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CHAPITRE III ET DERNIER

Je refusai de l'imiter, et je lui reprochai de m'avoir destiné la plus forte dose ; mais il merépondit qu'il était vieux, et que j'étais jeune; que d'ailleurs le contenu des fioles avait été proportionné à nos forces respectives. Je refusai encore, ne voulant point mourir. Mais une sorte de fureur démoniaque sembla s'emparer de lui : pendant que j'étais assis, il me saisit, avec une étreinte de géant, me renversa en arrière et s'écria : « Nous devons périr ensemble I » et m'introduisit de force, sans en répandre une goutte, le contenu de la fiole dans le gosier...

Je perdis, en un instant, la conscience de moi-même, et demeurai longtemps ainsi. Je m'éveillai dans une caverne, et demandai à boire d'une voix faible et plaintive. Un vénérable vieillard, à barbe blanche, porta à mes lèvres un vase de bois rempli d'eau. « Où est Eurotas? demandai-je. — Est-ce votre compagnon? répliqua le vieux moine. — Oui, répondisje. — Il est mort, » me répondit-il. Je ne savais par quelle fatahté tout ceci avait eu lieu ; mais je remerciai Dieu de m'avoir épargné.

Ce vieillard était Hilarion, natif de Gaza, qui, après avoir passé de longues années en Egypte, avec saint Antoine, était revenu depuis quelques mois^ pour établir dans son propre pays ses pratiques cénobitiques et mener la vie d'ermite. Il avait déjà réuni' plusieurs disciples. Ils vivaient dans les cavernes et les creux des rochers des environs ; ils prenaient leurs sobres repas sous l'oinbre des palmiers et trempaient dans le ruisseau la nourriture peu abondante qu'ils prenaient.

Leurs bontés pour moi, leur douce et sereine piété, leur sainte vie, me touchèrent profondément après mon rétabhssement. Je vis, sous un aspect sublime, la religion que j'avais tant persécutée; je me rappelai bientôt les instructions de ma mère chérie et l'exemple de ma sœur; de sorte que, cédant enfin à la grâce, je déposai le fardeau de mes péchés aux pieds du ministre de Dieu*, et je reçus le baptême la veille des saintes Pâques.

— Alors nous sommes doublement frères, nous sommes deux jumeaux de la même Eglise, car je naquis aussi ce jour-là à la vie ét«rnelle. Mais que comptez- vous faire maintenant?

— M'en retourner dès ce soir. J'ai accompli les deux buts de mon voyage. Le premier concernait ma dette ; le second était de déposer une offrande sur la châsse de sainte Agnès. Vous vous rappelez, ajouta-t-il en souriant, que votre bon père me fit concevoir l'idée qu'elle convoitait les bijoux dont je faisais étalage. Insensé que j'étais I Mais je résolus, après ma conversion, de lui faire hommage du plus précieux de ceux qu'Eurotas avait gardés, et je l'ai apporté ea effet.

— Mais avez-vous des ressources suffisantes pour votre voyage? demanda Fabiola d'un ton timide.

— J'en trouverai abondamment, reprit-il, dans la charité des fidèlefi. J'ai, de l'évêque de Gaza, des lettres qui me procurent partout le logement et la subsistance, mais j'accepterai de ^vous, comme disciple de Jésus- Christ, une coupe d'eau et un morceau de pain.

Ils se levèrent et se dirigeaient vers la maison quand ^cudain une

(2) La confesiion des péchât ayait lieu «n particuli«r avant le baptême. Voyez Bingham Origines, Ht. XI, ah. viu, g 14. *

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