur elle la présence de cet homme; mais il comprenait bien qu'elle ne l'aimait pas, qu'elle le haïssait peutêtre; il Y avait du mépris, de la confusion, de la crainte dans le premier regard quelle avait jeté sur lui.

Le soir, il faisait un temps pluvieux, et l'on ne sortit point pour la promenade : les femmes s'établirent autour de la table à ouvrage; le chevalier de Malte défia les hommes au piquet, et la comtesse fit mettre sur son guéridon les livres et les journaux. Hélène travaillait assise près de sa sœur; mais, malgré tous ses efforts pour paraître calme, sa distraction, la brièveté de ses réponses, décelaient un trouble qui semblait s'augmentera mesure que l'heure avan* çait; elle ne levait pas la vue de dessus son ouvrage, et s'en occupait avec une application machinale qui lui servait de contefnance.

— Mon Dieu ! Hélène, que tu es laborieuse

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ce soir ! lui dit la comtesse : on dirait qa'il s'agit d*une tâche à remplir; va, je ne suis pas si pressée d^avoir mon tabouret. Puis, passant la main sur le front de la jeune fille, elle ajouta : Tu es paie ! Est-ce que tu souffres?

— Je snis bien, très-bien, ma bonne Régtne, répondit vivement Hélène. Est-ce que nous ne ferons pas un peu de musique ce soir?

— Nous avons un roman nouveau ; tu viens de proposer à ces dames d'en faire la lecture.

— Et la proposition a été adoptée à l'unanimité, ajouta madame de Malvalat; Albert lit avec beaucoup d'expression et de goût...

— Ma Dàère, je ne puis pas entendre ces éloges'là en face, interrompit-il avec un sourire à travers lequel perçait un peu d'humeur; vous êtes en vérité trop prévenue en faveur de mes talents ; tout le monde ne peut pas me juger avec tant d'indulgence, et je ne sais maintenant si j'oserai lire tout haut.

-- Je vous en prie, monsieur, dit la comtesse en lui présentant le livre.

Le cercle se rétrécit autour de la table ; Hélène resta un peu en arrière, à Tombre de Ja comtesse. Albert commença sa lecture; un moment après, dix heures sonnèrent à l'horloge du chàtean. La jeune fitle tressaillit et

laissa aller son ouvrage. Une minute après, elle se leva et sortit du salon. Georges la suivit des yeux avec une sorte d'inquiétude ; elle lui avait semblé toute tremblante et horriblement pâle.

Lorsqu' Albert eut achevé le premier chapitre du roman nouveau, madame d*Aire Tarréta.

— Ceci me semble horriblement ennuyeux, dit*^elle, et ces dames ont Tair de penser comme moi.

— Je le croîs bien, s'écria madame Dnbonrjas ; mais allez, vous n'êtes pas au bout de vos peines ; tantôt ce sera bien autre chose ; je connais le livre,

— Alors, je ne vois pas pourquoi nous Tachèverions, reprit la comtesse : nous étions pourtant bien décidés à faire une lecture ce soir. ^

— Il serait aisé de trouver quelque chose de mieux dans la bibliothèque.

— Oh ! certainement; M. de Malvalat, voulez-vous aller choisir? nous nous fions à votre goût.

Albert se leva et dit à Geoi^es : Allons ensemble, M. de Roqueville I

La bibliothèque était à Fautre extrémité du château ; on y montait par un escalier tour-

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