‹ FabiolaChapitre 17 sur 113 · LE BANQUET · texte numérisé non relu

LE BANQUET

Cette lucide explication de l'origine du christianisme fut écoutée avec admiration partons les assistants, à l'exception de deux. Le jeune guerrier jeta du côté d'Agnès un regard de pitié dédaigneuse qui semblait dire : « Répondrai-je à ce sot, ou me bornerai-je à rire de lui ? » «Mais la jeune fille porta un doigt à ses lèvres, et sourit d'un air qui demandait le silence.

— Eh bien, donc, le résultat de tout ceci, fit remarquer Proculus, c'est que les Thermes seront bientôt achevés, et que nous aurons de glorieuses réjouissances. Ne dit-on pas, Fulvius, que le divin Dioclétien viendra lui-même assistera la dédicace?

— Cela est positif, et à cette occasion les fêtes seront splendides et les jeux magnifiques. Mais nous n'aurons pas si longtemps à attendre; déjà, et dans un autre but, des ordres ont été expédiés en Numidie pour que l'on eût à y rassembler avant l'hiver un nombre illimité de lions et de léopards. Puis, se tournant vivement vers son voisin, il lui dit, en attachant un regard curieux sur sa physionomie : « Un soldat valeureux comme vous, Sébastien, doit trouver ses délices dans les nobles spectacles de l'amphithéâtre, surtout lorsque ceux qui en font les frais sont les ennemis des augustes empereurs et de la république*. »

Le guerrier se souleva sur sa couche, tourna vers son interrogateur un visage majestueux et sévère, et répondit avec calme :

— Fulvius, je ne mériterais pas le titre que vous me donnez si je pouvais regarder avec plaisir et de sang-froid la lutte, bien qu'on ne puisse l'appeler ainsi, qui se livre entre une bête féroce et un enfant ou une femme sans défense, car tels sont ces nobles spectacles, comme vous voulez bien les nommer. Certes, je serai toujours prêt à tirer l'épée contre tout ennemi des princes ou de l'Etat; mais je la tirerais tout aussi volontiers contre le lion ou le léopard qui s'élancerait sur un innocent ou un être sans défense, fût-ce même par l'ordre de l'empereur. » Fulviuà fit un mouvement pour protester, mais Sébastien posa sa main puissante sur le bras du jeune homme et continua: «Ecoutez-moi jusqu'au bout. Je ne suis ni le premier Romain, ni le plus noble qui ait pensé ainsi. Rappelezvous les paroles de Cicéron : « Ces jeux sont magnifiques sans doute, » mais quelle jouissance peut trouver un esprit délicat à voir un homme » faible déchiré par une bête d'une force prodigieuse, ou un noble animal » percé d'une javeline*? » Je ne rougis pas de partager l'opinion du plus grand des orateurs romains. »

— C'est nous dire que nous ne vous verrons jamais dans l'amphithéâtre, Sébastien? demanda Fulvius d'une voix douce, mais oi!i l'on sentait de la raillerie.

— Si vous m'y voyez jamais, répliqua le soldat, ce sera, soyez-en certain, du côté de la victime sans défense, et non pas du côté des brutes qui voudraient la déchirer.

— Bien dit, Sébastien, s'écria Fabiola en battant des mains, et je clos la discussion par mes applaudissements. Je n'ai jamais entendu Sébastien prendre la parole que pour exprimer des sentiments nobles et généreux.

Fulvius se mordit les lèvrei» et tout le monde se leva pour se séparer.

(1) Hmiiiiblica, la chog.' publique, 1 F.t;.t. même sou» les empereurs.

(2) • Maynificae nano ncgat; tei gme potest esse hamini polito delectatio, quumaut aomo

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