‹ FabianaChapitre 7 sur 68 · UN VIEUX HARI · texte numérisé non relu

UN VIEUX HARI

yeux brillait à travers ses cils entr'ouverts, et sa physionomie décelait cet inquiet repos pendant lequel l'âme veille , agitée et souffrante. Tout faisait silence autour d'elle , et le murmure d'un petit jet d'eau qui retombait en pluie fine sur une touffe de fleurs , semblait bercer son sommeil. On eût dit une de ces belles esclaves que les musulmans gardent au fond de leurs harems ; ce petit jardin, entouré d'une légère colonnade , ces sombres et fraîches galeries, ces hautes murailles, cette eau jaillissante, rappelaient l'intérieur des habitations arabes ; cette maison murée, inaccessible, datait peut-être du temps de la domination des Mores, et l'on eût dit que rien n'y avait changé depuis la conquête de Séville par le roi saint Ferdinand.

Flérida suivait exactement les commandements de l'Église ; elle ne faisait œuvre de ses mains les dimanches et fêtes , et Foisi-

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veté de ces longues journées la jetait toujours dans des tristesses dont la présence et les discours de micer Bonifacio ne parvenaient pas à la distraire. Ce jour-là donc elle s'ennuyait fort en face de son vieux mari, et elle tomba peu à peu dans de si profondes réflexions, ses pensées devinrent si sombres, que les larmes la gagnèrent , et qu'elle se prit à sangloter comme un enfant qui s'éveille au milieu d'un pénible sommeil.

— Jésus-Maria ! qu'estce que ceci ? s'écria micer Bonifacio ; mais que voulez-vous donc encore, ma chère âme? Est-ce que vous avez envie d'une nouvelle robe de damas des Indes?

— Non, répondit Flérida avec un profond soupir , je n'ai pas encore mis la dernière que vous m'avez donnée.

— Alors, vous désirez peut-être quelque nouveau joyau? Eh bien, vous n'avez qu'à choisir dans la boutique.

vif VIKUX SARI. 2D

— Jésus! il me prend parfois envie d'y rapporter tous ceux que vous m'avez donnés.

— Trouvez-vous que vous n'êtes pas assez bien servie? Je puis vous donner autant de duègnes et de servantes qu'en avait la reine dona Urraca.

— Vii^en santissima ! il n'y a pas de jour que je n'aie envie de congédier la moitié des miennes.

— ^Eh bien, alors, pourquoi pleurez-vous, et que voulez-vous? dit Bonifacio en hochant la tête.

La jeune femme hésita un moment, puis elle répondit : — Je voudrais voir la Fabiana.

— Là, je l'avais pensé ! s'écria micer Bonifacio ; voilà donc le sujet de cette grande tristesse! Vous ne pensez qu'à cette péronnelle! Vous préférez sa compagnie à la mienne. Sur mon àme , je n'ai qu'un regret,

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c*e$t de ravoir gardée tout un grand mois céans ; j'aurais dû la mettre à la porte le jour de nos noces!...

Micer Bonifacio était si animé , qu'il n'avait pas entendu deux coups frappés à la porte de sa boutique ; ce fut la duègne Guiomar qui l'en avertit.

— Quelqu'un vient pour nous voir , mon cher seigneur ! s'écria Flérida tout émue et en se levant.

— Restez tranquille , je vais voir ce que c'est, dit le vieil orfèvre en secouant le trousseau de clefs pendu à sa ceinture; Jésus, mon Sauveur ! pas un moment de tranquillité, même les dimanches et fêtes !

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