‹ FabianaChapitre 60 sur 68 · GE0B6E · texte numérisé non relu

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conservée ; tout le monde n'en peut pas dire autant. Il court de mauvais bruits sur M. de Roqueville-Bearn ; on dit qu'il mène à Paris un train d*enfer ; ce qu'il y a de positif, c'est que les inscriptions d'hypothèques s'élèvent déjà à plus de deux cent mille francs. Mademoiselle Alice de Roqueville-Bearn, sa scôur, a pris le voile ces jours derniers. Cela a fait sensation ici. On dit que c'est une jeune personne dont les sentiments sont très-hauts, et qui a toujours vu avec un grand chagrin les désordres de sa famille. On assure même qu'elle à manifesté certains scrupules, et qu'elle a volontairement renoncé à sa part de la fortune dont vous avez été dépouillé.

» D'après votre correspondance, je vois que vous travaillez beaucoup, monsieur le comte ; il ne faudrait pourtant pas vous épuiser à creuser toutes les théories du droit; dans notre état, c'est la pratique qui enseigne, et j'aimerais mieux vous voir dépouiller des dossiers que pâlir sur vos livres* Quand j'aurai l'honneur de vous voir^ ces vacances, je vous dirai mes idées là^dessus. Veuillez recevoir, monsieur le comte, l'hommage de mon respect, et me croire pour la vie votre humble serviteur.

w Jh. TasvEitÊT. »

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— Notaire ! notûîre h Paris ! murmura Georges avec un sourire amer. Qui sait? Quelque jour^ je pourrai devenir rhomm« d*aSaires de M. de Malvalat!

Quelques jours plus tard, Georges reçut par la petite poste une lettre de madame Dubourjas. « Monsieur, lui écrivait*elle , me voici de retour à Paris pour peu de temps, et je viens TOUS rappeler la promesse que vous m'avez faite aux Charmilles. Il n*y a qu*un pas du quartier latin à la rue de Vaugîrard, et je vous attends h déjeuner demain. Point d^excuses surtout. Je vous promets que vous ne serez pas fâche d*étre verni causer une heure avec votre vieille amie.

n Vicomtesse Dvbovrjas. h

Jamais billet doux furtivement glissé, jamais lettre désirée, attendue après des jours d^absence, ne causèrent une plus vive émotion et ne furent tant relus que ces dix lignes assez insignifiantes tracées par la main d'une vieille femme. Georges passa toute la soirée les yeux fixés sur cette écriture tremblotante, retournant, cherchant, commentant le sens peu explicite de 0ette dernière phrase : Je vous promets que vous ne serez pas fâché d'être venu causer iToe hretire avec votre vieille amie. Des espérances confuses , et qu'il n'osait formuler, se

glissaient dans son cœur ; puis îl craignait de s*y livrer. Il en venait h supposer que madame Dubourjas voulait achever de le guérir et leinmener aux noces qui se préparaient. Mais une idée fixe, ardente , dominait toutes ses anxiétés ; il allait entendre parler d*HéIène par quelqu*un qui Tavait quittée la veille ; il allait savoir mille détails insigniûants pour d'autres, intéressants et précieux pour lui. Il ne dormit pas cette nuit-là,, et le lendemain il était levé avec le jour.

— Mon pauvre Lara, dit-il, je vais sortir sans toi ce matin.

— Mon voisin, cria Clodomir à travers la cloison, comment, déjà debout! et quand je suis rentré, passé minuit, il y avait encore de la lumière dans votre chambre : est-ce qu'il y a du nouveau, que vous n'avez pas dormi?

— Mon cher Du millet, répondit Georges, ce matin je vais sortir de toutes ces incertitudes ; je vais savoir enfin quelque chose. Dieu fasse que je ne rentre pas ici le cœur plus navré que je n'en serai sorti !...

— Bon ! s'écria Clodomir après avoir lu le billet de madame Dubourjas ; je l'aime, cette respectable dame. Qui sait à quelle heure elle déjeune? Elle a oublié de vous le dire. Au

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motos faites bien attention que votre pendule marque toujours midi. Heureusement j*ai là, dans mon gousset, Tborloge qui ne varie pas (le plus de dix minutes en vingt-quatre heures. En attendant votre retour, nous irons avec Lara prendre la demi-tasse; vous nous trouverez assis dehors, au café de la Sorbonne.

A onze heures, Georges sortit ; quand il entra chez madame Dubourjas son cœur battait comme s*il allait revoir Hélène elle-même. La vieille dame vint au-devant de lui.

— Eh bien! mon cher fils, dit-elle, comment allez-vous? Savez-vous que je vous trouve maigri ! Est-ce que vous avez été malade?

— Oui, madame, balbutia-t-il, j*ai été souffrant. C'est fini.... je suis très-bien à présent.

Et comme elle continuait de le regarder sans rieiî dire, après Favoir fait asseoir à côté d*elle, il ajouta d'une voix encore plus émue : Je suppose, madame, que vous avez laissé tout le monde en bonne santé aux Charmilles?

— Eh ! eh ! pas trop, répondit madame Dubourjas. Hélène est malade.

— Âh ! fit Georges avec un profond soupir.

— Le docteur assure que cela n'a rien de grave, reprit madame Dubourjas ; il dit que mademoiselle d'Entrevaux a des maux de nerfs

Sâ8 GEORGES.

et que son état n'exige que beaucoup de calme et de tranquillité d'espHt ! le fait est qu'il rCj entend rien ni nous non plus. Oh ! il s*est passé bien des eboses après TOlre départ, des choses auxquelles persotine ne s'attendait. Figuret-vous qu'Hélène a subitement dédaré ii sa sœur qu'elle n'épouserait jamais M. de Malvalat ; elle lui a déclaré cela il y a trois semaines, le lendemain même de votre départ.

— Est-il possible ! murmtira Georges avec un mouvement de joie; puis il réprît : Bientôt sans doute il sera question pour elle de quelqu'autre mariage !

— Pas si tôt , mon <^er fils ; il y a eu de gmvkds pourparlers après cette dédafation.

Madame de Malvaiat était désespérée ; son fils avait l'air fort triste , fort désappointé ; là , de bonne foi, il ne devait pas s'y attendre. Je ne conçois rien à ce reibs, à cette subite résolution. Il nous semblait à tous qu'Hélène préférait M. de Malvaiat, il avait pu le croire aussi

sans nulle présomption, et tout à coup

Quand madame d'Aire lui eut appris s<m sort, il resta un moment ^ourdi sous le coup ; puis il fit ce que j'aurais fait à sa place, il demanda à voir Hélène arant de partir. ITabôvd ^le ne voulut pas le recevoir; mais madame d*Aire

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parvint à la décider. Elle n*ayait pas quitté sa chambre et D^était pas encore remise de cette crise nerveuse qu'elle avait eue la veille. Je ne sais si elle se sentait bien malade ; mais elle avait une physionomie qui m'effraya presque ; le regard une, abattu, l'air sombre et malheueux; jamais, non jamais, je ne l'avais vue aiiisi. M. de Malvalat vint donc. Hélène était assAse dans un grand fauteuil, près de la fenêtre, -"le front sur sa main, le visage caché dans son ritnouchoir . La comtesse et moi nous nous retirâmt 3s un peu à l'écart pour laisser toute liberté à cetgji entretien. Quand M. de Malvalat s'approcha, vjles joues d*Hélène se couvrirent d'une rougeur-! très-vive ; puis, presque aussitôt, elle redevi3/nt d'une mortelle pÂleur. Il s'assit près dV/iIe et eut l'air de ne pas pouvoir parler; pféut-ètre était-il un peu embarrassé pour com- 'mencer, et ne trouvait-il pas sa phrase. Alors Hélène lui dit d'une voix fort émue, mais avec une sorte de résolution : Ma soeur vous a parlé, monsieur; elle vous a dit que je ne pouvais pas accepter l'honneur que vous vouliez me faire. Croyez bien qu'il n'y a dans cette détermination aucun motif qui vous soit personnel ; vous êtes l'homme du monde que j'estime le plus... — J'avais désiré, espéré plus que votre estime,

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dit alors M. de Malvalat, d'uo air fort pénétré; uo moment j*avais pu croire... Oh! Hclèoe!

oh! mademoiselle, vous me rendez bien malheureux ! A ces mots , il passa son mouchoir sur ses yeux. Je crois qu*il avait envie de pleurer. Hélène pleurait tout à fait. Vous êtes rhomme que j'aurais choisi , dit-elle ; il n'e: a est point qui m'inspire plus de sympathi^j. el de confiance, il n'en est point que je croie f )Id$ capable de faire le bonheur d'une femme; avec]^ avoir refusé de vous épouser je ne vous li(^% préférerai personne : M. de Malvalat, je n^ei«>iiie marierai jamais! j

A cette dernière déclaration, la comte^ ^(i moi nous restâmes stupéfaites. M. de Ma'toitlfiiit vit bien qu'il n'y avait plus d'espoir; mii^l^is il fut un peu consolé par la pensée que nul ai^^'lr^ ne serait plus heureux que lui. Allez, c'est N^o égoïste !

— Ainsi ce mariage est rompu, tout à fait rompu? dit Georges.

— Eh! mon Dieu oui; madame de Malvalat en a jeté les hauts cris et eUe a sur-le-champ emmené son fils. Nous sommes restées à peu près seules aux Charmilles pendant les trois' semaines qui viennent de s'écouler, et en vérité plus je songe à tout cela , plus je m'y perds.

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