‹ FabiolaChapitre 10 sur 113 · IV. — LA FAMILLE PAÏENNE · texte numérisé non relu

IV. — LA FAMILLE PAÏENNE

Tandis que se passaient les faits rapportés dans les chapitres précédents, une scène toute différente avait lieu dans une autre maison située dans la vallée qui sépare le Quirinal de l'Esquilin. C'était la maison de Fabius, citoyen romain de l'ordre équestre, dont la famille avait amassé d'immenses richesses en alTermant les revenue des provinces d'Asie. Sa maison était plus grande et plus magnifique que celle que nous venons de visiter. Elle contenait un troisième péristyle ou vaste cour entourée d'immenses appartements, et, outre les nombreux trésors des arts de l'Europe, elle abondait encore des plus rares produits de l'Orient. Des tapis de Perse couvraient le sol ; des soies de Chine, des étoffes aux mille coulemrs tissées à Babylone, des broderies d'or venues de rinde et de la Phrygie garnissaient l'ameublement, tandis que, partout disséminés, se multipliaient des objets d'ivoire ou de métal curieusement travaillés et attribués à l'adresse des habitants des îles de l'Océan indien, hommes de formes monstrueuses, disait-on, et de fabuleuse origine.

Fabius lui-même, le possesseur de tous ces trésors et d'immenses domaines, était le type parfait du Romain à l'humeur facile, et bien déterminé à jouir tout à son aise de la vie présente. A vrai dire, il ne soupçonnait pas qu'il pût y en avoir une autre. Ne croyant à rien et toutefois adorant, à l'occasion et par convenance, chacune des déités de l'Empire, suivant l'ordre dans lequel les saisons en ramenaient le culte pubhc, il passait pour un homme de bien au même titre que ses

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■voisins, et personne n'eût eu le droit d'exiger davantage. Il dépensait la plus grande partie de la journée à l'un ou l'autre des grands bains publics, lesquels, oiitre l'usage qu'indique leur nom, servaient encore, dans leurs vastes dépendances, à ce que nous nommerions aujourd'hui des clubs, des salons de lecture, des maisons de jeu, des jeux de paume et des gymnases. 11 y prenait le bain, causait, lisait, et tuait le temps. Parfois il allait au Forum écouter le discours de quelque orateur en renom ou la plaidoirie de quelque avocat célèbre; ou bien il entrait dans l'un des nombreux jardins publics où se réunissait le monde élégant. Il rentrait enfin cbez lui pour prendre part à un souper délicat, qui se servait vers l'heure où nous prenons notre dîner : il y amenait quotidiennement des hôtes qu'il avait invités à l'avance ou recrutés dans la journée, parmi les nombreux parasites toujours à l'affût de quelque bon repas.

Chez lui c'était un maître bon et indulgent. Sa maison était soigneusement entretenue par une nuée d'esclaves, et comme la gêne était ce qu'il craignait le plus au monde, aussi longtemps que tout allait bien, que le service était régulièrement et activement fait, il abandonnait les choses k leur pente tranquille, sous la direction de ses affranchis.

Mais ce n'est pas lui toutefois que nous tenons à présenter à notre lecteur ; c'est une autre personne qui habite sous le même toit, qui partage la splendeur de son luxe et qui est l'unique héritière de son immense fortune. C'est sa fille, qui, selon la coutume romaine, porte le nom de son père, adouci toutefois par un diminutif : elle se nomme Fabiola i. Nous allons tout d'abord introduire le lecteur dans ses appartements, ainsi que nous l'avons fait pour la mère de Pancrace : un escalier de marbre qui part de la seconde cour nous y conduira. Il se compose d'une suite de salles formant les côtés de cette cour et s'ouvrant toutes sur une terrasse que rafraîchit et décore une gracieuse fontaine et qu'embellit une profusion de plantes exotiques des plus rares. Ces salons offrent la réunion de tout ce que l'art romain et l'art étranger ont produit de plus curieux. Un goût raffiné, disposant de ressources considérables, et profitant d'heureuses occasions, a évidemment présidé à la réunion et à l'arrangement de toutes ces merveilles. Au moment où nous pénétrons chez Fabiola, l'heure du repas du soir est proche, et nous trouvons la maîtresse de cette somptueuse demeure se préparant à y assister dans une parure digne d'elle-même.

La jeune femme est étendue sur une couche travaillée à l'athénienne et incrustée d'argent : la saUe où elle se trouve est disposée à la cyzicaine, c'est-à-dire éclairée par de grandes fenêtres qui descendent jusqu'au plancher et s'ouvrent sur la terrasse fleurie. Contre le mur, en face d'elle, est suspendu un miroir d'argent poli de grandeur suffisante pour réfléchir toute une figure en pied ; à côté, sur une table de porphyre, ee trouve une c>'Uection complète de ces innombrables et l'ares essences et cosmétiques dui^t les dames romaines étaient devenues si p'assionnées, et auxquels elles s-acrifiaient des sommes fabuleuses*. Sur une autre

(l)Dans la prononciation, on met l'accent tonique sur Vi.

(2) Le lait de cinq cents àaessiîs «tait employé pour uu des cosmétiques dont se servait Pop^ee, femuti de i,>;éroa.

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