‹ FabiolaChapitre 105 sur 113 · XXXIV. — mout glorieuse · texte numérisé non relu

XXXIV. — mout glorieuse

Quelques jours après les événements rapportés dans notre avantdernier chapitre, on était venu dire à Fabiola, qu'un vieillard accablé d'inquiétudes, réelles ou simulées, insistait pour la voir. Elle descendit aussitôt et demanda à cet homme quels étaient son nom et le motif de sa venue. Il répondit:

— Mon nom, noble dame, est Éphraïm ; je possède une forte créance hypothéquée sur les biens de feue la patricienne Agnès, biens qui, d'après ce que j'ai entendu dire, sont passés entre vos mains : je viens, en conséquence, réclamer auprès de vous ; reconnaissez ia dette, sinon, je suis ruiné.

— Comment cela est-il possible ? demanda Fabiola avec surprise, je ne puis croire que ma cousine ait jamais contracté des dettes.

— Non, pas elle précisément, reprit l'usurier un peu confus; mais bien un patricien nommé Fulvius, à qui les biens d'Agnès devaient revenir par confiscation. Je lui ai avancé sur son titre une forte somme.

La première idée de Fabiola fut de renvoyer cet homme; mais le souvenir de celle qu'elle avait aimée comme une sœur revint à sa mémoire, et elle répondit avec beaucoup de politesse :

— Quelles que soient les dettes que Fulvius ait contractées, je les pay«-

280 UORT GLORIEUSJt.

rai ; mais je vous prévieos que ce sera au taux de l'intérêt légal, et sans tenir compte d'aucune espèce de contrats usuraires.

— Mais songez donc aux risques que j'ai courus, madame : je me suis montré fort modéré dans mes conditions, je vous l'assure.

— Bien, dit-elle ; cUez trouver mon intendant et il réglera cette affaire avec vous. Vous ne courez plus de risques, du moins maintenant.

Par suite de cette promesse, Fabiola donna des instructions à l'afîranclii chargé de l'administration de ses biens, pour qu'il eût à payer la dette de Fulvius aux conditions posées par elle, ce qui réduisit de moitié les prétentions de l'usurier. Mais l'inteudant eut encore bientôt à remplir» sur son ordre, une besogne plus difficile, celle de vérifier tous les comptes laissés par son père et de réparer scrupuleusement toutes ies injustices et les actes d'oppression que ferait connaître cet examen. Fabiola ne s'en tint pas là. Sur la certitude acquise que Corvinus avait réellement obtenu par Tertullus, son père, le rescrit impérial qui avait sauvé ses propres biens de la confiscation, elle ordonna, quoiqu'elle refusât toujours de le voir, qu'il lui fût compté une indemnité suffisante pour vivre dans l'aisance jusqu'à la fin de ses jours.

Ses affaires temporelles étant terminées de la sorte, Fabiola partagea son temps entre les soins que réclamaient la malade et l'instruction religieuse qui devait précéder son initiation au christianisme. Afin de hâter la guérison de Miriam, elle la conduisit, avec une partie des gens de sa maison, dans un lieu cher à toutes deux, la villa Nomentane. Le printemps était venu : Miriam pouvait faire glisser son lit près de la fenêtre, ou bien encore, pendant les plus belles heures du j Dur, se faire transporter dans le jardin qui s'étendait devant la maison, et là, ayant Fabiola d'un côté, Emérantiana de l'autre, et couché à ses pieds le pauvre Molossus, qui avait perdu toute son ardeur, elle s'entretenait avec ses deux compagnes de leurs amis perdus et principalement de celle dont le souvenir remplissait tout ce qui les entourait. Dès que le nom d'Agnès était prononcé, le chien fidèle levait les oreilles, remuait la queue et cherchait autour de lui. Toutes deux parlaient souvent aussi de sujets religieux, lorsque Miriam pouvait suivre, humblement et sans aucune prétention, mais avec cette ardeur qui avait «u, dès l'abord, tant de charmes pour Fabiola, les instructions et les préceptes développés par le vénérable Dionysius.

Ainsi, par exemple, quand il avait parlé de la vertu et du sens attachés au signe de la croix en usage dans la cérémonie du baptême, « soit sur le front des croyants, soit au-dessus de l'eau par laquelle ils allaient être régénérés, soit avec l'huile et le chrême dont on les oignait, soit avec l'hostie du saint sacrifice qui les nourrissait*, » Miriam expliquait aux catéchumènes son usage pratique et journalier; elle les exhortait à l'employer avec foi et onction, comme tous les fidèles chrétiens le faisaient dans les principaux actes de la journée, c'est-à-dire : « pendant le cours et au commencement de tout ouvrage ; en entrant et en sortant ; en revêtant ses habits ; en chaussant ses sandales ; avant de se laver ; en prenant place à table; en allumant la lampe; en se mettant au lit; en

(1) a. Aug., Tract. CXVIXÏ, in Joan.

Page 1