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TOUS ! 8*écria*t-il en se levant vivement pour tendre les deux mains à Georges, et Lara?...
Puis , s*apercevant que son ami n*avait pas sa physionomie ordinaire, il ajouta : Qu'est-ce? que vous est-il arrivé? On dirait que vous avez eu quelque querelle...
— Non pas encore, Dumillet, répondit Georges; mais demain j^aurai une affaire.
— Un duel ! s'écria Clodomir, ça n'est pas drÀle! Mais vous avez donc été insulté?
— Non ! c'est moi qui serai l'agresseur, répondit froidement Georges; je veux me battre avec M. de Bearn.
— Ah ! vous l'avez encore trouvé sur votre chemin?
— Oui, et ceci sera un duel à mort. J'aurai la vie de cet homme ou il aura la mienne , et je viens vous chercher pour être mon témoin, Dumillet.
— Je suis prêt, répondit-il en tendant la main à Georges, je serai votre témoin, votre second, et, si vous le manquez, plus tard je ne le manquerai pas, moi!...
— Partons, dit Georges, partons; il faut que cette nuit nous couchions à Fontainebleau.
Le voyage se fit rapidement et en silence ; Clodomir avait un air triste et grave qui déce-
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lait la doiiilotirease préoocapation ou le jetait la situation de son ami. Georges, brisé de fatigue, sommeillait péniblement. Entre onze heures et minuit ils arrivèrent à Fontainebleau et descendirent dans un h^tel, en face du café de la Comédie.
— C*est là que demain matin nous rencontrerons M. de Bearn, dit Georges en montrant le café ; un prétexte insignifiant amènera une querellé, je Tiùsulterai publiquement, et il faudra bien qu'il se batte...
Us passèrent la nuit dans la même chambre. Avant de se coucher, Georges dit à Clodomîr :
— Mon ami, j'ai déjà fait quelques dispositions, j'ai écrit... mais c'est à vous que je voulais confier mes dernières volontés ; si je succombe, vous irez trouver mon père et Thérèse, vous leur annoncerez la funeste nouvelle, voos leur porterez un souvenir, une boucle de mes cheveux que vous couperez vous-même avant de me mettre au cercueil... Vous ferez cela, Dumillet, vous me le promettez?...
Il ne répondit que par un signe affirmalif, et passa la main sur ses yeux pour cacher une larme. Georges reprit :
— Si je meurs, Lara est à vous ; je vous le
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donne, c'est un ami qui m'a suivi dans les terribles vicissitudes de ma vie... vous en prendrez soin, Dumiliet...
— Toujours, toujours, comme de moi-même!
s'écria Clodomir, d'une voix brisée ; mais c'est impossible... vous ne succomberez pas [... il j a un Dieu là-haut I...
— Soyons calmes , dit Georges en mettant sur une table la boite de pistolets qu'il avait apportée; oui, j'espère, je crois qu'il y a au ciel une Providence qui veillera sur moi!.... Bonsoir, mon ami; il faut à présent essayer de dormir.
Le lendemain matin, Georges et Dumiliet descendirent au café de la Comédie ; il y avait déjà là assez de monde ; quelques officiers d'un régiment en garnison à Fontainebleau jouaient et lisaient les journaux. Georges prit place un peu à l'écart et se fit servir. M. de Bearn n'était pas encore arrivé; il y eut un quart d'heure d'attente qui parut un siècle d'angoisses à €lo* domir; enfin, la porte du café s'ouvrit brusqu^m^enl, et M; de Bearn entra. A l'aspect de Georges, il eut un mouvement imperceptible de surprise et d'hésitation; mais, se remettant {aussitôt, il s'avança d'un pas décidé vers le comptoir, dit quelques mots en riant à la de*
moiselle, et revint s^asseoir à une table en demandant un journal.
— Vous ne faites pas votre partie de billard, M. de Bearn? dit un habitué.
— Bah ! répondit-il, est-ce qu'il y a ici quelqu'un de force à jouer avec moi!... J*ai battu, éreinté tous vos amateurs.. •
— Si vous voulez jouer avec moi, dit Clodomir en se levant, je vous rendrai quatre points.
M. de Bearn le regarda d'un air étonné; cette proposition, à laquelle il ne s'attendait nullement de la part d'un étranger, d'un homme qu'il voyait avec M. de Roqueville, lui causa une certaine surprise, et peut-être de l'inquiétude.
— Quatre points, dit-il avec ironie; la partie serait par trop inégale, monsieur; on me trouve d'une certaine force; demandez à ces messieurs; ils vous diront qui je suis.
— Je vous connais, répondit froidement Clodomir ; vous vous appelez Gaston de Bearn, et l'on dit que vous ne jouez pas mal.
— Pas mal ! répéta M. de Bearn avec une espèce d'éclat de rire ; allons , puisque vous voulez absolument perdre votre argent... mais vous ne me rendrez pas de points; j'entends que la partie soit égale.
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— Je parie vingt francs pour M. Dumillet, dit Georges en se levant.
— Je les tiens, répondit M. de Beam ; par* bleu, je les tiens ! il est tout naturel que vous soyez contre moi, Roqueville*
— Toujours, et en tout, répondit Georges en le regardant en face. Mais cette espèce de provocation n*eut aucun résultat ; M. de Bearn, sans y répondre, passa dans la salle de billard,
La partie s'engagea. M. de Beam et les spectateurs eux-mêmes semblaient comprendre que ce n'était pas là une partie ordinaire, un délassement, un jeu ; le silence le plus complet régnait dans la salle ; on n'entendait rien que le choc des billes sur le tapis. M. de Bearn était incontestablement le plus fort; il gagna.
— Voilà votre argent, dit Georges en jetant une pièce de vingt francs sur le tapis ; avec moi, la revanche.
— Tout ce que vous voudrez, répondit M. de Bearn étonné; je suis prêt à vous rendre les quatre points, mon cousin...
— Votre cousin I... interrompit Geoi^es en élevant la voix, je vous ai déjà défendu de m'appeler ainsi!...
— Plalt-il? que dites-vous? s'écria M. de Bearn en redressant sa grande taille.
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— Je dis que je vous défends de q;i'appeler votre cousin, parce que je ne reconnais pas pour mon parent un homme ausslpeu honorable que vous...
— Roqueville, interfompît encore M. de Bearn, vous êtes venu avec le dessein de m*insulter; pourquoi? que me voulez-Vous? Parce que j*ai gagné mon procès, faut-il que je me batte contre vous jusqu'à ce que la mort s'ensuive? Allons donc, vous êtes fou! Vous ne tenez peut-être pas à la vie, mais moi je ne me soucie pas du tout de me faire tuer !
— Si je vous tuais, s'écria Georges^ ce serait bien véritablement le jugement de Dieu.
— Quel adversaire! s'écria ironiquement M. de Bearn; après avoir perdu en première instance et devant la cour royale de Rouen, vous voulez en appeler encore au jugement de Dieu ! Voilà ce qui s'appelle épuisa toutes les juridictions.
A ces mots, il fit un pas pour sortir.
— M. de Bearn, dit Georges en se mettant devant lui, Vous avez gagné devant les tribunaux, mais rppinion publique vous a condamné! Tout le monde dit. que vous êtes un voleur et un faussaire.
— Insolent ! s'écria M. de Bearn en s'avan»