Chapitre II
TfiPKSS.
— Ce n'est rien ! dit le vieil orfèvre en revenant tout haletant ; ce n'est rien du tout ; Jésus, mon Dieu! vous voUà toute troublée, conune s'il venait de se passer quelque grand événement.
— J'avais cru que c'était la Fabiana, répondit naïvement la jeune femme.
34 • PABIANA.
— Encore la Fabiana! s'écria micer Bonifacio. £h bien , oui , c'était elle. Pour la vingtième fois peut-être elle est revçnue se faire dire en face que je ne veux pas qu'elle mette le pied dans ma maison. Non , je ne veux pas que vous voyiez cette fille.
— Eh! qu'avez-vous à lui reprocher?
interrompit Flérida; que vous a-t-elle fait ?
— A moi ? rien ; mais chacun sait, dans Séville, qu'elle mène une damnable vie.
Allez, on la voit plus souvent aux promenades qu'à l'église. Elle est bien la fille de sa mère, et je suis sûr qu'elle a plus d'une fois renié son baptême.
— Que dites-vous là? interrompit encore Flérida; mon cher seigneur, vous oubliez que c'est moi qui l'ai menée à la sainte-pile, que je suis sa marraine.
— C'est une bonne œuvre que la vénérable mère Saint-Jean-de-Dieu aurait dû faire elle-même, au lieu de vous en charger.
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Vous n'aviez pas l'âge de raison quand vous avez tenu sur les fonts baptismaux cette grande fille ; elle a bien trois ou quatre ans plus que vous.
— Elle a vingt ans et j'en ai dix-huit, mon cher seigneur. Au couvent , où elle était restée après son abjuration , comme sœur converse, je lui enseignais à travailler et à prier Dieu. Nous avons passé plusieurs années ensemble, et, comme le disait notre vénérable mère, eUe est ma fille spirituelle. Voilà pourtant près de six mois que je ne Fai vue !
— Une folle , une péronnelle ! munnura Bonifacio ; une fille qui passe tous les jours devant ma porte avec un bouquet à sa manche et un éventail à la main !
— Je suis sûre qu'elle regarde toujours dans la boutique avec l'espoir de m'apercevoir !
— C'est possible j mais en tout cas je lui
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conseille de passer droit son chemin ; je ne veux pas qu'elle entre ici, vous dis-je.
— Hélas ! mon cher seigneur , vous voulez donc me. faire mourir de chagrin! s'écria Flérida d'un air de soumission plaintive, et elle se reprit à pleurer , en secouant la tète et en faisant signe de la main qu'elle ne voulait pas être consolée.
— Par le corps du Christ ! s'écria micer Bonifacio en colère, votre amitié pour cette péronnelle vous tient plus au cœur que tout au monde. Gomment a-t-elle &it.pour vous gagner ainsi ? Je finirai par croire , comme bien des gens, qu'elle se mêle des choses défendues , et qu'elle a des maléfices pour s'attirer la volonté des bonnes âmes. Yirgen santîssima! la sainte inquisition pourrait bien s'occuper d'elle quelque jour.
A ce mot Flérida se signa, épouvantée, et dit vivement : — Je suis sa marraine, et, j'en réponds , la Fabiana est aussi bonne