FIN DU PREMIER JOUR
— Vous l'emportez, ô Syra I ô ma sœur (ne m'appelez plus désormais d'un autre nom) 1 dit Agnès, Restez à votre poste; une vertu aussi pure, aussi généreuse, doit triompher. Elle est trop sublime pour fleurir sous un toit aussi humble que le mien.
— Quant à moi, ajouta Cœcilia d'un air de gravité feinte, je dois déclarer qu'elle a osé avancer une chose très-blâmable et blessé gravement la vérité.
— Que voulez- vous dire, ma chère enfant? demanda Syra avec un sourire.
— Eh bien, mais n'avez-vous pas prétendu que je suis meilleure et plus sage que vous, parce que j'ai refusé de manger d'un mets délicat qui aurait flatté mon goût pendant quelques instants aux dépens d'un acte de sensualité? Vous, cepeadant, vous sacrifiez votre liberté, votre bonheur, le libre exercice de votre religion, et jusqu'à votre vie même, s'il le faut, pour le salut de votre tyran et de votre bourreau. Pouvez-vous bien soutenir encore que je suis meilleure que vous?
A ce moment un domestique entra pour annoncer que la litière d'Agnès était à la porte : et celui qui aurait vu les adieux affectueux qu'échangèrent entre elles la jeune patricienne, l'esclave et la mendiante, celui-là se serait sans doute écrié, ainsi que bien des gens l'avaient déjà fait auparavant : « Voyez Jonc comme ces chrétiens s'aiment les uns les autres ! »